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Modim : la reconnaissance, réparation de l'histoire

Pourquoi le Modim se récite à voix haute par l'assemblée, et pourquoi la reconnaissance répare les fautes de l'humanité.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La connaissance, premier don de la téfila, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. Nous nous retrouvons enfin, après si longtemps. Je crois que nous étions la dernière fois en pleine étude du Chmoné Esré, et que nous en sommes arrivés à la bénédiction de Modim. Modim, c'est l'avant-dernière bénédiction, la dix-huitième aujourd'hui, soit la dix-septième avant. D'accord ? Puisque la prière des dix-huit bénédictions en comporte dix-neuf.

Alors, la bénédiction de Modim, comme son nom l'indique, c'est la reconnaissance. Il y a quelque chose d'intéressant: il y a deux textes de Modim. Il y a le Modim qui est prononcé par le Khazan, le maître officiant, le ministre officiant. Et il y a le Modim qui s'appelle de'rabanan, qui est récité par l'assemblée. C'est-à-dire que, alors que dans toutes les autres bénédictions on délègue le Khazan pour parler en notre nom, eh bien, dans le Modim, on ne délègue pas le Khazan. Il dit ce qu'il a à dire, mais nous, nous disons aussi.

La raison est très simple: on ne peut pas remercier par un intermédiaire. La reconnaissance, c'est quelque chose qui doit être dans la conscience, et pas simplement une délégation. Personne d'autre ne peut le faire à ma place, donc je fais le Modim.

L'importance de la reconnaissance est une chose assez importante dans le judaïsme, à tel point que c'est une chose que nous avons étudiée ces dernières années à propos du roi de Yehouda, du roi de Judée, Hizkiyahou, en français Ézéchias, qui était candidat à être le Messie de la Guemara. Il aurait pu être le Machiah. Mais cela lui a été refusé parce qu'il a eu un manque de reconnaissance. Alors qu'il a eu un miracle qui a sauvé son royaume de la servitude aux Assyriens, à Jérusalem, au lieu d'entonner le Hallel, de remercier HaKadosh Baroukh Hou pour ce qui s'est passé, il ne l'a pas fait. C'est la raison pour laquelle il était disqualifié pour être le Machiah.

C'est quelque chose d'un peu énorme. On pourrait dire: bon, il aurait fait une gaffe gigantesque, une havéra. Non, il n'a simplement pas été reconnaissant. Il y a des raisons à cela. Pourquoi n'a-t-il pas voulu dire le Hallel ? Ça, c'est une étude en soi. Ce que ça veut dire, c'est qu'il y a un rapport entre la reconnaissance et la capacité d'accomplir le messianisme.

Or, le messianisme, je ne sais pas si vous le savez, c'est quand même la réparation, c'est, disons, la réussite de tout. C'est-à-dire qu'il y a eu des gaffes gigantesques qui ont été faites pendant l'histoire. Ces gaffes doivent être réparées, et le grand réparateur, c'est le Machiah. Depuis quand y a-t-il des gaffes dans le monde ? Depuis quand ça va mal, hein ? Depuis Adam Harichon. Depuis le premier homme, il y a déjà des problèmes.

Donc on suppose que le Machiah est quelqu'un qui est capable, par son action, de tout réparer depuis les débuts de l'humanité. Maintenant, combien de péchés a fait le premier homme ? Il en a fait deux. Oui, il en a fait deux. Petite question: quel est le péché le plus grave ? Le premier qu'on fait ou le deuxième qu'on fait ?

— Le deuxième.

Le deuxième, c'est toujours plus grave. Dans le premier, il y a un peu de ce qu'on appelle chogueg, un peu d'inadvertance. Dans le deuxième, il y a une pleine conscience, et là, c'est plus grave.

Quel était le deuxième péché du premier homme ? Quand il a accusé sa femme de la responsabilité. C'est-à-dire quand il a eu un manque de reconnaissance. Parce que HaKadosh Baroukh lui dit: « Pourquoi as-tu pris du fruit ? » Ça, c'était le premier péché. Et il répond: « C'est la femme que tu as mise avec moi qui m'a donné de ce fruit. » C'est un reproche. Oui, il reproche à HaKadosh Baroukh, il dit: « Voilà, c'est à cause de la femme que tu m'as donnée. » Alors qu'il aurait dû être reconnaissant d'avoir été sauvé de la solitude par la femme, au contraire, il se plaint.

On peut donc dire que toutes les catastrophes de l'Histoire sont des dérivés du manque de reconnaissance. Et quelle est la réparation des catastrophes de l'Histoire ? C'est la reconnaissance. C'est-à-dire la capacité de dire merci, c'est fondamental dans la réussite de l'Histoire. Mais non, ce n'est pas pour rien. On pourrait dire: oui, mais s'il avait fait une autre faute, par exemple qu'il ait mangé un poisson non cacher, alors la réparation serait de manger du poisson cacher, par exemple.

Ce n'est pas par hasard que le problème du premier homme était la reconnaissance. Parce que la reconnaissance, c'est la seule chose que Dieu ne peut pas faire à ma place. À la limite, Dieu pourrait tout faire à ma place. Tout. Y compris être rassasié. Par exemple, pour être rassasié, je mange. Mais HaKadosh Baroukh pourrait très bien faire que je sois rassasié sans manger. Il y a donc une seule chose que HaKadosh Baroukh ne peut pas faire à ma place:

c'est d'être moi-même. Or, ce qui exprime le fait que j'ai une indépendance, une autonomie, c'est justement ma capacité de remercier. Vous voyez qu'il y a ici quelque chose de beaucoup plus profond qu'une simple formule de politesse. C'est que la reconnaissance, c'est la réussite de l'entreprise de la création. Et là, il faut mettre un petit point sur les i. C'est quoi ? Créer. Créer, c'est donner l'être à un autre. Faire qu'il y ait un autre.

C'est ça, la création. Le projet d'HaKadosh Baroukh Hou en tant que créateur, c'est donc qu'il y ait un autre. Il faut que l'autre se manifeste dans ce qui est spécifique de l'autre. C'est la capacité de reconnaître, d'être reconnaissant. C'est pour ça que dire Modim, c'est la réussite de la création du monde. Vous voyez ? D'où l'importance du Hallel à Yom HaAtzmaout, par exemple,

qui est un hallel qui fait justement que l'on reconnaît que c'est HaKadosh Baroukh Hou qui nous a donné l'État d'Israël, alors qu'on aurait de très bonnes raisons de dire que cela vient par des voies naturelles. Vous avez compris ? Bon. Ça explique, disons, l'arrière-plan du Modim dans son ensemble. Tout est clair ? Oui, il y a des questions ?

— Mais le Modim à la fin, justement, parce que j'étais à la fin. C'est à la fin qu'on est reconnaissant.

— Pourquoi ne pas le mettre après Sim Chalom ?

Parce que tant qu'il n'y a pas de reconnaissance, il n'y a pas de paix. Dans le Sim Chalom, il y a un élément: il y a quelque chose que nous ne sommes pas capables de faire et que nous demandons à HaKadosh Baroukh Hou. Il y a une expression extrêmement pessimiste, qui est reprise par Enrico Macias: « Osé chalom bimromav », où il y a « Osé chalom aleinou v'al kol Israël, v'imrou amen ». Cette expression, qui n'est en fait pas d'Enrico Macias mais qui a des sources plus anciennes,

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