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Shlou'ah de Moïse et shlou'ah de Josué : deux explorations

Comparer les envoyés de Moïse à Canaan et les espions de Josué à Jéricho, pour comprendre le refus.

42 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : La sainteté du temps dans la paracha Emor, 39 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous voilà arrivés à une paracha dont je ne veux pas dire qu'elle est actuelle, parce qu'y a-t-il une paracha qui ne soit pas actuelle ? Depuis que nous avons commencé cette étude retransmise sur internet, je crois que nous nous rendons compte à quel point dire des parachiot de la Torah qu'elles sont actuelles, c'est les dévaloriser.

Elles ne sont pas seulement actuelles, elles nous engagent à mieux comprendre l'avenir de ce qui attend notre peuple et, de façon générale, l'ensemble des civilisations humaines. C'est un enseignement que l'on appelle téléologique, c'est-à-dire où le futur est en train de déterminer le présent. En aucun cas, bien entendu, il ne s'agit d'un enseignement ancien, poussiéreux et désuet, comme une situation d'exil trop prolongée nous a peut-être habitués à considérer l'enseignement de la Bible.

Notre paracha, Chela'h Lekha, nous met en présence d'un épisode très dramatique. Vous savez qu'il n'y a pas de tragédie dans la Torah, on en a déjà parlé une fois. Il n'y a pas de tragédie à proprement parler, car la tragédie, c'est quelque chose qui n'a pas d'explication véritable, quelque chose qui est un non-sens. Dans la tragédie, comme Œdipe, le sens de l'événement est caché et le demeurera à jamais.

Il y a sans aucun doute dans la Bible des drames, des situations dramatiques, mais pas tragiques, car nous savons que tout a un sens, même si ce sens nous échappe provisoirement. Nous savons que ce sens existe et que nous pouvons, ou nous pourrons, le découvrir. La paracha de Chela'h Lekha nous met en présence de cet événement, qui d'une certaine façon accompagne le peuple d'Israël jusqu'à nos jours: le refus. Le refus des hommes, par le peuple d'Israël tout entier, mais particulièrement par ses dirigeants, et en particulier, c'est là que c'est un peu troublant, par ses dirigeants au niveau de la Torah, les grands de la Torah de l'époque du désert.

Ceux-ci ont refusé l'entrée au pays d'Israël, après avoir, comme vous le savez, exploré, espionné. Le mot employé ici, c'est Ta'ur Èt Ha'Arets. Le verbe ta'ur, en hébreu moderne, donne le mot tayar, qui veut dire un touriste. Or on ne peut pas imaginer que ces chefs du Sanhédrin des douze tribus, que nous voyons dans la paracha de Chela'h Lekha, soient allés faire du tourisme en Erets Israël. Bien sûr, ils sont allés explorer le pays. Nous verrons dans quelle catégorie d'exploration. Il y a beaucoup de dimensions à cette étude. Nous en verrons une aujourd'hui, quitte à approfondir une autre fois.

Ce que j'ai choisi, c'est de mieux comprendre. Il y a, au point de vue méthodologique, le principe de Ein Ha-Torah, si je puis dire: Aniyim b'maqom eHad ve'ashirim b'maqom acher. Les paroles de la Torah sont très souvent pauvres dans un endroit et riches dans un autre. Il faut donc essayer d'avoir une connaissance large, extensive de la Torah, qui permet d'enrichir un endroit par un autre.

Ce que j'ai choisi aujourd'hui, c'est de prendre quelques éléments de notre paracha, de l'envoi des explorateurs par Moshé pour découvrir et explorer le pays de Canaan, le pays d'Israël, et puis de les comparer, en tout cas sur certains points, avec ceux qui, quarante ans plus tard, seront envoyés par Yehoshoua, successeur de Moshé, pour explorer le pays de Canaan, et particulièrement la ville de Yericho, premier bastion à conquérir.

Cela se trouve au chapitre 2 de Yehoshoua, et vous avez certainement repéré que c'est la Haftara, ce passage des Prophètes que nous lisons après la paracha de la semaine. La Haftara de notre paracha, Chela'h Lekha, c'est le chapitre 2 de Yehoshoua. Nous n'allons pas comparer terme à terme tout ce qu'il est possible de comparer, car c'est une étude extrêmement riche. Nous allons prendre deux ou trois critères de comparaison possibles.

D'abord, je voudrais lire les premiers versets de notre paracha pour entrer un peu dans l'atmosphère de ce que Moshé a pris sur lui de faire, c'est-à-dire envoyer des représentants éminents du peuple d'Israël, d'ailleurs de chaque tribu, pour rapporter au peuple ce qu'ils ont vu d'Erets Israël. Selon l'un des commentateurs, il s'agit de la rendre chère, ra'viva, à leurs yeux. Un peu comme un envoyé qui va au-delà des mers pour rencontrer une jeune fille promise à ce garçon, et qui revient en racontant comment elle est merveilleuse. Selon ce commentateur, c'est le projet de Moshé en envoyant les méraglim.

Voyons comment cela commence: Vayedabèr Hachem el Moshé lémor, au chapitre 13 de Bamidbar, au premier verset: D.ieu parla à Moshé pour dire: Chela'h lekha anachim, envoie pour toi des hommes, et qu'ils explorent le pays de Canaan que je donne aux enfants d'Israël. Un homme par tribu, pour chaque tribu de leurs pères, vous enverrez chaque chef de tribu. Au verset 3: Vayichla'h otam Moshé mimidbar Paran al pi Hachem. Moshé les a envoyés depuis le désert de Paran, selon l'ordre divin. Kulam anachim, rasheï Bnei Yisraël hèma. Tous étaient des hommes, et quand il est écrit anachim, cela veut dire dans la Bible des grands hommes, des chefs des enfants d'Israël.

Verset 4: Ve'eleh shemotam, et voici leurs noms. Pour la tribu de Reouven, Chamoua ben Zakour; pour la tribu de Chimon, Chafat ben Hori; pour la tribu de Yehouda, Kalev ben Yefouné. Je vais m'arrêter là, mais il y a un verset par tribu. Cela fait un peu long, vous entendez l'atmosphère qui se met en place. Finalement, on conclut au verset 16: Eleh shemot ha'anachim asher shalah Moshé latour et ha'arets. Voici les noms de ces hommes, de ces grands hommes, que Moshé a envoyés pour explorer le pays. Vayikra Moshé lehoshéa bin Nun Yehoshoua. Moshé appela Hochéa, fils de Noun, Yehoshoua: il l'appela Yehoshoua, c'est une affaire en soi.

Quelle atmosphère avez-vous entendue, diagnostiquée dans cette lecture rapide ?

— Il y a une certaine lourdeur.

Il y a une certaine lourdeur, je ne sais pas si le mot est trop fort, mais il y a un peu de ça. Il y a beaucoup de pompe dans cet envoi. Il s'agit de quelque chose de très officiel. Kulam anachim, rasheï Bnei Yisraël. On insiste beaucoup, comme on le verra, sur leur nom, sur leur titre, sur leur rôle à l'intérieur du peuple. Peut-être n'aurait-on pas fait attention si l'on n'avait pas, justement, la Haftara de Yehoshoua, à titre de comparaison.

Nous lisons maintenant les versets qui devraient être équivalents à ce que nous venons de lire, et ça va être très court. Vayichla'h Yehoshoua bin Noun, au chapitre 2 de Yehoshoua, au début: Yehoshoua, fils de Noun, envoya. Nous sommes donc quarante ans après, c'est-à-dire la génération dite du désert, celle qui va mourir dans le désert, errer pendant quarante ans. Quarante ans en référence aux quarante jours que nos explorateurs ont passés à tourner dans le pays, comme si chaque jour de cette exploration était une faute sanctionnée par une année d'errance dans le désert.

Cette génération-là, comme D.ieu va le décréter à la fin, au moment de la faute des explorateurs qui sont venus dire que ce pays n'est pas un pays pour les …

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