La birkat haminim et la prière pour les tsadikim
Pourquoi la prière pour les justes apparaît au retour en Erets Israël, et ce que la souffrance du juste et la guérison du soleil enseignent.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Paix d'en haut, paix d'en bas dans la prière, 44 min
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Et c'était comme ça jusqu'à ce que vienne Rabbi Akiva. Rabbi Akiva a expliqué le verset Et Hachem Elokhékha tirá: il a restitué tous les « et ». Il a dit: tu craindras l'Éternel ton Dieu, cela veut dire également les sages, talmidei HaHakhamim. Il faut craindre Dieu, mais il faut craindre aussi les sages.
Alors pourquoi Nehemia et Massouni ne pouvaient-ils pas dire cela ? Rav Kook explique que Nehemia et Massouni vivaient à l'époque de la naissance du christianisme. Quand le christianisme est apparu, il a orienté la crainte que l'homme doit avoir envers Dieu vers un homme. Il a donc fallu supprimer radicalement tous les « et ». Une fois que le christianisme s'était séparé du temps de Rabbi Akiva, celui-ci pouvait réintégrer le Vé-Hatira, parce que le danger du christianisme était déjà écarté, et il fallait savoir qu'il faut craindre les sages quand même. Et Hachem Elokhékha tirá.
D'ailleurs, petite remarque: l'argument fondamental du christianisme, c'est qu'il vient introduire l'amour dans une société qui n'est pas pleine d'amour, qui avait sina tinam. Or c'est le même Rabbi Akiva qui a dit que le fondement de toute la Torah, c'est tu aimeras ton prochain comme toi-même. Cela marque la proximité, mais une proximité sans le danger. D'accord ?
On dit aussi que lorsqu'on lit tu craindras l'Éternel ton Dieu, ce qui vient inclure également les sages, cela veut dire que même les sages doivent craindre Dieu.
Bon, maintenant nous allons passer à la bénédiction à venir. Vous n'avez même pas compris la vanne, mais ce n'est pas grave.
À Al HaTsadikim, à HaHassidim. Il y a une bénédiction pour les justes. C'est quelque chose de positif: on demande quelque chose en faveur des tsadikim. Mais prier pour les tsadikim suppose d'abord quelque chose. Dis-lui que je ne suis pas là... Ouais, c'est marrant comme son.
Je reviens donc au fait qu'il y ait une prière pour les tsadikim, Al HaTsadikim. Nous prions pour les justes. Cela veut dire que les justes ont besoin qu'on prie pour eux. Cela veut dire qu'il y a une faiblesse des justes. Ils sont en danger, les justes. Bah oui, si on prie pour eux, c'est qu'ils sont en danger. On prie pour les malades, parce que les malades ont besoin de guérison; on prie pour les tsadikim, parce que les tsadikim ont besoin d'être aidés. C'est-à-dire à propos d'eux. Al veut dire « sur ». J'ai rien compris.
Ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire exactement ? Comment tu comprends ça ? Non, alors, pour bien comprendre, on va lire le texte.
Les tsadikim et les pieux, et pour le résidu de ton peuple, la maison d'Israël, et pour ce qui reste de la maison de leurs scribes. Certains rajoutent: pour leurs anciens, et les… convertis… vers l'Enou. Yehemou rahamékha, que ta miséricorde s'éveille.
Ça veut donc dire qu'on demande quelque chose en faveur des tsadikim, des hassidim, etc. D'accord ? Pourquoi les tsadikim ont-ils besoin que Dieu leur soit favorable ? C'est comme si les tsadikim avaient besoin, plus que les autres, d'être protégés. Cela suppose qu'il y a un danger pour les tsadikim.
Autre chose qui me préoccupe: pourquoi cela apparaît-il à ce moment-là de la prière ? Cela demande d'expliquer aussi pourquoi la Birkat HaMinim est apparue au moment où elle apparaît. Cela revient à ce que tu as dit tout à l'heure: lors du retour d'Israël, il y a une remise en question des minim. Mais cela voudrait donc dire que, lors du retour d'Israël, il y a un danger pour les tsadikim.
C'est quelque chose d'assez bizarre. Ce qu'on a vu auparavant, c'est le retour de l'indépendance et le retour de nos institutions politiques et autres, et à ce moment-là, il faut prier pour les tsadikim. Cela fait penser un peu à la Shoah, effectivement. Mais pourquoi les tsadikim sont-ils en danger précisément à ce moment-là ?
Il y a quelque chose qui se relie au problème de ce qu'on appelle la souffrance du juste. N'est-ce pas ? En hébreu, tsadik vera lo: il y a un tsadik pour qui ça va mal. Pourquoi ça va-t-il mal pour lui ? Il y a des tas d'interprétations, il y a toute une littérature autour de ça. C'est le problème de la souffrance du juste.
Non, ça, c'est le problème; ce sont les tentatives de réponse. La Guemara dit que Moïse a posé la question à Dieu. Il y a un débat dans la Guemara pour savoir s'il a reçu une réponse ou pas. En tout cas, il faut bien définir ce que c'est qu'un tsadik vera lo, ce qu'est un tsadik qui souffre. Parce que c'est très rare qu'un tsadik souffre.
Par exemple, on raconte à propos de Rabbi Zousha d'Anipoli, un des grands maîtres du hassidisme, qui avait beaucoup de malheurs. Un jour, un autre juif, qui avait lui aussi beaucoup de malheurs, reçoit ce conseil: tu devrais en parler à Rabbi Zousha, parce que lui s'y connaît, puisqu'il a lui aussi des malheurs. Le juif va voir Rabbi Zousha et dit: on m'a envoyé chez vous parce que j'ai beaucoup de souffrance. Rabbi Zousha lui répond: on a dû se tromper d'adresse, moi, je n'ai pas de souffrance. Tout dépend si c'est important ou pas important. C'est-à-dire qu'il s'en fichait pas mal, en vérité.
Quelqu'un dit: quelle souffrance ? Il manque du sel dans la soupe. Mais l'autre s'en fiche pas mal qu'il manque du sel dans la soupe, parce que ce qui est important pour lui, c'est de se dépêcher, parce qu'il doit prendre son avion, par exemple. Donc le fait qu'il y ait du sel ou pas dans la soupe n'est pas un si grand malheur. Tandis que pour un autre, c'est un gros malheur.
Donc le tsadik, par définition, ne devrait en principe pas avoir de souffrance. Or il y a pourtant des tsadikim qui souffrent, qui souffrent de leur souffrance. Il faut comprendre pourquoi. C'est pas comme ça qu'il faut réagir ? C'est comme ça que les tsadikim réagissent. Pour le tsadik, il s'en fiche pas mal, d'accord ? C'est comme certaines personnes: s'il n'a pas de brillantine dans les cheveux, c'est une catastrophe, il ne peut pas sortir comme ça; tandis que l'autre s'en fiche pas mal de la brillantine, il ne sait même pas ce que c'est. Vous comprenez ? C'est comme ça que ça marche. Donc le tsadik, étant donné que ce qui l'intéresse, c'est la sagesse, la connaissance de Dieu, qu'est-ce que ça peut lui faire, tout le reste ? D'accord ?
Et pourtant, il y a des tsadikim qui souffrent. Il doit y avoir une raison à cela. La raison pour laquelle les tsadikim souffrent est quelque chose de beaucoup plus éthéré: c'est quand il y a un désaccord entre eux et leur génération. Ce sont des tsadikim, mais pas de leur temps.
Je prends ici un enseignement de Rabbi Nahman de Breslev, qui dit que le tsadik vera lo, c'est le tsadik she-en al-ha-kimo, c'est-à-dire le juste dont l'opinion n'est pas en …
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