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Roch Hachana, fête de la liberté et non de la Création

Le désaccord entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua montre que Roch Hachana commémore la sortie d'Égypte.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Roch Hachana, le temps qui use et la techouva, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom tout le monde. Je voudrais qu'on continue aujourd'hui nos entretiens sur la fête de Roch Hachana. Bonsoir. Vous vous rappelez qu'il y a tout un débat entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua concernant la date de la création du monde. Est-ce que le monde a été créé en Tichri ou en Nissan ? Il ressort du fait même qu'il y a une mahloket, une controverse.

Cela amène à la conclusion immédiate que la fête de Roch Hachana ne vient pas commémorer la création du monde. Parce que même si Rabbi Eliezer pense qu'à Roch Hachana le monde a été créé, Rabbi Yehoshua, lui, ne le pense pas. Or Rabbi Yehoshua faisait la fête de Roch Hachana. Quand on lui demandait: « Mais, Kvodara, pourquoi est-ce qu'on fait cette fête ? », il ne répondait pas la création du monde, puisqu'il pensait que la création du monde était en Nissan. Donc il avait une autre raison pour la fête.

Nous sommes arrivés à la conclusion, sur la base de la Guemara, que la fête du jour de Roch Hachana est la fête de la liberté, c'est-à-dire de la fin de la servitude de nos ancêtres en Égypte. C'est ça qui a fixé pour l'éternité une fête ce jour-là. Merci beaucoup. Le premier du septième mois. Le premier jour du septième mois. Voilà, d'accord ?

Là, je voudrais rentrer un peu plus dans le détail de la controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua. N'est-ce pas ? Comment ?

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Je voudrais rentrer un peu plus dans la profondeur de la controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua, ce sujet que nous avons évoqué la semaine dernière. Ah, c'est gravissime. Pourquoi tu n'es pas là ? Il fallait y arriver la semaine dernière. Bon, c'est pas grave, on va essayer de s'en remettre. Mais en tout cas, je reviens à ce que nous disions tout à l'heure: Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua ne sont pas d'accord sur la date de la création du monde.

Maintenant, vous vous rappelez quel est le jour de l'année où commence l'année selon les juifs ? Le premier du mois de Nissan, évidemment, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que la fête de Roch Hachana, qui s'appelle « début de l'année », paradoxalement tombe en plein milieu de l'année: le septième mois.

— Oui, pour les rois d'Israël. Pour les rois d'Israël, on commence en Nissan. Mais l'homme est jugé, ce n'est pas une raison de faire un Roch Hachana. On est également jugé à Pessa'h pour la récolte, on est jugé à Chavouot pour les fruits, et à Souccot pour l'eau. Oui, alors, d'accord, à chaque fois c'est pour autre chose.

Donc, les jugements... Mais non, non, non. Le jugement n'est pas une raison de faire Roch Hachana. C'est deux choses différentes. Il y a une fête des Lumières à Hanouka, ça ne fait pas de Hanouka un Roch Hachana. Il y a une fête pour les fruits à Tou Bichvat, oui, mais il n'y a pas de corrélation évidente. Le fait qu'il y ait une fête pour quelque chose ne en fait pas un Roch Hachana. D'accord ? Donc, le fait qu'on ait jugé le jour de Roch Hachana ne justifie pas l'appellation de Roch Hachana qui est donnée à cette fête. D'accord ?

Oui, et oui, alors, mais ce n'est pas qu'au jugement. Ce qu'il y a, c'est que l'année juive, d'après la Michna, au début de Maseret Roch Hachana, commence en Nissan. D'accord ? C'est la raison pour laquelle les rois d'Israël comptent leurs années à partir de Nissan, tandis que les rois des Goyim comptent leurs années à partir de Tichri: c'est le nouvel an des Goyim.

Et on avait étudié la semaine dernière, longuement, pourquoi la Torah a introduit le Roch Hachana des Goyim dans le calendrier des Hébreux, quelque chose d'assez surprenant.

Et on avait vu également la semaine dernière qu'il y a en fait deux conceptions différentes du temps: la conception dominante chez les nations et la conception dominante chez les Hébreux. Et c'est une différence entre le pessimisme et l'optimisme. D'accord ? C'est-à-dire que si je considère que l'année commence en automne, ça veut dire que le temps est un temps d'automne. L'automne est le représentant le plus fidèle de ce qu'est le temps, c'est-à-dire la chute, la dégradation, la disparition, la mort. C'est, comme on dit, le temps qui nous tue. Et c'est vrai: comme disait le grand Goy Paul Valéry, « les civilisations se savent mortelles ».

Par contre, l'opinion des Hébreux, c'est que le temps commence au printemps. Le printemps, c'est le moment du renouvellement. C'est-à-dire que nous affrontons l'histoire avec une connaissance intérieure: nous savons que nous sommes éternels. Ce savoir éternel, c'est vachement chouette. On entre dans l'histoire en sachant qu'on est là pour l'éternité, et donc le temps ne fait qu'accumuler sur nous des expériences de plus en plus enrichissantes. D'accord ? Vous avez compris ? C'était donc ça, la différence entre Israël et les nations.

Israël a une vision optimiste du temps, qu'on appelle en hébreu Chodesh, qui vient du mot hidouch, le renouvellement. Tandis que les Goyim ont une conception du monde qui s'appelle Chana, c'est-à-dire l'année, qui vient du mot chinouï, c'est-à-dire transformation. Et la transformation, le changement, c'est ça qui nous assassine, qui nous fait disparaître, qui nous balaie. N'est-ce pas ? D'ailleurs, en hébreu, il y a un mot pour dire quelque chose qui s'use. Comment on dit ça en hébreu ? Quelque chose qui s'use ?

— Balai.

Ouais, balai. L'usure, belai. D'accord ? Des paroles en vain, du bla-bla-bla. Enfin, bon, ça n'a rien à voir.

Et donc, nous avons deux grosses questions. Maintenant, pourquoi est-ce que la Torah a introduit le temps des nations dans le temps d'Israël ? Eh bien, c'est pour faire la rédemption des Goyim, c'est-à-dire pour amener une élévation de l'ensemble du monde à travers Israël. C'est pour cela que le Roch Hachana des Goyim est introduit dans le calendrier des Hébreux. Vous avez compris jusqu'à présent ? Ça, c'est, disons, un petit résumé de ce que nous avons vu à la fin de la dernière fois. Là, je voudrais rentrer plus dans le détail.

On a dit donc que les Goyim ont une conception du monde qui est ce qu'on appelle aujourd'hui l'entropie dans le monde scientifique, n'est-ce pas ? Comme quoi le monde est en train de perdre, depuis son origine, sa force énergétique, qui va en disparaissant. Finalement, on aboutira à un cosmos vide, noir et froid. Et l'opinion optimiste, elle, dit que la vie l'emporte. Il y avait un philosophe du nom de Bergson qui disait que la vie est tellement forte

qu'un jour, c'est elle qui va avoir la victoire, et la mort disparaîtra. Merveilleux. La question est de savoir qui a raison. Est-ce que ce sont les Goyim qui ont raison, ou est-ce qu'Israël a raison ? Et pour tout vous dire, c'est une mahloket entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua. Vous vous rappelez quelle était la mahloket ?

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