Les trois limites de l'homme et la libération de Jérusalem
Espace, temps et être : comment Kippour, Chavouot et la prophétie d'Yéchayahou éclairent la reprise de Jérusalem en 1967.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Jérusalem réunifiée : une exception dans l'histoire, 52 min
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Donc, bonjour à tous. Shalom. Il y a ce qu'on appelle des limites. On dit qu'il y a des limites à tout. Les limites, c'est quelque chose de restrictif: on est restreint par les limites. Dans notre être le plus profond, nous sommes illimités. Nous avons une neshama, et la neshama est illimitée. Elle n'aime pas les limites. Mais que faire ? Nous vivons dans un monde où nous sommes coincés, dans des limitations.
Le fait même d'être dans des limites, c'est ce qui nous frustre. Nous souffrons d'être limités. Personne n'aime être limité. Cependant, nous avons trois sortes fondamentales de limites que nous ne pouvons pas dépasser: les limites de l'espace, du temps et de l'être. Que veut dire exactement « les limites de l'espace » ? Je suis là. Quand je suis là, je ne suis pas là-bas, n'est-ce pas ? Je suis ici, je ne suis pas ailleurs. C'est très embêtant, parce que j'aimerais bien être partout. C'est une des raisons pour lesquelles les hommes ont inventé des moyens de communication extrêmement rapides, ou de transmission d'information extrêmement rapide, pour pouvoir être le plus possible partout au même moment. Malgré tout, avec tous les efforts humains, nous restons limités par l'espace.
Quoi, c'est là pour les moyens de transport ? C'est ce que j'ai dit, non ? Pour ceux qui ont écouté et qui étaient là depuis le début du cours, parce qu'ils ont vu que j'étais déjà rentré, eux. Donc ça, c'est la première sorte de limite. La deuxième, c'est la limite du temps. Quand je suis maintenant, je ne suis ni avant ni après. C'est une chose absolument terrible. Je suis obligé de vivre dans l'instant présent, et le présent n'est qu'un instant. Ce qui était n'est plus. Ce
qui sera n'est pas encore. Il y a le souvenir, qui est une manière d'essayer de surmonter cela. Mais malgré tout, le souvenir ne parvient pas à englober tout le temps, ni la prévision. Il y a des gens qui essaient de prévoir ce qui va se passer, mais nous sommes coincés à un moment du temps, ni avant ni après. C'est pour cela qu'il existe ce qu'on appelle, en science-fiction, des voyages dans le temps, des choses de ce genre: la recherche des racines, la recherche de l'avenir. Mais
nous sommes coincés. Nous sommes coincés dans l'espace: je ne suis qu'à un seul lieu en même temps, et je ne suis qu'à un seul moment dans le temps.
Il y a une troisième manière également d'être limité, c'est le fait que je suis moi et personne d'autre. Je ne suis que moi, et je ne suis pas toi. Je suis dans un isolement total. Je ne serai jamais toi, et toi, tu ne seras jamais toi. Moi, j'aimerais bien être d'autres, mais je ne peux pas. C'est ce qui explique la littérature. La littérature est une tentative de transmettre à moi l'univers intérieur d'un autre. C'est ainsi que les gens essaient de se comprendre. Il y a des échanges de connaissances, des enrichissements de l'identité l'un par l'autre. Mais malgré tout, nous sommes limités. Nous ne sommes que dans un instant, que dans un lieu, que dans un être.
Chez les kabbalistes, on appelle cela Achan. Achan veut dire fumée, et ce sont les initiales de Olam, Chana, Nefesh: Olam, le cosmos, donc l'espace; Chana, l'année, donc le temps; Nefesh, l'âme, donc l'être, la personne. C'est bien embêtant, tout cela.
Il y a parfois la tentation d'échapper aux limites, par exemple en sortant de l'espace et du temps. Comment fait-on cela ? En se suicidant. Le suicide est une manière de sortir des entraves de l'espace, du temps, de l'être. Il y a un problème: c'est un échec. Tu n'as pas réussi à régler le problème, alors tu fais comme si le problème n'existait pas. Il existe un autre moyen, beaucoup plus positif, c'est ce que dit la Torah: Tu choisiras la vie. Et comment le fait-on ? Nous avons l'exemple d'un temps où tous les temps se retrouvent: c'est le jour de Kippour. Le jour de Kippour, on est capable de faire des voyages, par exemple dans le passé, et de réparer ce qui a été fait. C'est-à-dire revenir au moment où la faute a été commise, et la réparer. Le jour de Kippour a donc ceci de particulier qu'il est capable de dépasser les limites du temps.
Il y a également un personnage qui est capable d'être tout le monde à la fois: c'est le Kohen Gadol. Le Kohen Gadol, le grand prêtre, quand il envoie le bouc émissaire le jour de Kippour, fait un vidouï, il avoue les péchés. De qui ? De tout Israël. Comment peut-il avouer son péché en mon nom ? C'est parce que lui et moi, nous sommes un peu la même chose: quand quelque chose se fait en lui, ce quelque chose se fait en moi. Il est rempli d'amour pour tout Israël. Il porte sur sa poitrine un pectoral, sur son cœur, sur lequel sont disposées les douze pierres qui correspondent aux douze tribus d'Israël. Il est donc tout le monde à la fois. Pas mal.
Il y a également un lieu dans lequel les limites de l'espace n'existent pas. C'est un lieu sans lieu. Lequel ? Le Kodesh HaKodashim. On a l'habitude de dire que l'espace est incompressible, et pourtant la Guemara nous dit qu'au temps où les Hébreux étaient sur leur terre, il y avait ici des quantités énormes de gens. Mais quand Israël est en exil, le pays se rétrécit. Il est appelé Erets HaTsvi, le pays du chamois. Si vous prenez un chamois et que vous lui enlevez les entrailles, la peau
se rétrécit; si vous voulez remettre les organes en place, il n'y a pas de place. C'est la même chose pour Erets Israël. Maintenant, si on va plus loin, on arrive à Jérusalem. À Jérusalem, la Michna nous dit: jamais on n'a dit « je n'ai pas de place pour dormir à Jérusalem ». Cela veut dire que Jérusalem, bien qu'ayant un espace limité, donne sa place à tout le monde.
Si l'on rentre plus loin, dans la Azara, c'est-à-dire le parvis du Temple, la Guemara nous dit que, lors de la montée du pèlerinage, tout le monde était serré. Mais au moment de se prosterner, Mishtachavim Révechim, il y avait de la place pour tout le monde. Comment cela est-il possible ? L'espace n'a pas grandi, les hommes ne sont pas devenus plus petits, mais au moment de se prosterner, ils entraient dans un état d'être qui dépasse les limites de l'espace, et donc cela marchait. On peut rentrer encore plus à l'intérieur. Dans le Kodesh HaKodashim, le Saint des Saints, c'est-à-dire la partie la plus intime du Beit Hamikdash, il y avait une pièce carrée, cubique en vérité. Elle était faite d'une arête de vingt coudées sur vingt coudées sur vingt coudées.
Qu'est-ce qu'il y avait au milieu de la pièce ? L'arche. L'arche était large de deux coudées et demie. Maintenant, la Guemara dit: si on prend une mesure depuis le mur …
Cours de Machon Meir
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