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La bénédiction du shofar et le rassemblement des exilés

Pourquoi la dixième bénédiction passe du personnel au national, et ce que dit le shofar de la Gueoula.

50 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La structure de la prière : crainte, joie et union, 42 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous, shalom. Nous continuons notre étude du Chmoné Essré. Nous sommes arrivés à la dixième berakha, qui commence par Tekaa bechofar gadol. Jusqu'à présent, si c'est la dixième, il y en avait neuf. Multipliez neuf par deux, ça vous donne dix-huit: c'est le nombre originel des bénédictions du Chmoné Essré, puisque la prière a gardé le nom de Chmoné Essré. Bien qu'en vérité nous en disions dix-neuf.

Entre la neuvième et la dixième, c'est le milieu, et là il y a un changement radical qui s'opère au milieu de la prière. Jusqu'à présent, toutes les bénédictions, bien qu'étant formulées au pluriel, concernaient les individus: chaque individu a besoin de sagesse, de techouva, de pardon, de rédemption, de guérison et de parnassa, de subsistance. Ce sont des préoccupations importantes, mais individuelles. Alors qu'à partir de maintenant, une fois que tous les problèmes individuels sont réglés, et ça concerne également la vie quotidienne de l'exil, nous passons à des considérations d'ordre national, collectif.

Voilà. À partir de la dixième bénédiction, on parle donc de la Gueoula.

— Oui, on a parlé du collectif, on a parlé de l'individuel dans le cadre collectif. Refoua, la guérison, c'est chacun qui a besoin de guérison, individuellement. C'est-à-dire que même quand on est en exil, on a besoin d'être guéri. Même quelqu'un qui n'appartiendrait pas au peuple juif, un Goy, a besoin de guérison.

L'individualité a toujours sa place, elle peut être élevée à un niveau collectif, mais il reste l'individualité. Tandis que là, nous parlons de choses qui ne concernent que le clal. Par exemple, l'indépendance. Ce sont aussi des questions dans la berakha que nous allons étudier.

— Oui, alors Goel Israël, on avait compris que c'était également de l'individuel, parce que Goel Israël, il s'agit d'être sauvé des petits malheurs, des misères, enfin des grosses misères, de la galout.

Des misères, même pendant le temps de la Gueoula, mais ce sont des choses qui ne transforment pas l'Histoire. Tandis que là, nous allons parler de l'aboutissement de l'Histoire, et ça se passe à partir de la Gueoula dans le sens véritable du terme, et c'est ce qu'on voit ici dans Tekaa bechofar gadol. Nous allons lire la bénédiction dans la version séfarade; elle est pratiquement la même dans la version achkénaze.

Tekaa bechofar gadol lékhérouténou. Le Chofar est grand pour notre délivrance.

J'ai vu une fois une vieille traduction française de la prière, dans laquelle on a traduit: « Fais retentir la trompette de la liberté ». C'est pas mal. Le problème, c'est que c'est totalement faux. Il y a écrit Kheroutenou, ce qui veut dire « notre libération ».

Souvent, dans l'usage rabbinique du XIXe siècle, il était difficile de parler d'identité nationale d'Israël, puisque nous étions des Français, et il fallait donc parler dans un style qui pouvait s'assimiler, dans les deux sens du terme, à cette idée que le juif est un Français de confession mosaïque, d'accord ? Et d'Israélite. En vérité, c'est tout à fait le contraire: c'est le pays d'Israël qui est une mosaïque de confessions. Pas du tout la même chose.

Donc: Tekaa bechofar gadol lékhérouténou, sonne du grand chofar pour notre délivrance. Véssa nès lékabets galouténou. Véssa, ça veut dire ?

— Véssa, élève.

Oui. Nassa, en hébreu, c'est élever. Véssa nès, que veut dire le mot nès ?

— Un étendard.

Voilà. Élève un étendard. Le miracle aussi est appelé nès, parce que le miracle sort du commun, donc il est élevé, c'est quelque chose qui est mis en évidence. Mais à l'origine, nès veut dire étendard. Véssa nès lékabets galouténou: élève un étendard pour rassembler nos exils. On devrait dire « de nos exilés »; on dit qu'on rassemble les exils. Intéressant. Vekabetzénou yahad, et rassemble-nous ensemble, mearba kanfot haaretz, des quatre coins de la terre, leartsénou, vers notre pays. C'est une source de bénédiction éternelle qui réunit les dispersés de son peuple Israël. C'est à peu près comme ça dans toutes les versions.

D'abord, on voit que cette bénédiction, la dixième, apparaît juste après la neuvième, qui parlait de la parnassa, de la subsistance. Pourquoi ? Y a-t-il un rapport entre la neuvième et la dixième bénédiction ? Le Talmud dit que oui.

Il y a tout un débat dans Massekhet Sanhedrin pour savoir quand approche le temps de la Gueoula, et le Talmud dit: la Gueoula approche lorsque s'accomplit le verset d'Ézéchiel, au chapitre trente-sept, je crois, ou trente-six ou trente-sept. Ve'atem harei Yisraël, anpechem titenou, ve-firyechem tissou, le'ami Yisraël, ki qarvou lavo. « Et vous, ô montagnes d'Israël, donnez vos branchages et portez vos fruits pour mon peuple d'Israël, car ils sont près de revenir. »

Et le Talmud nous dit: lorsque ce verset s'accomplit, c'est-à-dire quand il y a une résurrection agricole en Erets Israël, Ein lekha ketz mégouléh mizé. Il n'y a pas de fin plus évidente que celle-ci. C'est pour cette raison que, lorsqu'au XIXe siècle ont été fondées les premières colonies juives en Erets Israël, Petah Tikva, Rosh Pina, Mikveh Israël, tous ces machins-là, et que des juifs ont recommencé la vie agricole en Erets Israël, de nombreux rabbins en Europe ont dit: ah, si c'est comme ça, c'est donc le temps de la Gueoula. Puisque c'est ce que nous dit la Guemara, l'accomplissement du verset d'Ézéchiel est le signe le plus absolu. D'accord ?

Effectivement, depuis, ça n'a pas cessé de grandir. Il y a un maître contemporain, qui n'est plus maintenant, un maître qui a été contemporain, qui disait que cette interprétation de la Guemara était erronée. Et la preuve, dit-il, c'est que Maïmonide ne l'a pas amenée. Et ce n'est pas n'importe quel argument, parce que Maïmonide a écrit, dans son livre, le Mishné Torah, plusieurs chapitres concernant le messianisme: ce sont le onzième et le douzième chapitres de Hilkhot Melakhim, les deux derniers chapitres du Mishné Torah.

Ce maître disait que puisque Maïmonide est le seul à avoir écrit des règles de halakha concernant le messianisme, la halakha est donc en accord avec Maïmonide. C'est déjà une affirmation qui, à mon avis, est fausse, mais enfin, on peut continuer. Or, Maïmonide n'a pas écrit que la Gueoula viendrait à la suite d'une résurrection agricole. Conclusion: il pense que ce texte n'est pas une halakha.

Ce qui est totalement faux, parce que Maïmonide n'est pas obligé de tout écrire.

Mais à part ça, comment ? Il y a un problème ? Quelque chose n'est pas clair ? Vous me demandez à moi, qu'est-ce qui n'est pas clair ? Gueoula, c'est très bien, Gueoula veut dire la délivrance. Très bien, vous m'avez posé la question.

Donc ce rabbin contemporain, qui n'est plus contemporain, disait que c'est une erreur de penser que la résurrection agricole est un signe de la Gueoula puisque Maïmonide ne l'a pas citée. Et puisque personne parmi les commentateurs de Maïmonide ne s'oppose à ce qu'il dit, c'est qu'ils sont d'accord. Donc qui aujourd'hui se pense assez grand, disait ce maître, pour oser aller à l'encontre de Maïmonide et de tous les commentateurs, qui n'ont pas cité ce texte de la Guemara ? Jusque-là, citation de la …

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