Tzemach David, la pousse de David et la Gueoula
Le Machiah ben David, la pousse graduelle de la délivrance, et le mot khippazon dans la Bible.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Adonai sefata : la phrase qui ouvre la prière, 51 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde, nous en sommes à la quinzième bénédiction du Chemoné Essré. Elle est à peu près identique dans toutes les versions, Sefarad, Ashkenaz, Yemenite et tout le reste. En voici le texte: Et Tsemah David avdeha, meherah tatsmia, la pousse de David, Ton serviteur, fais-la pousser rapidement. Vekarno, que Son renom, keren veut dire littéralement une corne, mais ça veut dire, sur une forme imagée, le renom, la renommée, que sa renommée taroum bichou'atecha, s'élève dans Ta délivrance. Kilishou'atra kivinou kol hayom, car c'est Ta délivrance que nous espérons tout le jour. Baroukh atah Hachem, matsmia keren yeshou'a, béni sois-Tu, Hachem, qui fais pousser la renommée de la délivrance.
Il y a ici beaucoup de choses qui ne sont pas très claires. De quoi parle-t-on là ? S'il s'agit de la Gueoula, de la délivrance, on en a déjà parlé. Il y a eu par exemple la bénédiction Its'tekat bechofar gadol lehéroute, « on sonnera du grand chofar pour notre liberté ». La liberté est donc déjà censée être acquise. De même pour le retour de la loi: Melekh ohev tsedaka oumichpat. Ainsi que la résidence de Dieu à Yerouchalaïm.
Alors, c'est quoi Tsemah David avdeha ? De quoi s'agit-il ? Il s'agit de la dynastie de David. C'est-à-dire qu'on parle ici de la deuxième forme de messianisme, le Machiah ben David. La première est le Machiah ben Yossef, dont nous avons parlé quelque peu dans le dernier cours.
Et là, nous passons à la deuxième forme du messianisme, celle du Machiah ben David. La différence entre les deux est très importante. Le Machiah ben Yossef a une fonction, pourrait-on dire, politique, économique, matérielle, et même géographique: il fait sortir Israël de la galout. Le Machiah ben David a une dimension déjà un peu plus mystique et, on peut dire, universelle. C'est-à-dire qu'à travers le Machiah ben David se répand la connaissance de Dieu dans le monde entier. Cela se fait à travers la diffusion, l'élévation de la renommée d'Israël à travers le monde. C'est le Machiah ben David, c'est son travail. Il n'est pas le seul à le faire, évidemment, il est aidé par tout le monde. Mais c'est ça, la dimension essentielle du Machiah ben David.
Elle se manifeste également à travers le Beit Hamikdach, le Beit Hamikdach comme centre de rayonnement universel. Donc c'est ça.
Maintenant, remarquez que le nom employé ici pour parler du Machiah est un nom tiré du livre de Zacharie, qui appelle le Machiah du nom de Tsemah. Tsemah veut dire une pousse, une plante, quoi. Et la plante a cette particularité de pousser. C'est-à-dire que ça prend du temps. Une plante est d'abord petite, après elle grandit, et après elle est très grande. Cela suppose donc la dimension graduelle, d'évolution, qu'il y a dans la Gueoula.
Mais il y a dans la Gueoula également l'élément de rapidité: il faut que tout se passe très vite. Par exemple, lors de la sortie d'Égypte, au moment de sortir, il a fallu faire très vite. Au moment de la fondation de l'État d'Israël, il a fallu faire très vite: c'était la fin du mandat britannique, il a fallu, pour ne pas rater l'occasion, vendredi après-midi, juste un peu avant l'entrée de Chabbat, fonder l'État d'Israël. De même, il y a, parallèlement à ça, une dimension graduelle: tout se fait lentement.
Alors, la rapidité, l'empressement, se dit en hébreu hippazon. Le mot hippazon apparaît dans la Bible en trois endroits seulement: deux dans la Torah et un chez les prophètes. Les deux dans la Torah, il y en a un dans Chemot et l'autre dans Devarim. Dans Chemot: « Vous le mangerez en hippazon », c'est un Pessa'h pour Dieu. C'est lorsqu'on mangeait l'agneau pascal au moment de la sortie d'Égypte. La Torah dit de le faire vite. De même, dans le livre de Devarim, c'est en hippazon que Dieu a fait sortir d'Égypte, pendant la nuit. Donc les deux premières fois concernent l'événement de la première Gueoula, celle de la sortie d'Égypte.
La troisième fois où est mentionné le mot hippazon, c'est dans le livre de Yéchayahou, Isaïe, qui parle de la dernière Gueoula. Et là il dit: Ki lo bahippazon tétsé'ou, « ce n'est pas en précipitation que vous sortirez, ouvimnoussa lo tèlèkhoun, vous n'irez pas en prenant la fuite, ki yolèkh lifnekhem Hachem, parce que Dieu marche devant vous, ou'méassifkhem Elohei Yisra'el, et celui qui vous rassemble est le Dieu d'Israël ».
C'est-à-dire qu'on voit, comme une bonne nouvelle, que la dernière Gueoula ne se fait pas vite. Elle se fait lentement. Elle ne se fait pas dans la précipitation. Qu'est-ce qu'il veut dire par là ? Pourquoi la première fois c'était en précipitation et la dernière, non ? La première fois, c'est parce que c'était miraculeux. Et comme dit le Maharal, le miracle vient d'une dimension extra-temporelle, c'est au-delà du temps. Le temps, ça prend du temps. La nature est un système qui est basé sur la patience, il faut du temps. Mais quand on est dans le miracle, le miracle est au-dessus de la nature, il n'y a pas de problème, donc ça ne prend pas de temps.
Mais le vrai problème, c'est que la Gueoula s'est faite par un miracle, et le miracle est quelque chose de problématique. Imaginez-vous le dialogue entre Dieu et la mer. Dieu dit à la mer: « Voilà, je t'ai créée. Tu te rappelles quand c'était, au début de la création, quand je t'ai créée ? C'était le deuxième jour. Eh bien, tu as bien fait ton travail jusqu'à présent, mais aujourd'hui tu me déranges. Tu empêches Mes enfants d'Israël de sortir d'Égypte, alors je te dis de bouger de là. Barre-toi de là. D'accord ? »
C'est effectivement assez vexant. C'est un affront, une insulte envers la mer, de lui dire: toi qui as bien fait ton travail en tant qu'être de nature, aujourd'hui tu déranges, tu déranges pour l'événement le plus important de l'histoire, la Gueoula. C'est quand même énorme. Cela voudrait donc dire que l'œuvre de Dieu entrave Son projet. Ça donne presque le sentiment du dualisme, Hasha'Shalom, qu'il y aurait une entité opposée à Dieu, et ce serait la nature. C'est énorme, un truc pareil.
Il faut absolument réparer cette bévue. Il faut pour ça que la dernière Gueoula se fasse sans miracle. Elle doit se faire à travers la nature, pour faire participer la nature à la Gueoula. C'est pourquoi, de nos jours, lors de notre Gueoula, il n'y a pas de miracle surnaturel. La mer ne se fend pas en deux, les pommes continuent à tomber pas loin du pommier, etc. C'est-à-dire que c'est important que ça passe par les voies naturelles: en asséchant les marais, en faisant une banque, en établissant une armée, et tout le bazar.
Alors pourquoi, lors de la sortie d'Égypte, a-t-il fallu un miracle ? Il a fallu un miracle parce que c'était le début de l'histoire et qu'on ne pouvait pas faire autrement. Les choses étaient tellement basses qu'il fallait un traumatisme pour faire sortir Israël d'Égypte. Mais il faut réparer ce traumatisme. C'est pourquoi le Machiah …
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