La guérison dans la prière selon Rav Kook
Le sens de la huitième bénédiction de la Amida, Refaénou, et la distinction entre guérison profonde et guérison extérieure.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La prière, de la crainte à la joie jusqu'à l'unité, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Je crois que nous avons commencé l'étude de la huitième bénédiction de Shmona Esrei, celle de Refaénou, qui concerne la guérison. On a déjà expliqué pourquoi elle se trouve en huitième place: huit, c'est ce qui surmonte la nature, et la guérison vient donc surmonter la décadence imposée par la nature. On parlait aussi du fait que la guérison, à l'origine, n'avait de justification qu'en raison de la circoncision. Or la circoncision a lieu le huitième jour, parce que c'est une transformation de la nature également, et donc elle vient en huitième place.
Ce que nous n'avons pas fait, c'est rentrer dans le détail de la bénédiction, et c'est ce que nous allons faire. On a commencé par Refaénou Hachem Benerafeou, Sheinu vachéa, « guéris-nous, Éternel, et nous serons guéris, sauve-nous et nous serons sauvés ». On a expliqué que la différence entre guéri et sauvé, dans le contexte de la guérison, c'est la différence entre le physique et le mental. Quand je suis malade, j'ai une souffrance physique, mais j'ai aussi, à cause de la souffrance physique, une souffrance mentale, dont je veux être sauvé. Hoshénou vénivachéa. Bon. Ki tehilaténou ata, « car tu es notre louange ». Qu'est-ce que veut dire cette histoire de « parce que tu es notre louange » ?
Nous voulons guérir parce que si nous ne guérissons pas, c'est une profanation du Nom de l'Éternel, c'est un blasphème. Et donc, parce que nous sommes ta louange, nous devons être en état de pouvoir la prononcer, cette louange. Il faut donc que tu nous guérisses. Comment ? Il y a un problème: comment le faire ? C'est vrai que quand quelqu'un meurt, on fait son éloge, mais lui ne fait pas la louange, n'est-ce pas ? Le psalmiste dit: Lo hamétim yehalelou-Ya, « ce ne sont pas les morts qui louent l'Éternel ».
Donc, puisque Dieu a déclaré son intérêt pour notre louange, il est intéressé à ce que nous le louangions, et il faut donc que nous soyons en bonne santé. C'est ce que nous demandons. Qui est-il à ténoir ? Oui ?
— Je crois que nous avons répondu à cette question également.
On avait répondu. Et tu veux savoir ce que nous avions répondu ? Il y a deux possibilités: soit tu prends l'enregistrement, qu'on peut trouver sur Internet, je pense, soit je te réponds. Je vais être sympa, je vais te répondre. Refaénou Hachem véniRafé, ça veut dire: lorsque nous sommes guéris par Dieu, nous ne savons pas si nous serons vraiment guéris, parce qu'il peut y avoir une rechute. Refaénou Hachem, c'est Dieu qui nous guérit; véniRafé, nous sommes vraiment guéris. D'accord ?
Alors la dimension morale de la guérison, comme nous l'avons dit au début de ce cours, c'est la suite: Hoshénou vénivachéa. N'est-ce pas ? D'accord. C'est quelque chose que nous avons déjà dit: c'est donc une roue de secours. Ki tehilaténou ata, ce qui est un genou stupide. Bon. Véalénou véal aroukha oumarpé. Alors.
Il y a deux mots en hébreu pour dire guérison: aroukha, qui est un mot plutôt rare, et marpé, qui est un mot plutôt connu, n'est-ce pas ? Il y a des mots rares et des mots connus. Le mot aroukha, qu'on rapproche de arour, veut dire une guérison en profondeur, une convalescence. C'est quand quelque chose guérit non pas extérieurement, mais quand il y a une plaie. Vous avez une plaie ouverte, et vient le chirurgien, qui recoud: c'est la première guérison. Mais après, il y a une guérison en profondeur, il y a le rétablissement: aroukha oumarpé.
Là, vous avez une petite phrase que nous trouvons dans la version séfarade, qui ne se trouve pas dans toutes les versions. Puisqu'elle se trouve dans la version séfarade, on va la lire quand même.
— Marpé est un mot commun en hébreu. Un Israélien qui dit marpé sait de quoi tu parles; quand tu lui dis aroukha, il risque de ne pas savoir. D'accord ?
C'est comme en français: il y a des mots communs et des mots rares, n'est-ce pas ? Par exemple, il y a un mot rare… en France, justement, c'est un… oui. Donc: Véal aroukha oumarpé. Il y a ici une petite phrase qui est rajoutée dans certaines versions, entre autres la version séfarade. Dans la version ashkénaze, on dit:
Il y a différentes manières de vouloir la guérison. Par exemple: Tahalouténou, Makhouvénou, Makoténou. Tahalou, ça veut dire une maladie, mais on veut dire la souffrance morale qui vient de la plaie, ou plutôt une plaie permanente. Tahalou, c'est quelque chose qui continue. Makhouv, c'est la douleur, c'est-à-dire le fait d'être malade entraîne des douleurs. Et makote, c'est la plaie elle-même. D'accord ?
Kel rofé Rahaman véneeman ata. Dans certaines versions, c'est l'inverse: Rofé neeman véRahaman ata. Certains n'ont que Rahaman et d'autres n'ont que Neeman: vous avez donc quatre versions possibles. Maintenant, qu'est-ce que veut dire Rahaman ?
— Miséricordieux.
Oui, et Neeman, fidèle. Ça veut donc dire qu'en général, un guérisseur est soit miséricordieux, soit fidèle. Par exemple, si je demande à mon médecin d'avoir pitié, d'être miséricordieux, et de ne pas m'amputer de mon membre gangréneux, pour ne pas me faire de peine, il ne coupe pas le membre. Il est donc miséricordieux, mais il n'est pas fidèle. Par contre, s'il veut être fidèle à sa profession, il va couper, mais il ne sera pas charitable, miséricordieux.
Chez le Saint béni soit-Il, il est à la fois charitable, miséricordieux, et fidèle. C'est ce qu'on lui dit: Rahaman véneeman ata. Baroukh ata Hachem, rofé 'holé amo Israël, « béni sois-tu, Éternel, qui guéris les malades de Son peuple Israël ».
Comment sait-on qu'il y a tellement de versions différentes ?
— Il n'y a pas de versions véritablement différentes. Elles sont un tout petit peu différentes; pour l'essentiel, elles disent la même chose. La structure de base de la prière est la même. Il y a eu des rajouts et des retranchements, par-ci, par-là. Ça nous paraît bizarre, mais si tu regardes bien le contenu de la bénédiction, c'est le même. D'accord ? À moins qu'il y ait parfois des choses qui dépendent de la sensibilité particulière à chaque communauté.
C'est-à-dire que vous avez une sensibilité séfarade, qui n'est pas équivalente à l'ashkénaze, qui n'est pas équivalente à la hassidique, ou à la yéménite, ou à l'italienne, etc. Ces sensibilités sont le reflet de ce que les kabbalistes appellent Shoresh Neshama, la racine de l'âme. C'est-à-dire que chacun est formé dans son âme d'une manière particulière, et donc la prière est différente. Rabbi Yitzhak Louria, le Ari, le grand kabbaliste du XVIe siècle, disait qu'il y a douze portes pour la prière dans le ciel, et que dans chacune des douze portes passe une des versions de la prière. Parce qu'il y a douze tribus d'Israël, et cette division en douze doit se perpétuer, quelles que soient les conditions historiques. C'est pour ça qu'il y a tellement de versions.
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