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Le nazir, entre chute et élévation dans le désert

Le chapitre 6 de Bamidbar : pourquoi le nazir doit-il offrir un sacrifice expiatoire alors qu'il s'est consacré ?

38 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : PARACHAT NITSAVIM (11/09/12), 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom Hachem. Nous arrivons donc à la deuxième sidra du livre de Bamidbar, la paracha de Nasso. Nasso veut dire élever, nassi un président, un chef. D'ailleurs, ce n'est pas forcément lié à ce que nous allons étudier ensuite, mais je ne résiste pas à signaler que le mot nissouin, qui veut dire mariage en hébreu, vient de cette racine. Nissouin est littéralement le pluriel de Nasso: cela signifie « il élève elle » et « elle élève lui ». Non pas au sens où l'on élève un petit chien, mais élever au sens de porter vers le haut. Le mariage est donc sans aucun doute conçu comme une élévation mutuelle.

La paracha de Nasso va nous parler de plusieurs sujets. Il y est question, dans le pchat, c'est-à-dire le sens simple du texte, de la façon de faire le recensement, de nommer, d'élever, de désigner les membres de chacune des tribus, de chacune des familles, des kohanim, Nasso et Rosh Benei Guershon, c'est-à-dire: tu vas élever précisément les enfants de la famille de Guershon. Mais de façon plus générale, puisque le titre de la paracha porte sur l'ensemble de la paracha, Nasso recouvre toutes sortes de séquences, dans lesquelles on voit comment l'homme, ou la femme d'ailleurs, puisqu'il y a aussi une séquence sur la femme adultère, peut s'élever à partir d'une situation de décadence, d'une situation très problématique. Je crois que c'est là, un peu, le fil conducteur de toute la paracha.

Si l'on généralise encore un peu, souvenez-vous de ce que nous avons appris la semaine dernière, dans notre introduction au livre de Bamidbar tout entier. Nous avons attentivement fait la différence entre les trois premiers livres de la Torah, et plus particulièrement le livre de Vayikra, où l'on assiste à une définition du juste selon la Torah: celui qui ne faute pas, celui qui est conforme, rigoureusement, au projet du Créateur pour l'Adam. Et puis, avec le livre de Bamidbar, nous avons vu que ce livre s'occupe de tout autre chose: que se passe-t-il lorsque cet homme parfait en puissance, en réalité, chute, en réalité tombe ? Bamidbar, vous vous rappelez, c'est le désert, avec tous les aléas de la traversée du désert, des endroits non civilisés, des endroits pleins de dangers. Kol drachim be'chezkat hakatsana, dit le Talmud: tous les chemins sont en présomption de danger.

Le livre de Bamidbar nous présente donc un deuxième type de juste, complètement différent du premier, et pourtant il porte le même nom: tsadik. Il y a le tsadik qui ne faute pas, c'est ce que les gens appellent en général tsadik. Et voilà que le khidouch du livre de Bamidbar, c'est qu'il existe un tsadik d'un tout autre genre: celui qui faute, parce que lorsqu'on traverse le désert, entre deux stations particulières, on chute, on trébuche. En tout cas, c'est un risque permanent. La question est: que fais-je à ce moment-là ? Que fais-je lorsqu'il m'est arrivé de chuter ou de trébucher ? C'est là que sera diagnostiquée, vérifiée, la dimension de tsadik qui est dans la personne.

Nous allons voir que cette ambivalence entre deux définitions de la piété, de la vertu morale, très différentes l'une de l'autre, se retrouve dans l'épisode qui se trouve au centre de notre paracha, l'épisode du nazir. Il y a deux perspectives possibles à la personnalité de celui que la Torah appelle nazir, et il y a une possibilité qui a l'air plus juste que l'autre, bien que l'autre soit en filigrane, en arrière-plan, avant la première. Voilà le cadre de notre étude d'aujourd'hui. Au cœur de ce livre de Bamidbar, il est question de la possibilité de chuter, et de ce qu'il faut faire alors. La Torah parle non seulement pour celui qui ne chute jamais, s'il existe, mais peut-être d'abord et avant tout pour celui qui chute et qui veut se relever de sa chute: Nasso.

Au centre de cette paracha, on va trouver l'épisode du nazir, qui est justement quelque chose de cet ordre-là, et nous allons essayer de le démontrer. Nous prenons le chapitre 6, perek vav, qui se trouve au centre de notre paracha de Nasso. Nous allons d'abord essayer de découvrir, dans l'épisode du nazir, la dimension sous laquelle il est très souvent connu: un personnage extraordinaire, exceptionnel, qui se propulse à une dimension de kedoucha, de sainteté, hors du commun. Nous allons faire cette première lecture, puis nous verrons qu'il existe aussi une deuxième lecture possible.

Je ne vais pas tout lire et traduire, mais les articulations essentielles de ce chapitre 6, pour ce qui nous occupe. Je vais lire pas mal de textes, relativement. Suivez bien avec moi, je mettrai l'accent sur les points essentiels. Au chapitre 6: Vaidaber Hachem el Moché, Dieu a parlé à Moïse pour dire aux générations. Je traduis littéralement, sans lire l'hébreu: parle aux enfants d'Israël et tu leur diras: lorsqu'un homme ou une femme yafli lindor neder nazir. Nazir est d'abord et avant tout un neder, c'est-à-dire ce que l'on traduit en français par un vœu, mais pas les vœux de fin d'année. Neder veut dire que la parole est un engagement, également envers Dieu. Lorsqu'un homme fait un tel engagement de nézirout, de naziréat, léhazir la Hachem. Le mot yafli, on y reviendra tout à l'heure, veut dire quelque chose d'exceptionnel: un acte exceptionnel d'engagement, celui de devenir nazir.

Léhazir la Hachem: ici, dans la première définition, nous verrons plusieurs traductions possibles. Léhazir, c'est ce que Rachi explique: se retrancher, se mettre à part. Il veut se retrancher, pour Dieu, vers Dieu. Il y a donc une notion de retranchement, de quelqu'un qui, en vue de s'élever, veut se retrancher d'une certaine façon de la société humaine. C'est pour cela qu'à partir de là, trois interdits particuliers lui sont soumis, comme nous allons le voir tout de suite. Verset 3: miyayin véchékhar yazir, il devra se retrancher de boire

du vin, mais aussi, et je ne traduis pas mot à mot, pas seulement du vin: il ne doit pas consommer de vinaigre, ni de mishrat anavim, de l'eau dans laquelle ont trempé des raisins, donc de l'eau au goût de raisin. Ni de raisins secs. Et même, verset 4, de tout ce qui sort de la vigne, même les pépins. On est arrivé au summum: la pulpe et les pépins. Har tsanim, ce sont les pépins; zag, c'est la pulpe.

Cela continue au verset 5, deuxième interdit: kol yemei nedar nizro, tous les jours de son naziréat, tahar lo yaavor al roscho, un rasoir ne passera pas sur sa tête. À la fin de ce verset, il est dit une expression importante: ad mélot ayyamim la Hachem kadoch yihyé, pendant toute cette période il sera appelé saint, kadosh. Verset 6, troisième et dernier interdit du nazir, en bloc: kol yemei haziro la Hachem al nefech metim lo yavo. Il ne devra pas se rendre impur au contact d'un mort, même au contact de ce qu'on appelle les sept proches: le père, la mère, le fils, la fille, le frère, la sœur et …

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