Le rassemblement des exilés et le rétablissement des juges
Pourquoi la prière demande de rassembler les exilés ensemble, et ce que signifie le retour des juges selon la halakha.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Hagadol, Hagibor, Vehanora dans la prière, 47 min
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Chalom à tous. Nous en sommes toujours dans la Chmoné Essré, je crois. Nous sommes arrivés… je crois qu'on n'a pas fini. On a commencé la dixième bénédiction, celle qui parle du rassemblement des exilés. On va reprendre la bénédiction: Tekia bechofar gadol lĥérouténou, sonne du grand chofar pour notre délivrance; Vessa nès lekabets galouyoténou, élève un étendard pour rassembler nos exils.
Alors, si je me rappelle bien, nous avons expliqué que les exils sont en fait différentes manières d'être homme, qui se sont développées au contact des soixante-dix nations. Ce qui fait que lorsqu'il y a un retour des exilés, c'est comme une réunification de l'identité humaine. C'est-à-dire que l'identité humaine a éclaté, elle s'est morcelée en différentes manières d'être homme, et c'est ce qui a finalement créé des conflits dans l'humanité. Et il y a un idéal de réunification du genre humain à travers l'expérience particulière d'Israël. Je crois que nous avons expliqué que cela se traduit, entre autres, par les conflits intercommunautaires en Israël, n'est-ce pas ? Vous avez vu ça.
Alors nous allons continuer. Vekabetsénou yaḥad, rassemble-nous ensemble.
Il y a plusieurs versions de cette bénédiction. La cause essentielle de ces différentes versions, ce sont des raisons kabbalistiques.
Mais quoi qu'il en soit, nous demandons dans cette prière à être rassemblés ensemble. C'est quoi, cette histoire d'ensemble ? Kabetsénou yaḥad. Parce qu'on pourrait effectivement faire un rassemblement des exilés qui ne soit pas ensemble, c'est-à-dire qu'on rassemble d'abord tel exil, et après un autre exil. D'abord on ramène les juifs de Norvège, après on ramène les juifs de Thaïlande, après les juifs de France, et après les juifs d'Afrique du Sud. D'accord ? Donc on pourrait faire un rassemblement selon un ordre, pas ensemble, mais l'un après l'autre.
Ce que ça risque de créer, si les exils ne reviennent pas ensemble, c'est que pendant l'intervalle, se crée un déséquilibre de l'identité. Comme on peut le voir, d'ailleurs. Étant donné que l'Aliyah des différentes communautés ne s'est pas faite en même temps, il y a ce qu'on appelle des vatikim et des olim ḥadachim, c'est-à-dire les premiers, qui sont déjà venus et qui ont donné leur coloration à la société israélienne. Et puis après, ça a changé, parce que sont intervenus d'autres arrivages, et cela a créé des conflits. Donc cette identité israélienne n'est pas universelle dès le départ; elle s'élabore vers l'universel, et c'est pour cela que nous prions pour que le retour se fasse ensemble. C'est bien clair ? Non, c'est problématique, évidemment.
Ce que dit le Rabbi de Sadigura, c'est qu'il faut attendre. Il y a effectivement une intuition véritable: si on n'attend pas, alors il y a des pots cassés. C'est vrai. Non, ce n'est pas un problème. Parce qu'au moment de sortir d'Égypte, on ne demande pas si tu es prêt. Il y a un moment dans l'histoire où il y a un mûrissement, et quand c'est le moment, il faut sortir. Et tout le monde veut savoir: il faut définir quand est-ce que c'est le moment. Mais nous avons un signe du moment. Le moment, c'est quand se rétablit, quand apparaît la résurrection agricole d'Erets Israël, et que les nations disent: allez-y. Oui ?
Alors voilà, ce sont donc les tribus égarées. Ah, très intéressant. Il y a dans la littérature qui en parle, et également dans la bénédiction, on va bientôt le voir, une différence entre Golim et Nidakhim. Golim, ce sont les exilés. Nidakhim, ce sont les perdus.
Et il y a effectivement, quand on va dans le texte du Rambam, quand il parle du Machiah, il dit que le Machiah viendra et qu'il régnera. Il régnera, très bien. Et il rassemblera les nidhé Israël, les perdus d'Israël. Cela veut donc dire que s'il vient et qu'il règne, il faut d'abord qu'il règne sur quelqu'un. Cela veut dire qu'il y a d'abord les Golim, les exilés: nos ancêtres, quoi, les Golim. Et une fois qu'il le fait, alors il a un deuxième rôle, plus difficile, qui est de rassembler les perdus.
Aujourd'hui, il y a une sorte de recherche qui se fait pour rassembler les tribus perdues. C'est un travail. Il y a différents indices, différentes populations dans le monde qui se réclament, soit de manière justifiée, soit injustifiée, des tribus perdues. Hein ? Ah oui, certainement. Par exemple, depuis qu'on a commencé à s'occuper des juifs d'Éthiopie, il y a des tribus africaines un peu partout sur tout le continent africain qui se réclament juives, qui veulent faire leur Aliyah, etc. Alors parfois, il y a effectivement, peut-être au Mali, des tribus comme ça, qui ont peut-être des origines, des métissages avec des juifs, etc. Et le souvenir serait resté. J'ai rencontré moi-même plusieurs Africains de race noire qui m'ont affirmé avoir des antécédents juifs, et qui veulent se convertir, ou ne pas se convertir, ou bien être acceptés comme tels. Ça existe.
Il y a une tribu, d'ailleurs, très importante, qui s'appelle la tribu des Lemba. La tribu des Lemba, en Afrique du Sud, compte à peu près un million de personnes. Non seulement ils s'affirment juifs, mais ils disent qu'ils sont kohanim. Des kohanim. Et cela a été, disons, plus ou moins soutenu par une vérification d'ADN: on voit qu'ils ont là-bas le fameux « gène de Cohen », etc. Les historiens disent d'ailleurs qu'ils sont probablement des descendants de juifs du Yémen, qui seraient passés en Afrique il y a quelques centaines d'années, et que c'est ainsi devenu la tribu des Lemba. Il y en a même un qui a étudié Oman Ḥadmir de cette tribu-là, il n'y a pas si longtemps que ça.
Donc c'est tout un travail, qui tombe sur les épaules du grand rabbinat d'Israël, de définir des règles et tout ça. Mais il y a, par exemple, aujourd'hui, en Afghanistan, des populations très importantes qui, très probablement, sont les descendants des dix tribus d'Israël. Et il y a du travail à faire. Oui, il y a un travail à faire. Alors peut-être que si le Machiah revient, ça ira plus vite, plus accéléré, mais en tout cas le travail a déjà commencé. Bon. D'ailleurs, les juifs d'Éthiopie affirment être de la tribu de Dan, ce qui n'est pas du tout impossible, étant donné certaines sources. Mais je voudrais les utiliser dans un cours à part. Voilà.
Donc nous demandons à revenir des quatre coins de la terre en notre pays. C'est là qu'on introduit l'histoire des tribus perdues. C'est dans la clôture de la bénédiction: Baroukh Atah Hachem, mekabets nidhé amo Israël, béni sois-Tu, Hachem, qui rassembles les perdus de Son peuple Israël. Donc vous avez d'abord les Golim, et après les Nidakhim.
Il y a un verset dans Yéchaya'hou, nous en avons déjà parlé dans un des cours précédents: « Ce sera en ce jour que sera sonné du grand chofar, et que viendront ceux qui sont perdus dans le pays d'Assyrie, et ceux qui sont égarés dans le pays d'Égypte. Ils se prosterneront devant Dieu sur la montagne sainte, à Yérouchalaïm. » Il y a donc ceux qui sont perdus dans le pays d'Assyrie et ceux qui sont …
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