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Le Dimayon, faculté d'analogie entre abstrait et concret

Comment l'âme relie l'idée au concret, et pourquoi la prophétie de Moshé diffère de celle des autres prophètes.

1 h 06

Rav Yossef Benshoushan

Ensuite : Maïmonide : la liberté de l'homme face à la volonté de Dieu, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Donc, qu'est-ce qu'on a vu jusqu'à là ? On se trouve déjà dans le premier chapitre. Le Rambam nous a enseigné que, pour pouvoir guérir l'âme, tout comme le corps, il faut d'abord connaître l'anatomie de l'âme, comme il faut connaître l'anatomie du corps, avant de pouvoir donner des conseils et guérir. Il nous a expliqué qu'en fait l'âme est constituée de quatre facultés: Sekhel, Regesh, Dimayon et Ratson, que nous avons traduites pour l'instant par l'intellect, le sens, l'imagination et la volonté. Ensuite, nous avons précisé la traduction: au lieu d'imagination, nous avons traduit Dimayon par analogie. Et nous en étions là la semaine dernière, pour expliquer ce qu'est exactement le Kho'ah ha-Dimayon. On va faire ça vite fait.

Le Dimayon, c'est la faculté, dans l'âme, dans la personnalité, de trouver une corrélation entre le monde abstrait et le monde concret. Par exemple, le même exemple que la semaine dernière: je te dis le mot « table », qui est un concept totalement abstrait, et tu le traduis par une image concrète. Tu vois devant tes yeux une table. D'accord ? Qu'est-ce qui fait ça dans ta personnalité ? Eh bien, tu as un appareil, un transformateur, avec une entrée et une sortie, input et output: ça rentre une existence abstraite et ça se traduit en existence concrète, et vice versa. Ça veut dire que si tu vois cette plateforme, automatiquement, tu fais appartenir cette plateforme au concept de la table. Cette faculté de trouver une corrélation entre ce que tu vois, ce que tu sens, tout ce que tu captes par tes sens, et de le faire appartenir à un ensemble, à un concept abstrait, c'est le Dimayon.

Le Dimayon, en hébreu, s'appelle Damot, ce qui veut dire faire ressembler, trouver une ressemblance. C'est la raison pour laquelle j'ai dit que le mot « imagination », qu'on a l'habitude de traduire pour dire Dimayon, n'est pas exact. Parce que l'imagination vient de la racine « image »: en fait, ce n'est que dans un seul sens, du monde abstrait vers l'image. Alors que ce n'est pas suffisant. C'est aussi du monde sensoriel vers l'abstrait. C'est dans les deux sens. C'est clair ? Le Dimayon, c'est le monde abstrait ? Non: le Dimayon, c'est la faculté de trouver une analogie entre le monde abstrait et le monde concret. C'est clair ? Ou je dois répéter ? On en a déjà longuement parlé la semaine dernière, c'est pour ça que je le dis en résumé.

Maintenant, on a expliqué la semaine dernière que si l'on a déjà dans notre âme, dans notre personnalité, cette faculté, on a comme un transformateur qui a un input et un output, et qui nous oblige à situer ce transformateur entre l'intellect et le sens. C'est ce qui fait la corrélation entre l'abstrait et le concret. On pourrait aussi bien le situer au-dessus de l'intellect et s'en servir à d'autres fins, s'en servir pour capter la prophétie: c'est-à-dire recevoir les données du monde céleste, qui passeraient par ce Dimayon et seraient traduites dans le monde intellectuel ou dans le monde sensoriel.

C'est ainsi qu'on recevrait le message, et c'est ainsi que la prophétie fonctionne. On a donné un exemple la semaine dernière: Dieu dit à Yirmiyahou: « Qu'est-ce que tu perçois ? » Il répond: « Je vois un amandier. Chaked. » Quel chaked ? Qu'est-ce que ça veut bien dire, un chaked ? Alors il se casse la tête pour comprendre. Qu'est-ce qu'il y a de spécifique à un amandier ? C'est qu'il sort ses fruits rapidement. Ah, j'ai compris: Dieu s'apprête rapidement à faire quelque chose d'important. Dieu ne nous a pas envoyé un message abstrait disant: voilà, je vais faire ceci et cela. Il envoie une image. Elle est captée par le Dimayon, elle remonte au niveau de l'intellect, et il comprend le message. Telle est la névouah de tous les prophètes, sauf celle de Moshé Rabbénou, qui est bien au-delà de tout cela. Lui n'a pas besoin de cette démarche compliquée de passer par une image.

Directement du monde céleste vers l'abstrait, directement dans son cerveau, dans son intellect, le message est perçu tel qu'il est sorti de son origine. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas de perte dans les données, et c'est la raison pour laquelle Moshé Rabbénou peut paskène halakha 'al pi névouah. Alors qu'un autre prophète qui prétendrait trancher la halakha selon la névouah serait un menteur, car il ne peut pas descendre à une résolution aussi microscopique: traduire les grands idéaux dans des démarches aussi précises et minutieuses que la halakha. Celui qui le prétend est un menteur, et on le met à mort. Seul Moshé Rabbénou a cette faculté: c'est le plus grand des prophètes.

Mais avant d'en arriver à la névouah, pour le commun des mortels, pour nous, à vrai dire chacun de nous, du moins du peuple d'Israël, il suffit de travailler sur nous-mêmes pour développer ce potentiel de navi. Parlons plutôt de quelque chose qui nous arrive plus souvent: le rêve. Nous rêvons tous les soirs. D'accord ? Sachez que tous les soirs vous rêvez, même si vous n'en êtes pas conscients, et même si, au réveil, vous ne vous souvenez pas de vos rêves. Toute personne qui va dormir rêve. Qu'est-ce que c'est, le rêve ? Un soixantième de la prophétie. Qu'est-ce que ça veut dire, un soixantième de la prophétie ? Pourquoi un soixantième, et pas un soixantième-dixième ou un cinquantième ?

Exactement. Tu dis exactement ce qu'il fallait dire: batel, c'est-à-dire négligeable. Comme dans une équation de chimie, parfois il y a des éléments qu'on dit négligeables. Dans la halakha, on connaît cette notion. Par exemple, s'il tombe un kilo de viande dans soixante kilos de lait, c'est négligeable, et c'est permis. De même, c'est pour dire que le rêve ne doit pas trop être pris au sérieux. C'est vrai qu'il relève de la prophétie, mais c'est négligeable: ne le prends pas trop au sérieux. Quoi qu'il en soit, il relève aussi de la prophétie. C'est-à-dire que ce qui nous permet de rêver, c'est le Dimayon. De là, on va comprendre l'Ikhlal, pourquoi nous avons besoin de dormir, pourquoi tous les soirs on va dormir.

Est-ce qu'on dort pour le repos de notre corps ? Eh bien non. Les grands sportifs sont capables de courir, puis de faire d'autres mouvements qui rafraîchissent un peu le corps, et de continuer à courir, parce qu'il y a des acides qui s'accumulent dans les muscles et font mal; je ne sais pas exactement. Ils connaissent donc les contre-mouvements et continuent à courir. En revanche, parfois, tu vas dormir totalement lessivé, mort de fatigue, avec un moral qui tend vers zéro, et tu te lèves le matin en très bonne humeur et en très bonne santé, comme si de rien n'était. Mais qu'est-ce qui se passe ? Et on va expliquer pourquoi, parfois, c'est le contraire. Ce n'est pas par hasard.

À vrai dire, de même que le corps, s'il ne fait pas sa gymnastique, se fane et devient flasque, imagine que …

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