Les téfilines en galout, mitsva nationale selon Rachi
Pourquoi la Torah ordonne de mettre les téfilines hors d'Erets Israël, et ce que cela dit de la nature des mitsvot.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La birkat haminim et la prière pour les tsadikim, 28 min
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Vous seriez donc perdu de sur cette terre, n'est-ce pas ? C'est quoi être perdu de sur la terre ? C'est-à-dire quitter la… Hein ? La famine, c'est-à-dire donc la destruction totale. D'accord ? Vous avez dit que c'est vrai, la famine, qu'il n'y aurait pas de quoi manger, les gens mourraient. Mais il n'est pas question de l'exil, n'est-ce pas ?
Oui, mais dans le texte de la Torah, très souvent, quand il est dit d'être perdu de la terre, il s'agit d'exil. Donc il y a ici un avertissement de l'exil. Et ce que j'aimerais comprendre, c'est quel est le rapport entre l'avertissement du danger de l'exil et la mitsva de mettre les téfilines ? Pourquoi est-ce que c'est collé là, maintenant ? Oui ?
— Ah voilà, c'est ce que dit Rachi, au nom du Sifri, que c'est en fait une suite historique. C'est-à-dire que la Torah nous dit: vous partirez en exil, et alors mettez les téfilines.
C'est comme si la Torah avait ordonné de mettre les téfilines en galout. Les téfilines, il faut les mettre en Erets Israël, mais il faut aussi les mettre en galout, oui. Ah, tu dis: mettre les téfilines, ça empêche de partir en exil. On peut dire ça aussi. Effectivement, mais ça, on le sait déjà par le premier passage. Dans le premier passage, la Torah nous a dit de mettre les téfilines. Pourquoi est-ce qu'elle le répète ici, après avoir parlé d'exil ? Alors, en tout cas, le Sifri et Rachi ont compris que ça veut dire…
…que la Torah nous a ordonné de mettre les téfilines même en galout. C'est intéressant, ce « même en galout ». Ça veut dire que, d'après les Hachamim, si la Torah ne l'avait pas dit, on ne mettrait pas les téfilines en galout, on ne les mettrait qu'en Erets Israël. Pourquoi ? Hein ? Oui. Alors justement, ce que semble comprendre le midrash, c'est que les mitsvot, a priori, n'ont de sens qu'en Erets Israël, et que pourtant la Torah nous a dit de les accomplir en Chutz Laharetz. Et la question est de savoir pourquoi.
C'est-à-dire que c'est la khidouch, c'est une nouveauté. Alors, d'abord, ça prouve quelque chose de très intéressant: le fait même qu'il y ait une question. Ça veut dire que si la Torah était une religion, la question ne se poserait pas. Parce qu'une religion, c'est un comportement universel. C'est-à-dire qu'on doit le faire n'importe où. Peu importe si je suis en Alaska, en Patagonie ou en Erets Israël, je dois accomplir les devoirs de la religion. Si la question qu'ont posée les Hachamim est: pourquoi, en dehors du territoire national, faut-il faire les mitsvot ?
Ça veut donc dire que, pour les Hachamim, les mitsvot ne sont pas des actes religieux mais des actes nationaux. C'est ce que ça veut dire: c'est national. Puisque la question se pose. C'est-à-dire qu'en dehors des frontières de votre territoire, en principe, vous ne devriez pas faire les mitsvot, mais vous allez les faire quand même. Et ils vont savoir pourquoi il faut les faire quand même. D'accord ? Et la réponse du midrash est passionnante, en se basant sur un verset de Jérémie. Il dit: c'est pour ne pas les oublier. C'est-à-dire…
— Oui, et donc, dans ce cas-là, les mitsvot n'auraient plus de sens ?
Exactement. Il faut pas oublier comment on se comporte en Erets Israël. Alors on fait, on les remet en Chutz Laharetz. C'est ce qu'on appelle les tsitsiyot, des signes. D'accord ? Donc les mitsvot en Chutz Laharetz sont très importantes, c'est ça qui préserve notre identité nationale. Je vais vous donner, pour ça, un exemple.
Imaginez, par exemple, une famille d'Esquimaux que des pirates ont emmenée de force en plein Sahara. Ils les ont jetés sur la côte du Sahara, les pauvres Esquimaux. Et il y a de quoi fondre. Et cette situation, où on prend quelqu'un et on le met en dehors de chez lui, ça s'appelle comment ? L'exil. Ils les ont exilés, en hébreu on dit ? Galout, n'est-ce pas ? Ils les ont donc amenés, ils les ont galoutisés, dans le Sahara.
Maintenant, les Esquimaux en question sont très malheureux, parce qu'ils languissent des glaces du Groenland et de l'Alaska. Ils ne voient que des pierres brûlantes et du sable. Ça les embête beaucoup. Mais ils n'ont pas perdu l'espoir de revenir un jour dans leur pays de glace. Mais le temps passe, les enfants grandissent, les enfants se marient, ils ont eux-mêmes des enfants. Que vont faire les Esquimaux en question pour entretenir l'espoir du retour ?
Eh bien, ils vont se revêtir de fourrure, faire de la luge dans le désert et construire des igloos en sable, n'est-ce pas ? Et maintenant, l'observateur qui arrive de l'extérieur dit: mais ils sont complètement fous. Ils vont harponner des chameaux. Ils sont complètement cinglés, ces Esquimaux. Mais si on comprend l'intention de la chose, justement, ce qu'il y a de…
…l'anomalie de l'acte, c'est justement pour entretenir quelque chose de très logique: on veut revenir en Alaska. Et donc nous allons nous comporter d'une manière qui ne correspond absolument pas au climat, parce que nous n'avons pas perdu cet espoir. Vous avez compris ? Eh bien, c'est exactement ça que dit la Torah de Fer. Vous allez mettre les téfilines et mettre des mezouzot, même en Chutz Laharetz. Pourquoi ? Parce que vous n'avez pas perdu l'espoir de revenir un jour. Et donc il faut savoir comment on se comporte en Erets Israël. Oui ?
— Oui, la sortie d'Égypte.
Oui, alors. Oui, mais la sortie d'Égypte, c'est pour sortir d'Égypte pour aller où ? En Erets Israël, voilà. C'est ça que ça veut dire. Comment ? Oui, mais attention: la mitsva des mitsvot n'a été instituée par la Torah que plus tard, n'est-ce pas ? Et elle est instituée à ce moment-là, dans ce texte que nous lisons maintenant. Ça veut donc dire que la Torah nous avertit de continuer à nous comporter comme si nous étions dans notre état alors que nous n'y sommes pas.
Il y avait un Juif un peu compliqué à Amsterdam, il y a 400 ans, qui a écrit dans un de ses livres, le Traité théologico-politique, que selon la Torah, les mitsvot n'ont cours qu'en Erets Israël. Pourquoi est-ce qu'il a dit ça, ce Juif compliqué ? C'est un Juif complètement benoît, qui a écrit ça parce qu'il se disait que toute personne qui lit la Bible objectivement se rend compte que la Torah,
c'est la constitution politique de l'État des Hébreux. Et donc, quand cet État n'existe pas, il n'y a plus de sens à ce comportement, n'est-ce pas ? Bon, évidemment, il n'a pas totalement tort, Spinoza, quand il dit ça. Il a tort lema'assé, dans les actes, parce que la Torah nous a dit de le faire quand même, pour ne pas l'oublier. Il faut savoir que c'est pour ne pas oublier. Ce n'est pas le lieu normal, naturel des mitsvot. Par exemple, quand vous faites une souka en Pologne,
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