Shmuel vieillit et ses fils ne suivent pas ses voies
Le désir d'un roi exprimé par le peuple et la souffrance de Shmuel, lus au plus près du texte.
Rav Rony Akrich
Ensuite : L'écoute de la voix divine, clé de la royauté de Shaoul, 1 h 02
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tov, on commence d'une certaine manière le deuxième semestre. On va donc, après avoir vu les derniers juges, Eli et Chmouel, voir véritablement les prémices de la royauté. Excusez-moi, je reprends mon souffle. Nous allons lire les Tsoukim, comme nous en avons l'habitude, et entamer le propos sur la royauté.
Vayehi ké-zaqen Chmouel vayassem banav choftim le-Yisraël. Lorsque Chmouel vieillit, nous sommes donc en fin de parcours. Quand nous entendons la terminologie de la vieillesse, zaqen, nos sages ont l'habitude de définir la vieillesse comme étant le moment de la sagesse: zaqen zé kana chokhma.
Vous allez voir pourquoi c'est important, étant donné ce qui suit. Je prête votre attention au début du texte, qui vient réitérer une nouvelle fois son ouverture par Vayehi, c'est-à-dire, bien sûr, un présage qui n'est pas des plus optimistes. Bien avant de savoir ce qui va se passer réellement, j'ai la prémonition.
Par l'ouverture textuelle et sémantique, je dois m'attendre à quelque chose, ou en tout cas, si je ne le comprends pas, essayer de le découvrir dans le texte même. Non seulement Chmouel a vieilli, mais Chmouel a relégué ses fonctions à ses propres enfants: Vayassem banav choftim le-Yisraël. Je sais qu'on pourrait s'interroger sur pourquoi il n'est pas écrit choftim al-Yisraël. Dans le rapport du lamed, c'est-à-dire du relationnel ici, avec les Israélites, il y a un rapport où nous sommes conscients que la fonction du juge n'a pas été essentiellement d'être un joug sur Israël, mais plutôt d'être un éducateur, une manière de se conduire, un enseignement qui nous permettrait d'entendre quel est le bon droit, quelle est la bonne loi. Vous verrez pourquoi c'est important dans un instant.
Le deuxième verset: Vayehi chem bno Avia vé-Yoël chemo be-Beer-Chéva. Son premier enfant s'appelle Yoël, et le second Avia, juges à Beer-Chéva. Il y a deux choses étonnantes, bien entendu. La première, c'est que, alors que l'introduction du chapitre est déjà dans un vayehi, ce qui nous installe dans une situation de chercheur, il faut comprendre en quoi le présage ici n'est pas positif ou ne présage rien de bon.
Mais le fait de réitérer Vayehi au moment où l'on parle des enfants de Chmouel me donne déjà une indication des plus probantes: il serait possible que le Vayehi s'adresse donc aux propres enfants de Chmouel. Pourquoi ? Regardez, il y a déjà quelque chose qui devrait vous interpeller. Dans le verset alef, on me dit que Chmouel a relégué ses pouvoirs à ses enfants pour être des juges pour Israël. Et là, non seulement ça commence par Vayehi, mais on vient me dire qu'ils sont choftim à Beer-Chéva, avec tout l'amour que je porte à Beer-Chéva.
Beer-Chéva n'est pas encore Israël. Beer-Chéva fait partie d'Israël, mais ce n'est pas Israël. Je voudrais vous éveiller au fait que la précision géographique voudrait déjà apporter un sens restrictif à la fonction de juge d'Israël. Deuxième chose, Beer-Chéva n'est pas Rama, n'est pas le centre névralgique où vivait Chmouel, là où il a été juge, prophète et chef politique pendant toutes ces années. Que font-ils à Beer-Chéva ? Ou, si vous préférez, de manière plus théâtrale: qu'allait-il donc faire dans cette galère ? Personne ne le sait. C'est une donnée qu'on vous apporte ici: ils sont juges, mais juges à Beer-Chéva.
Or, juste précédemment, je veux que vous continuiez à apprendre véritablement comment on travaille. C'est ça l'essentiel. Vous devez sortir et demain être capable, à la table de Chabbat, devant vos enfants, de réviser avec eux un texte en les amenant à comprendre, à entendre ce qui se dit. Vous vous rappelez, je vous le redis encore une fois: la lettre est une note, le mot est un temps, la phrase une mesure et le texte une symphonie. Essayez de trouver l'harmonie dans le texte. Trouver l'harmonie, c'est savoir décomposer la partition dans l'ensemble de ces temps, de ces mesures, de ces notes et de ces annotations.
Donc on a deux Vayehi. Chmouel a vieilli, il a nommé ses enfants comme juges pour Israël, et les enfants de Chmouel, Yoël et Avia, sont juges, mais il apparaît à travers le texte que c'est à Beer-Chéva. Cela me laisse des relents de quelque chose de réduit. Je continue.
Le troisième verset, guimel, c'est un peu le tranchant de la lame. Ve-lo halkhou banav bidrakhav, vayitou aharei ha-betsa, vayiqqekhou chochad, vayatou michpat. On vous assène coup après coup, jusqu'à ce qu'il y ait un chaos. Je vous le traduis: ils n'allèrent pas, ces enfants, dans les voies de Chmouel, ils ne suivirent pas ses chemins. Ils étaient plus attirés par l'intérêt et le profit, betsa. Ils ont accepté d'être corrompus, chochad, la corruption. Et ils ont perverti le droit: vayatou michpat, ils innocentèrent le coupable alors qu'ils condamnaient l'innocent.
— Maintenant vous comprenez, quand vous ne saviez pas pourquoi le vayehi venait nous informer: il nous préparait simplement à entendre ce dont il était question. Exactement, tu m'as enlevé les mots de la bouche.
Je crois que nous sommes là dans un parallélisme de l'histoire qui est tout à fait, non pas étonnant, mais détonnant. Chmouel était quand même, vous vous rappelez, pendant notre premier semestre, le personnage qui allait prendre la relève d'Eli, parce que les enfants d'Eli, Hofni et Pinhas, étaient complètement caducs par rapport à la fonction de juge, de prophète et de chef politique. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que c'étaient des hommes qui, dans leur conduite, étaient absolument immoraux. Ils prenaient les meilleurs morceaux des sacrifices apportés par les gens, et ils s'entretenaient avec les femmes qu'ils choisissaient. C'est absolument immoral pour la fonction qui est la leur.
Je vous rappelle, et je vous l'ai dit: pour une erreur de conduite publique, Chaoul perdra sa royauté. David, sur deux erreurs individuelles, ne perdra pas sa royauté. C'est-à-dire qu'à partir du moment où tu as une responsabilité collective, il faut savoir comment tenir les rênes de cette responsabilité-là.
— Oui, bien sûr, absolument. Il y a deux plans ici. Eli sera condamné, Chmouel n'est pas condamné. On va voir, il va être mis mal à l'aise, mais pas condamné. Eli a été condamné. N'ayant pas prêté garde, comme il aurait dû le faire, à la conduite de ses enfants, il a engendré un malaise profond au sein du peuple d'Israël, qui considérait le pouvoir comme devant être, et à juste titre, un pouvoir irréprochable. C'est bien clair. Aujourd'hui comme hier, hier comme aujourd'hui, ceci est absolument clair.
Alors, évidemment, nous retombons. D'abord, ils ont quitté Rama, là où est Hachem. Ils se sont excentrés vers Beer-Chéva. Et alors qu'ils sont devenus des provinciaux, est-ce que, par hasard, le fait d'avoir voulu se retrouver en province…
— Voilà, exactement, et vous avez entièrement raison. Il y a une différence sensible: les enfants d'Eli étaient auprès de lui, et ce sera peut-être le reproche, alors que pour Chmouel, il n'y aura pas de reproche personnalisé. Le reproche va être vis-à-vis des enfants eux-mêmes, qui ont abandonné le droit chemin.
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