Maïmonide et le juste milieu : ne pas en rajouter
Le Rambam explique pourquoi la Torah pousse à l'extrême pour ramener au juste milieu, et pourquoi il ne faut pas ajouter d'interdits.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Maïmonide et les excès des pieux : la voie du milieu, 56 min
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Page Reshnun Dalet, c'est-à-dire 254, colonne de gauche. On va relire et traduire, donc. On redonne d'abord une petite introduction. Le Rambam nous expliquait, au début du chapitre, que pour nous guérir de nos maladies, la meilleure chose à faire est d'aller à l'autre extrême. C'est-à-dire que si tu es radin, deviens dépensier. Si tu es peureux, adopte des comportements de bravoure, mais un peu plus exagérés, voire en t'exposant à des dangers, parfois. Sachant que la maladie est un poison, tu prends un contre-poison. Finalement, tu te rééquilibres. Comment ça se dit ? Non, revenons au vif du sujet.
Si certains de notre peuple tendent à ressembler aux autres peuples, aux Goyim, il s'agit là des chrétiens, des premiers juifs qui sont devenus chrétiens, que tout ce que j'expliquais là est en parfait accord avec leur comportement. Et eux aussi, en mortifiant leur corps et en annulant tout plaisir, le font comme thérapie pour se guérir, pour se tourner vers l'autre extrême, un peu plus, comme on l'a expliqué dans notre chapitre. Tout cela est une faute et un mensonge de leur part. Pour quelle raison ? Parce que la Torah elle-même n'a interdit ce qu'elle a interdit, et n'a ordonné ce qu'elle a ordonné, que pour cette raison.
Pour qu'on s'écarte d'une certaine extrémité, un peu plus. C'est-à-dire que la Torah a déjà préconisé un comportement qui constitue en lui-même une certaine thérapie contre les déviations innées en nous. Alors, il donne des exemples.
Par exemple, l'interdiction de tous les mets non casher. Vous n'avez qu'à voir: sur le globe terrestre, il y a des millions d'êtres mangeables, dont la quasi-totalité est interdite à la consommation. Une toute petite minorité est permise au peuple d'Israël. Et même dans cette petite minorité, il y a encore énormément de restrictions. Et comment les égorger ? Si, par exemple, pendant la Chehita, il y a eu une petite déviation, un millimètre de dents sur la lame, alors ce n'est plus casher. Et ensuite, c'est casher si tu ne peux pas le manger avec de la viande, avec du lait, etc., etc. Il y a déjà énormément d'interdictions. Donc tu vois que la Torah a poussé le principe au maximum pour t'écarter de toute tendance à te jeter sur la nourriture. Mange de manière posée, au minimum vital. Minimum, ce n'est pas beaucoup, c'est beaucoup dire, mais n'exagère pas. N'en rajoute pas.
Deuxième exemple: Yisourabiot Asurot, toutes les interdictions de relations sexuelles. A priori, on pourrait dire, de manière très crue et vive: tu es un mâle, donc tu es attiré sexuellement par toutes les femelles de l'univers, y compris de tous les êtres, pas seulement des êtres humains. A priori, sans aucun doute. Il suffit de voir qu'à l'époque du déluge, c'est ce qui s'est passé: ils étaient les uns dans les autres, c'était vraiment le balagan. D'abord, la Torah se limite au genre humain. Dans ce genre humain, les filles
du peuple d'Israël seules étaient déjà réduites à un millionième. Dans toutes celles-là, une. Une. Parlons aujourd'hui d'une. Et dans cette une, dès que tu commences à entrer en effervescence sexuelle, retiens-toi jusqu'à ce que tu te maries, avec une ketouba. Et même quand tu te maries, elle n'est pas permise tout le temps, et même quand elle est permise, les chakramidis font cela la nuit et pas le jour, etc., etc., etc. Déjà, la Torah a restreint à un milliardième ta tendance sexuelle. Est-ce qu'elle a permis ? C'est
permis. N'en rajoute pas. Elle a déjà exagéré. Elle a déjà pris en compte qu'il existe une déviation sexuelle innée, et elle l'a contrecarrée en allant à l'autre extrême. N'en rajoute pas.
Donc ces bobards que racontent ces chrétiens, selon lesquels ils font exactement ce que prescrit la thérapie du Rambam, ne tiennent pas la route.
Restrictions par la Torah et par nos sages. La Torah elle-même, j'ai appris; et les sages, j'en ai rajouté. Ça veut dire que si on transgresse un peu, ça va... Non, tu es déjà malade. Ah, d'accord. Qu'il soit bien clair. Si tu dis: voilà, le médecin m'a dit que j'ai une tension trop haute, je transgresse un peu, ce n'est pas grave, parce qu'on transgresse un peu et on a une crise cardiaque et on meurt. Non, c'est vrai. Ils ont trouvé exactement la dose adéquate pour que tu tiennes la route et que tu sois au juste milieu. C'est une barre de sécurité, une marge de sécurité. Dès que tu traverses la barrière, tu as déjà les pieds dans la boue. Tu commences à entrer dans le domaine de la maladie. Tu n'es pas encore mort, mais tu es malade. Et les gens n'aiment pas tellement être malades.
Il donne un exemple, regardez. Par exemple, l'interdiction des relations sexuelles: la Torah nous a interdit d'avoir des relations avec une prostituée. Tu es obligé de te marier; tu ne peux pas rencontrer n'importe quelle femelle et avoir des relations avec elle. Il faut que ce soit ordonné avec la ketouba et les kidouchin. Malgré cela, elle n'est pas permise tout le temps: elle est interdite quand elle a son flux, c'est-à-dire quand elle a ses règles, et quand elle accouche. Et non seulement cela: nos sages ont ajouté encore
des restrictions pour minimiser tes relations sexuelles. Par exemple, ils ont préconisé de ne pas faire cela pendant la journée, mais seulement la nuit, comme il est explicité dans le traité de Sanhédrin. Quel est le problème ? Parce que le jour, il y a plus de lumière que la nuit, et cela doit se faire dans l'obscurité, tout simplement, pour ne pas en rajouter trop, justement, pour ne pas être trop excité sexuellement, apparemment. C'est une des raisons.
Une autre raison: si, même avec sa femme, tu voyais quelque chose de pas très joli à tes yeux dans son corps, tu risquerais d'amoindrir ton amour. Et c'est tout bête, c'est dommage. Tu l'aimes tellement, et tout d'un coup tu découvres, je ne sais pas, qu'elle a une verrue poilue dans une certaine partie du corps. Hein ? Je ne l'aime plus. C'est dommage. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Cela risquerait, tout bêtement, d'amoindrir ton amour envers elle.
Alors à quoi ça sert ? C'est le cas d'Avraham Avinu, au seuil d'entrer en Égypte. Il se rend compte qu'autour de lui il a affaire à des bêtes humaines; c'étaient les Égyptiens de l'époque, et ils n'ont pas tellement changé depuis. Il se dit: j'ai affaire à des obsédés sexuels, donc il faut que j'arrête de vivre dans mes fantasmes et dans ma stratosphère. Et tout d'un coup, il regarde sa femme: oh ! Tu es jolie. Il ne l'avait jamais remarqué. Là, il se dit: j'ai affaire à des objets sexuels; sans aucun doute, ils vont la capturer, ils vont la violer. C'est la première fois qu'il se rend compte qu'elle est belle. Cela ne veut pas dire qu'il méprise sa femme. Il adore sa femme, mais son amour envers elle ne dépend pas du millimètre de plus ou de moins de …
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Ce cours fait aussi partie de la série « Les Huit chapitres de Maïmonide ».
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