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La métathèse : quand l'arc des héros se brise

Étude du verset 4 de Chmouel Alef 2 : la thèse qui perd sa substance et renverse le sens, selon Rony Akrich.

1 h 00

Rav Rony Akrich

Ensuite : Elkana, Hanna et l'amour qui touche à l'être, 1 h 00

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors, nous en sommes à Chmouel Aleph, perek bet, pasouk dalet. Je vous rappelle simplement que la semaine dernière, nous avions commencé la téfila, la prière de Hana, et qu'à travers cette prière nous avions appris un certain nombre de choses que vous pouvez retrouver sur les cours vidéo de Machon Meir, et donc nul besoin de répéter.

Je continue à partir du verset dalet, lorsque, après que Hana s'est exprimée en disant la fin du verset 3, nous avions expliqué combien elle faisait valoir ici que l'Eternel était le maître de l'histoire, qu'il était la substance de cette histoire lorsqu'elle concernait la collectivité humaine, non pas l'individu humain, mais la collectivité humaine. C'est-à-dire que le libre arbitre concernait uniquement et particulièrement l'individu, mais en aucun cas le mouvement collectif de cette humanité. C'est-à-dire, de manière métaphorique, que le train de l'histoire roule inexorablement vers sa destinée.

Les hommes décident, oui ou non, de participer à ce voyage. Est-ce qu'ils veulent monter dans le train ? Est-ce qu'ils veulent en descendre ? Est-ce qu'ils ne veulent pas monter ? Est-ce qu'ils veulent sauter en marche ? Peu importe: en tout état de cause, le train roule inexorablement vers sa destinée. Le libre arbitre concerne l'individu, le mouvement de l'individu à travers le mouvement collectif de l'humanité. C'est-à-dire ?

Au verset dalet, il y a une manière d'écrire qui est tout à fait intéressante et que nous allons appeler une métathèse. Vous savez que, dans la terminologie de la dialectique telle qu'elle est exprimée chez le philosophe Hegel par exemple, la dialectique fait valoir la thèse et l'antithèse afin de récupérer, dans cette rencontre qui se voudrait osmotique, une synthèse. Mais il existe une autre dimension de l'expression de la thèse: c'est de faire valoir comment la thèse elle-même est capable de perdre sa propre substance.

Regardez au verset dalet. Je vous demanderai, mes chéris, d'être à l'heure, à midi, comme je suis moi-même à l'heure, parce que vous savez que je suis cardiaque et donc très émotif, et je vous prierai de faire très attention à mon cœur. J'ai une telle ambition à vouloir vous offrir et vous octroyer de mes leçons que votre absence me contrit énormément.

Donc, je veux parler de la métathèse. Regardez comment elle s'exprime au verset dalet. Ouvrez la parenthèse: Kechet guibborim hatim. Fermez la parenthèse. Venikhshalim azrou hayil. Ouvrez la parenthèse, venikhshalim azrou hayil, fermez la parenthèse. Je veux que vous compreniez comment la thèse va perdre de sa substance pour créer une autre dimension qui n'était pas prévue.

Je traduis. Kechet guibborim hatim: l'arc des héros se brise. Les archers héroïques ne voient pas leurs arcs se briser. L'arme qu'ils détiennent est une arme avant tout, et de prime abord préparée à la guerre, au combat et au conflit. Lorsque le texte biblique vient et vous dit que l'arc des archers héroïques s'est brisé, cela signifie que l'arc s'est brisé entre leurs mains, sans même qu'il n'y ait eu peut-être encore de conflit. Mais même si le combat a commencé, ils se sont retrouvés avec un armement déficient.

Mais regardez pourquoi c'est important. Dans la deuxième partie que je vous ai demandé d'ouvrir et de fermer, venikhshalim azrou hayil: les perdants sont devenus vaillants. Ceux qui étaient, de prime abord, dans la conscience d'appréciation qui était la mienne, à savoir que les héros sont des gens déjà prêts à rencontrer l'événement qui va les rendre d'autant plus héroïques. Mais là, tout se brise. Vous avez entendu le verbe, khatim. C'est véritablement une brisure dans l'hébreu biblique. Ils se retrouvent, comme dirait M. de La Fontaine, gros Jean comme devant.

Et tout d'un coup, la thèse, qui vient de perdre toute sa substance, fait valoir un propos dont aucun de nous ne serait à même de se proposer: les perdants deviennent vaillants. Il y a là un contraste qui s'appelle une métathèse. On appelle cela en hébreu Mikra mesoras. En français, dans la littérature, cela s'appelle une métathèse: la thèse exposée perd de sa substance, et en la perdant, elle vient renverser un rôle qu'on n'aurait pas prévu. Les perdants deviendraient vaillants.

Je continue pour vous donner un autre exemple. Regardez la suite. C'est Mikra mesoras, c'est-à-dire, sirou: cela veut dire comme si on avait retranché, coupé. Regardez la suite. Ouvrez la parenthèse: Savé'im balé'hem niskarou, fermez la parenthèse. Ouvrez la parenthèse: Ou'reevim hadlou, fermez la parenthèse. Je vous ai dit qu'on apprenait à lire le Tanakh, donc c'est toute votre richesse.

Ouvrez la parenthèse première: savé'im, les rassasiés, balé'hem niskarou, ceux qui n'avaient pas l'habitude d'avoir faim, on louait leurs services pour pouvoir acheter du pain. Deuxième parenthèse: ou'reevim hadlou. Et les affamés ont cessé de l'être. Ceux qui avaient un trop-plein ont été obligés d'aller se louer, se vendre, afin de pouvoir, avec la monnaie de cet échange, acheter du pain. Les riches n'ont pas besoin de pain, sauf si la situation leur a fait perdre la substance qui était la leur et les oblige aujourd'hui à une situation qu'ils n'avaient même pas imaginée.

La métathèse qui suit, c'est que ceux qui avaient l'habitude d'être affamés, la plèbe, se sont retrouvés à ne plus avoir faim. Hadlou: hadal, cela veut dire qu'on cessait d'avoir faim. La situation s'est renversée.

Troisième exemple. Regardez où nous emmène Hana, parce que n'oubliez pas que c'est Hana qui dit tout cela. D'où veut-elle nous emmener, dans cette appréciation de métathèse, à ceci ? Ad akara yaldeshiva. Ouvrez la parenthèse: Vérabat banim oumlala, fermez la parenthèse. Première partie: tout cela jusqu'à ce qu'une femme stérile puisse enfanter sept enfants. Deuxième partie: celle qui était pleine d'enfants se retrouvera dans le malheur. De qui parle-t-elle ? Elle parle d'elle-même, de Hana, qui était stérile et qui va se retrouver avec cet enfant, et celle qui était emplie d'enfants verra à chaque naissance de Hana son enfant mourir. C'est Machaya.

Pourquoi ? Parce que, tout le temps où Hana n'avait pas d'enfant, l'attitude, le comportement de Pnina était un comportement répréhensible, de par une attitude ironique qui… Je vais vous apprendre quelque chose d'important. Quand vous dites quelque chose à quelqu'un, ne pensez pas que la définition de ce que vous dites se trouve dans ce que vous y mettez, mais dans la manière dont ce que vous direz sera perçu. Attention.

Lorsque je dis quelque chose à quelqu'un, ce n'est pas ma définition de la chose qui importe, mais la manière dont la chose sera perçue par celui à qui je m'adresse. Attention. C'est clair ? Oui. Les rapports avec Pnina avaient peut-être de bonnes intentions. Ce qui importe au texte ici, c'est la manière dont Hana a perçu la bonne intention de Pnina.

Et dans ce ressenti de Hana, il y a quelque chose de totalement répréhensible, qui fait que, dans l'histoire, Hana est venue dire: la femme stérile, celle qu'on pensait ne jamais pouvoir devenir substantielle, la voici avec cet enfant, alors que celle qui était entourée d'enfants… La responsabilité, c'est celle de Pnina.

Cours de Machon Meir

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