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La structure de la prière : crainte, joie et union

Pourquoi la prière suit un mouvement du monde d'Assiya vers Atsilout, de la crainte des korbanot à l'union avec le Créateur.

42 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Modim : la reconnaissance, réparation de l'histoire, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors, bonjour tout le monde. Étant donné que nous avons fait un survol de la tefila, puis du Chma et des bénédictions du Chma, je voudrais m'arrêter sur quelque chose de plus général, qui concerne la structure générale de la tefila, la manière dont elle est construite. Vous vous rappelez très bien que dans un des premiers cours que nous avons eus sur la tefila, nous sommes arrivés à la conclusion que, selon la Guemara, ce qu'on appelle l'expérience religieuse est la conjugaison de deux sentiments à la fois: la crainte et la joie. Yira'a et Simcha. Il y a le verset Yivdou et Hachem beyira'a, « Servez l'Eternel dans la crainte », et il y a un autre verset, Yivdou et Hachem besimcha, « Servez l'Eternel dans la joie ». La rencontre, ou plutôt l'indice de l'authenticité de la rencontre avec le Créateur, c'est quand il y a conjugaison des deux: à la fois crainte et joie.

Parce que, dans tout ce qui est naturel, la crainte repousse la joie, et la joie repousse la crainte. Ce n'est que lorsqu'on est face au Créateur qu'on peut avoir les deux à la fois. Il y a joie de rencontrer l'origine de mon existence, c'est le Créateur, c'est la joie: je reviens à la case départ, à mon origine. Mais il y a aussi crainte, parce que cette rencontre va me juger, puisque je vais être comparé, dans mon existence, à ce qu'on attendait de moi d'être. Il y a donc à la fois crainte et joie.

Maintenant, pour arriver à cette conjugaison, nous avons toute une stratégie. Elle consiste à passer d'abord par la crainte, ensuite par la joie, ensuite par l'union, et alors la prière. Et comment s'exprime la crainte ? C'est la première partie de la prière, qu'on appelle les korbanot. Les korbanot, c'est la récitation des principales règles, les principaux passages des sacrifices, qui aujourd'hui ne sont pas présentés; alors on en parle à la place.

Pourquoi les sacrifices viennent-ils amener la crainte ? Parce que le sacrifice est là pour réparer le monde. On suppose que dans le monde, de temps en temps, il y a des scories, il y a une production, disons journalière, périodique, de mal. Il faut donc nettoyer le monde de son mal à chaque fois. C'est ce que font les sacrifices. C'est comme une machine qu'il faut entretenir: il faut de temps en temps huiler, parfois racler, de temps en temps serrer les boulons, fermer les vis, etc., et faire des remplissages d'essence, d'électricité, etc. Eh bien, c'est un peu comme ça que le monde fonctionne. Le monde, aussi bien matériel que spirituel, fonctionne comme une grande machine, et cette machine, il faut l'entretenir.

L'entretien de la machine, c'est le sacrifice. Depuis que nous n'avons plus de sacrifice, nous avons la prière. Mais la prière fait mal son travail, parce qu'elle répare la vie intérieure, mais elle ne répare pas la vie extérieure. Ce qui fait que, depuis qu'il n'y a plus de sacrifice, il y a une accumulation de mal dans le monde, et le monde est plus sombre, plus dur qu'avant, parce qu'il n'y a plus de sacrifice pour amener l'apaisement. En hébreu, apaisement, c'est ratson.

— Pas ratson ?

En hébreu moderne, ratson veut dire la volonté. En hébreu biblique, cela veut dire l'apaisement. Rachi, dans plusieurs endroits, dit: kol lachon ratson shebamikra, « tout endroit où il est dit ratson dans la Bible », apish mint belaz, « apaisement » en français. D'accord ?

— Oui. Comme si ?

Il y a une différence entre « comme si » et « vraiment ». Par exemple, tu dois payer à l'épicerie, tu dis: c'est comme si j'avais payé. C'est comme si tu avais reçu les produits. D'accord ? C'est « comme ci ». Il y a une différence entre « comme ci » et le vrai. Comment ? Kéilou. Oui, kéilou, « comme ci ». Et les Israéliens, quand ils essaient de faire semblant de parler français, disent koumsi koumsa. D'accord ? Koumsi koumsa.

Et d'ailleurs, dans les offrandes de fleur de farine, on amenait une grande quantité de farine, mais une toute petite quantité était présentée sur l'autel du Beit Hamikdash, ce qu'on appelait le kemtso. Le kemtso du Midrash est un intermédiaire entre « comme ci » et « comme ça ».

Je reviens à l'histoire des korbanot. Les korbanot sont l'expression de la crainte, c'est-à-dire la crainte de l'accumulation du mal, et donc nous nous occupons du mal: nous le nettoyons à l'origine. C'est pour ça qu'il y a les korbanot. C'est la partie très importante qui commence la prière.

Chez nos frères séfarades, on appelle la partie des korbanot la petiha. Chez les Marocains, on dit ça, n'est-ce pas: la petiha. La petiha, c'est tout ce qui vient avant le Kaddish des Rabanan. C'est la première partie de la prière. Combien de temps cela prend-il à réciter ? Entre 10 et 25 minutes, n'est-ce pas ? Il y a des synagogues où cela prend même 35 minutes. D'accord ?

Maintenant, tout le monde récite cela, aussi bien les séfarades que les ashkénazes, avec une différence. Les séfarades sont suspects: on les suspecte de ne pas vouloir dire les korbanot, alors on les oblige à les dire, c'est pour ça qu'on les dit à la synagogue. Tandis que chez nos frères ashkénazes, qui sont moins suspects, on leur fait confiance: ils l'ont dit à la maison, et donc les korbanot sont récités chacun pour soi. C'est ça ? Mais tout le monde les récite. Même les séfarades récitent les korbanot tous les jours, évidemment.

Dans toute cette partie, on se préoccupe donc de ce qui doit être réparé: c'est la crainte. Et puis vient la partie qu'on appelle les pessoukei dezimra.

Les pessoukei dezimra, ce sont essentiellement des chapitres tirés des Tehillim, des chapitres sympathiques, de la louange, de la joie. Cela vient entretenir la joie. On voit l'harmonie cosmique. Cela finit par le dernier des psaumes, Kol neshama tehallel Ya, « tout ce qui respire loue D.ieu », etc. Il y a donc une élévation, disons lyrique, dans les pessoukei dezimra.

Et ça vient enlever les épines du cœur. Il y a une image comme cela dans certains midrashim, dans certains livres de Kabbale: c'est comme si le conduit, le canal de la prière, était encombré. Encombré de quoi ? D'épines. Comment se débarrasser des épines ? On les coupe. Comment appelle-t-on en hébreu couper des épines ? Lizmor.

Lizmor, c'est le verbe qui ressemble à lezamer. C'est la même racine. Lezamer, cela veut dire chanter. Vous voyez ? Oui, les zmirot, les zmirot de Chabbat, ce sont des chants de Chabbat. Donc lezamer et lizmor, c'est pratiquement le même verbe: l'un est au kal, l'autre au piel, mais c'est en fait la même racine. Et quand on dit les zmirot, c'est-à-dire les versets des zimra, qui sont des chants, eh bien, on coupe les épines. Des tas de choses qui nous encombrent sont dégagées. Maintenant, la prière respire. Elle a la joie. Quand on chante, on coupe les …

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