Crainte et joie dans la prière selon le Rav Kook
Rav Nahman bar Yitzhak tire de deux mots du Tehilim le sentiment juste de la prière : joie et crainte ensemble.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La guérison dans la prière selon Rav Kook, 51 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous. Nous allons continuer notre étude sur la prière. La dernière fois, nous avons étudié un passage de Berakhot qui parle des préparatifs de la prière, et nous avons vu qu'il y avait quatre expériences possibles proposées comme préparation: l'expérience que la Michna appelle kovéa drosh, soit l'amertume, soit le sentiment de culpabilité, soit le tremblement, ou bien le sentiment esthétique, n'est-ce pas ? C'étaient les quatre possibilités, et elles ont toutes été rejetées.
Non pas qu'elles ne soient pas valables, mais ça ne peut pas être une instruction pour tout Israël d'entreprendre la prière à travers ces expériences-là. Nous cherchons donc quelle est la halakha pour tout Israël. Et là nous arrivons à la cinquième réponse, à propos de la dimension du kovéa drosh. Voilà. Vous voulez poser une question ?
— C'était quoi le makor qui parlait de l'esthétique ?
C'est écrit en toutes lettres: Hichtahavou lakhem behadrat kodesh.
Prosternez-vous devant Dieu dans la splendeur de la sainteté. Et finalement, on en arrive à une cinquième opinion, celle de Rav Nahman bar Yitzhak. Rav Nahman bar Yitzhak a tiré l'enseignement du kovéa drosh d'un verset de Tehilim: Ivdou et Hachem beyira, servez Dieu dans la crainte, vegilou birada, et exultez dans le tremblement.
Il y a donc ici un mélange de deux éléments: l'un est la crainte, yira, et l'autre est la joie, l'exultation, gila. Et le Talmud demande: Maï « vegilou birada », c'est quoi, exulter dans le tremblement ? Et là, Rav Ada bar Matna a dit au nom de Rav: Bimkom guila cha'am teherehada. Dans le lieu où l'on exulte, c'est là qu'il faut trembler.
Alors, quelle est finalement l'expérience vécue du priant ? C'est une conjugaison, une sorte de mélange entre la joie et la crainte. Et ça veut dire quelque chose de très intéressant. D'abord, il n'y a pas de terme en hébreu pour parler du « sentiment religieux ». Ça n'existe pas. Contrairement à ce qui est admis dans les analyses philosophiques, le sentiment religieux n'est rien de différent de tous les sentiments qui existent sur terre.
Par exemple, de même qu'il y a homo sapiens, l'homme intelligent, homo erectus, l'homme debout, homo faber, l'homme capable de fabriquer des outils, on a inventé également homo religiosus, l'homme religieux. Être religieux voudrait dire avoir une manière d'être différente des autres. Par exemple: « Ah oui, mais toi, c'est parce que tu es religieux. » Et ça empêche tout dialogue véritable. Si, parce qu'on est religieux, on pense d'une certaine manière, cela veut dire qu'être religieux serait une sorte de maladie mentale. Et c'est extrêmement inquiétant.
Du point de vue de la Guemara, il n'y a pas de sentiment religieux en tant que tel. Ça n'existe pas. Mais cela peut être décrit par des termes tirés de toutes les expériences de l'homme: la crainte, la joie. Ce sont des expériences que tout homme vit de temps en temps.
Maintenant, ce qui est particulier à la dimension de la prière, c'est qu'il y a ici un mélange de deux sentiments qui, d'habitude, sont contraires. Quand je suis dans la crainte, je ne peux pas être dans la joie. Quand je suis dans la joie, je ne suis pas dans la crainte. L'un repousse l'autre. C'est quand il y a conjugaison des deux que je sais que je suis devant le Créateur.
Pour une raison très simple: ce n'est que lorsque je rencontre le Créateur que je peux éprouver les deux à la fois. Pourquoi ? Parce que c'est une grande joie de rencontrer la source de sa propre vie. C'est moi-même que je rencontre, finalement. Mais c'est aussi une grande crainte, parce que cette rencontre va me juger. Je serai jugé: suis-je fidèle à ce qu'on attendait de moi lors de ma création ?
Il y a donc joie et crainte simultanées, et c'est l'indice que c'est devant Dieu que je me tiens. Vous vous rappelez le problème que nous avions ? Les sentiments que l'on ressent au moment de la prière ne sont-ils pas des bluffs, qui donnent l'impression d'être devant le Créateur alors qu'en fait on est devant son psychologue ? Là, c'est autre chose: on est dans la crainte et dans la joie à la fois, donc c'est devant Dieu que l'on est.
Cela explique, par exemple, ce que nous avions dit un peu pour la fête de Roch Hachana. Pourquoi y a-t-il des avis contraires, à Roch Hachana, sur le contenu de la fête ? C'est qu'elle est à la fois une fête de joie et une fête de crainte. C'est une fête où l'on revient à l'état de la création originelle. On est dans la joie de retrouver l'origine, sa source, et on est dans la crainte, parce que cela va nous juger. D'accord ? Vous voulez dire quelque chose ?
— Dans le tremblement.
L'irada. Eh bien, « exultez dans le tremblement ». Oui. Maintenant, vous connaissez probablement un autre verset qui ressemble à Ivdou et Hachem beyira. Vous en avez peut-être entendu parler: c'est Ivdou et Hachem besimha, servez Dieu dans la joie. Il y a donc deux versets qui semblent contradictoires, et chacun s'adresse à un autre type humain. Il y a des gens qui sont portés naturellement à la crainte, il y a des gens qui sont portés naturellement à la joie.
À qui s'adresse le verset « Servez Dieu dans la joie » ? À ceux qui sont portés naturellement à la crainte. Et inversement, à ceux qui sont portés naturellement à la joie, on dira: « Servez Dieu dans la crainte. » Il y a donc une complémentarité des sentiments. S'il n'y a que joie, ou s'il n'y a que crainte, il y a déséquilibre. Et ce déséquilibre contredit l'unité du Créateur; il faut donc faire un équilibre.
Ah, je commence à comprendre certaines choses. Les tsadikim, quand ils sont dans la crainte, ont une crainte gigantesque, énorme. Combien de temps ça leur prend pour équilibrer cela avec la joie ? Au moins une heure. Imaginez un tsadik qui est dans la crainte et qui doit maintenant faire la prière: il doit équilibrer avec de la joie. Il va faire abondamment de joie, mais il en aura trop, et il lui faudra revenir vers la crainte. C'est un mouvement de balancier, qui fait qu'il arrive finalement à un équilibre plus ou moins
stable, qui lui permet d'être dans l'équilibre entre la crainte et la joie. Il peut alors prier. De même, si c'est un tsadik qui a une tendance à la joie, il devra équilibrer cela par la crainte, pendant à peu près une heure.
Cela vous explique maintenant le texte de la Michna que nous avions vu la dernière fois. Pourquoi les hassidim rishonim, les anciens hommes pieux de l'Antiquité, avaient-ils besoin d'une heure pour se préparer à la prière ? Parce qu'ils doivent orienter leur cœur. Et qu'est-ce qu'ils doivent orienter dans leur cœur ? Eh bien, ils doivent faire l'équilibre entre la crainte et la joie. Ils viennent se tenir devant Hachem pour rencontrer leur Père qui est aux cieux.
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