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Le Hassid selon le Kouzari : l'homme qui se tient dans le monde

Rav Yehouda HaLevi définit le hassid par la négation : ne pas se retirer du monde, donner à chaque faculté sa juste nourriture.

35 min

Rav David BenEzra

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

L'ensemble du premier article – puisque je l'ai déjà dit – Le Livre du Kouzari est composé de cinq parties. La première partie définit plus ou moins les crédos du peuple d'Israël. Rapidement, je voudrais expliquer pourquoi je veux maintenant arriver à la troisième partie, au troisième article, et sauter à la limite le deuxième. Et les crédos d'Israël:

D'abord, on croit au Dieu de l'histoire avant de croire au Dieu de la création. Nous avons expliqué très largement ce point. Deuxièmement, le judaïsme n'est pas une religion. C'est une identité historique collective, dans laquelle l'individu d'Israël va évoluer du fait qu'il appartient à cette collectivité. Troisième principe:

Comment comprendre la théophanie du Sinaï et le don de la Torah ? Quel est son but ? Pour Rabbi Yehuda HaLevi, c'est de définir aussi bien la loi, les actes, le comportement nécessaires, qui vont mettre en valeur et faire réussir la relation créature-Créateur.

Ceci, c'est pour exclure l'idée que l'homme peut dicter de par lui-même la conduite qui va l'amener à réussir ce désir qu'il a de s'approcher de la divinité. Il faut constamment nous replacer dans l'époque de Rabbi Yehuda HaLevi. Le christianisme et l'islam sont là, et tous deux parlent de s'approcher de Dieu, d'avoir la grâce, etc., comme vous le savez.

Et, d'ailleurs, le point de départ de tout le livre – ne l'oubliez pas – c'est le roi qui dit qu'il a un rêve dans lequel on lui dit: ton intention est bonne, mais tes actes ne le sont pas. C'est-à-dire qu'il lui explique, finalement, à la fin de ce premier article, que ce n'est pas lui qui dicte les actes qui doivent mettre en pratique sa bonne intention, mais que les actes lui seront dictés. Et c'est là l'objectif du Sinaï.

C'est l'expression Torah min HaChamaïm: il faut que tu sois en correspondance, en règle, avec une Torah qui t'a été dictée, et non avec la Torah que tu te dictes toi-même. C'est directement adressé, par exemple, aux chrétiens qui, dans le principe, ont aboli toute mitsva. La mitsva, c'est quelqu'un qui m'ordonne de faire. Chez eux, il n'y a pas de mitsva. Il suffit que tu croies en celui qui a amené le christianisme dans cette histoire, et tu as le monde futur. Qu'est-ce qu'il faut faire pour ça ? Rien du tout. Ou, à la limite: fais ce que tu veux, ce sera toujours bien.

Donc, voilà mon propos en résumé: les points essentiels que Rabbi Yehuda HaLevi met en valeur dans son premier article.

Passons au troisième, un peu, si je peux dire, par contraste. Dans la première partie, Rabbi Yehuda HaLevi nous expose tout à l'échelle de la collectivité, du peuple, de la nation. Dans ce troisième article, il va mettre le doigt sur l'individu, qui va être appelé, dans tout cet article, le Hassid.

Ne comprenez pas le mot Hassid comme on l'entend habituellement, en pensant au mouvement de la Hassidout ou aujourd'hui aux Hassidim. Ici, le mot Hassid, chez Rabbi Yehuda HaLevi, c'est le titre qu'il donne au Béni d'Israël qui sait s'accomplir. C'est ça, le mot. D'accord ? Hassid. Au début, dans le premier paragraphe, il dit: voilà le chemin, la loi de celui qui sert Dieu de notre côté. Mais immédiatement, au troisième paragraphe, il dira: le Hassid, c'est l'homme qui…

Et il va immédiatement nous indiquer ses vertus, ses qualités, son comportement, etc. Finalement, le troisième article est en contraste direct avec le premier: le premier s'occupait de la collectivité, de la nation, et là il va parler de l'individu lui-même. Nous allons donc avoir un tout autre cadre, une autre atmosphère, dans ce que Rabbi Yehuda HaLevi va nous enseigner.

Il est intéressant de voir que dans le premier paragraphe, il définit le Hassid par la négation: Ein hou porèsh min ha'olam. Il ne se détache pas du monde. Ve'atsei hiyé hou lemassa al ha'olam: jusqu'à ce qu'il soit un poids pour le monde. Veha'olam lemassa alav: et le monde devient pour lui un poids. C'est une phrase qu'il faut comprendre tranquillement. D'une part, pourquoi commence-t-il son article de cette façon, comme si c'était une notion de départ, sans laquelle on ne peut pas avancer ?

Il ne faut pas être, à la limite, dépendant du monde ou retiré du monde. Comment se fait-il que Rabbi Yehuda HaLevi commence par cette notion ? N'oubliez pas, encore une fois, le cadre historique. Il y a les moines qui tournent partout, les sectes, ceux qui ne veulent plus vivre dans la société où ils sont, ceux qui critiquent constamment les autres. Ceux qui ne peuvent pas être riches avec tout ce qu'il faut veulent, à la limite, être les misérables de la société, et pour cela ils se retirent de tout ce qui fait la vie matérielle, ne s'occupent de rien, juste de l'ahit bodhidout. Comment appelle-t-on ça ? Devenir solitaire.

Aller dans les cavernes. Nous savons que le Baal Chem Tov, Rav Abraham Bait Slav, se conduisait de cette façon. Comme si, pour vraiment arriver à la relation avec HaKadosh Baroukh Hou, il fallait se retirer de la société. Dans la Bible, nous avons Eliyahou HaNavi, Moshé Rabbénou, qui va dans le désert, et c'est là qu'il voit le sneh, le buisson ardent. Il serait donc presque évident que, pour atteindre la relation avec la divinité, il faut se retirer du monde matériel, du monde social.

Immédiatement, Rabbi Yehuda HaLevi avertit le Ovéd Eloah: il ne s'écarte pas du monde. Parce que, quand il s'écarte du monde, il faut qu'il se nourrisse. Comment ? Il devient immédiatement dépendant des autres: il faut que les autres lui donnent de quoi se nourrir. Le monde devient un poids pour lui parce qu'il ne sait pas comment se tirer d'affaires. Donc, au départ, l'indépendance, l'autonomie économique, est pour Rabbi Yehuda HaLevi un élément fondamental.

Je voudrais rapporter ici Rambam, un siècle environ plus tard, qui dit dans Hilkhot Talmud Torah: Kol ha-massim alav bosh ya'assok bat Torah: tout celui qui croit qu'il va s'occuper de la Torah, ve'lo ya'assé me'lakha, et que ce n'est pas pour lui un métier, un travail, et qui va se nourrir de la charité, que ceux qui n'étudient pas lui donnent sa subsistance… Maïmonide nous dit: il profane le Nom de Dieu, il méprise la Torah, il a éteint la lumière du judaïsme, il se cause du mal et il a perdu son monde futur.

Vous vous rendez compte à quel point Maïmonide est sévère et grave ? Il faut se replacer dans les différentes générations et sociétés où existait cette tendance: moi, je m'occupe de la Torah, donc vous devez me nourrir. Moi, je dois m'isoler, me détacher de ce monde matériel qui profane la sainteté de la Torah, pour pouvoir me donner vraiment à la Torah.

Rabbi Yehuda HaLevi se soulève contre cela. Il dit: on ne peut pas commencer un chemin quelconque si la correspondance entre l'homme et le monde n'est pas normale, de telle sorte que le monde ne soit pas …

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