Pourquoi prier pour les justes au moment de la Gueoula
La bénédiction des Tsadikim, sa place dans le Sidour et l'énigme du juste en danger au tournant de l'Histoire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi la téfila l'emporte sur les bonnes actions, 59 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour. Nous allons continuer notre étude du Sidour, et nous sommes arrivés à la bénédiction des Tsadikim. Comme vous le voyez dans le Sidour que vous avez devant les yeux, cette bénédiction intervient à un moment particulier, au milieu des bénédictions qui parlent de la Gueoula. Un Sidour peut effectivement être utile, mais il y en a qui n'en ont pas.
Regardez bien comment cela fonctionne. Je prends par exemple la bénédiction de Teka Bechofar Gadol, puis celle de Kheroutenu, qui parle du retour de l'indépendance politique du peuple juif et du rassemblement des exilés. Quand cela se produit, c'est très joli. Vient ensuite la bénédiction de Hachiva Chofténou, « ramène nos juges », le rétablissement du Sanhédrin et tout ce qui s'ensuit. Là aussi, c'est très joli. Puis, à la suite, vous avez la bénédiction contre les minim. La réussite du retour d'Israël remet en question la théologie des minim. Donc cela marche encore mieux, c'est très très bien.
Et à ce moment-là, quand tout va bien, on prie pour les tsadikim. C'est bizarre quand même. Cela voudrait dire qu'au moment de la Gueoula, il y a un danger particulier pour les tsadikim, et qu'il faut donc prier pour eux à ce moment-là. C'est quand même extraordinaire. Et ensuite cela continue: on construit Jérusalem, on reconstruit le Temple, on amène la délivrance, etc. On voit donc qu'au milieu du processus, quand il commence, il y a un moment où les tsadikim sont en danger.
De manière générale, les tsadikim dans ce monde sont en danger. Vous savez pourquoi ? On avait déjà commencé à étudier cela la dernière fois.
Le problème des tsadikim, c'est qu'ils vivent selon la morale, alors que la réalité fonctionne selon le destin, ou disons selon le déterminisme. Prenons l'exemple que j'affectionne. Imaginez que vous êtes juif, assis sur un banc à côté d'un Grec, dans un endroit appelé Zderot HaMeiri, c'est-à-dire la rue du Machon Meir. Et vous voyez passer devant vous un tsadik qui glisse sur une peau de banane et se casse la jambe. Le juif se dit: ce n'est quand même pas normal, c'est un tsadik, pourquoi s'est-il cassé la jambe ? Le Grec, lui, se dit: mais ça ne va pas la tête ? Il existe une loi de la nature: quand on glisse sur une peau de banane, on se casse la jambe.
Donc, pour le Grec, cela ne pose pas de problème; pour le juif, cela pose problème. Pas forcément. Si, parce que le présupposé dans la conscience du juif, c'est que le monde doit être juste. Dans ce cas, c'est déjà une réponse au problème. Mais attention: il faut définir ce que nous savons être juste. C'est déjà une tentative de réponse, mais la question se pose quand même. Quand je vois le tsadik glisser sur une peau de banane, je me demande si c'est justifié. Et toi, tu dis probablement oui, parce qu'il a dû faire ceci ou cela, parce que c'est pour son bien.
Comment ça, qu'est-ce qui est écrit ? Il devait glisser sur cette peau de banane. Pourquoi ?
Alors c'est là le problème. Est-ce qu'il devait glisser pour des raisons naturelles ou pour des raisons morales ? Tu ne veux pas savoir, donc tu restes dans le doute. C'est-à-dire que tu préfères ne pas te poser la question même, si j'ai bien compris.
— Une seconde, j'aimerais comprendre pourquoi la question se pose, c'est ce qui m'intéresse. Est-ce qu'elle se pose comme une question de physique, c'est-à-dire comment on fait pour se casser la jambe, ou bien est-ce une question morale, comment se fait-il qu'un tsadik se soit cassé la jambe ?
Non, non. Quand tu dis que la question se pose, j'aimerais savoir quelles questions se posent. Est-ce une question d'ordre physique ou d'ordre moral ? Je parle de la question, pas de la réponse. Justement, c'est là le problème. Ce qu'enseigne la Torah, c'est que les questions que nous posons sur le monde sont des questions morales. En tout cas, ce que l'on suppose, c'est que le monde devrait se comporter d'une façon morale, puisque c'est un Créateur moral qui l'a créé, donc tout devrait être moral. Or, quand nous voyons des souffrances dans ce monde, et en particulier la souffrance des tsadikim, on se dit: cela contredit apparemment ce que nous savons. Il y a donc ici un problème.
Les tsadikim éprouvent une souffrance par rapport à leurs valeurs, à ce auquel ils croient intérieurement. Le tsadik est persuadé que Dieu est juste, mais dans la réalité, on voit que tout se passe de manière impersonnelle. C'est déjà une tentative de réponse, mais je parle ici de l'intuition de départ.
Quand tu dis que c'est peut-être une épreuve, cela veut dire que c'est peut-être une réponse. Ce que j'essaie d'expliquer, et j'aimerais que tu essaies de comprendre ce que je veux dire, c'est que dans l'approche qu'a le juif de la réalité, il y a un questionnement moral qui ne se trouve pas chez le Grec. C'est cela que je veux dire. D'accord ? Pour le Grec, si on glisse sur une peau de banane, il y a une loi de la nature qui fait qu'on se casse la jambe. Point à la ligne. Pour le juif, il y a question.
Il y a donc une souffrance généralisée des tsadikim dans ce monde, même quand ce ne sont pas eux qui souffrent, mais quand ils voient qu'il n'y a pas de justice évidente. C'est pour cela qu'il est normal de prier pour les tsadikim. Le tsadik est toujours en minorité. D'ailleurs, vous savez que dans l'idéal messianique, il existe ce qu'on appelle le Machia ben Yossef. D'après les midrachim, celui-ci se fera tuer par les nations.
Le Maharal de Prague explique pourquoi: pour une raison très simple, lui est minoritaire et eux ont la majorité, or la loi suit toujours la majorité. C'est-à-dire: Acharei rabim lehatot, halakha ke-rabim. Être tsadik dans ce monde, c'est déjà se situer en minorité, c'est se mettre en minorité dès le départ. Il y a donc des raisons de prier pour les tsadikim, cela c'est normal. Mais ce que j'aimerais comprendre, c'est pourquoi il faut prier pour les tsadikim justement au moment où la Gueoula est enclenchée. C'est cela qui n'est pas clair.
Non, mais on prie à ce moment-là, entre Tekia et Chofar. C'est ce que j'essayais d'expliquer pour la quatrième fois à peu près, dans ce même cours. Je suis probablement un très mauvais enseignant puisque je n'arrive pas à transmettre ce que je veux dire. On voit que les bénédictions sur la Gueoula sont entrecoupées par une bénédiction pour les tsadikim. J'aurais fait la bénédiction pour les tsadikim à l'époque de la galout, par exemple avant Refaénou, Goël Israël, etc. Mais quand cela commence à aller bien, c'est là qu'il faut prier pour les tsadikim ? C'est bizarre. Vous avez compris le cadre dans lequel je pose la question ?
Très bien. Je vais donner un début de réponse. Le tsadik a l'habitude de protéger sa génération. Le tsadik est un individu. Or, l'individualité du tsadik est très importante à l'époque …
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