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Le salaire des mitsvot et le monde à venir

Pourquoi la Torah ne parle pas du monde futur, et comment comprendre la notion de salaire pour les mitsvot.

34 min

Rav David BenEzra

Ensuite : Le Hassid selon le Kouzari : l'homme qui se tient dans le monde, 35 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Le dernier thème traité par Rabbi Yehouda HaLevi à la fin du premier grand article de son livre est Sakhar Ve'onech, c'est-à-dire salaire et sanctions pour ceux qui réalisent ou transgressent les mitsvot de la Torah. Cela va du paragraphe 104 et 105 jusqu'à la fin du premier article.

Alors que le sage expliquait au roi que ceux qui vivaient autour des prophètes et des grands sages d'Israël, au temps du Premier Temple, étaient animés de pureté, de sainteté, de spiritualité, et avaient dans ce cas-là la certitude d'un monde à venir, d'un monde qui vient, ce qu'on appelle Olam Haba, le roi profite pour faire remarquer aux sages d'Israël que les autres religions promettaient à leurs croyants et adeptes des destinées beaucoup plus heureuses et voluptueuses après la mort, bien plus que ce que le judaïsme ne promet.

C'est alors que le sage veut lui faire deux remarques. La première: on est tous d'accord que, malgré les promesses que l'islam ou le christianisme, chacun de son côté, fait à ses adeptes, personne n'a espéré quitter ce monde immédiatement pour rencontrer les promesses du monde à venir.

Tout le monde se sent très bien dans ce monde et voudrait y rester le maximum de temps, et reculer le plus possible ses promesses. Deuxième remarque: la Torah, elle, promet au peuple d'Israël, à ceux qui appartiennent au peuple d'Israël et qui appliquent la Torah, une vie heureuse, pleine de bénédictions et de tranquillité dans ce monde-ci.

Comme nous pouvons le faire remarquer dans le texte: c'est-à-dire, si vous suivez mes préceptes, si vous réalisez mes commandements, qu'est-ce que la Torah promet ? Elle promet: je donnerai vos pluies en leur temps, je donnerai la récolte de la terre et les fruits de l'arbre. Vous resterez en paix, vous serez vainqueurs de vos ennemis.

Alors que nulle part la Torah ne nous dit que si vous réalisez les mitsvot, vous aurez le monde futur, vous aurez le Olam Haba, l'au-delà. Toutes ces expressions connues, nous ne trouvons aucune trace dans la Torah de façon littérale, bien sûr sans passer par les commentaires et les commentateurs. Nous ne trouvons pas trace de cette information.

À l'inverse des autres peuples, des autres religions, qui, eux, ne promettent que le monde à venir ou le jardin d'Éden. Pour l'islam, vous savez, c'est là où il y a beaucoup de nourriture, beaucoup de femmes, et beaucoup de… du genre. Le christianisme est beaucoup moins…

Donc, opposition totale. La Torah ne croit-elle pas au monde futur ? Si c'est vrai, pourquoi ne le signale-t-elle pas ? Si le monde futur est le salaire des mitsvot, et la Guehinom la punition de ceux qui les transgressent, pourquoi n'y a-t-il pas trace ?

Il faut remarquer évidemment que si l'on ne trouve pas cela dans la Torah, la Michna va venir avec une petite Michna pour nous dire: « Kol Yisraël yesh lahem helek la'olam haba », tout Israël a une part au monde qui vient, au monde futur. La Guemara, elle, en fera une discussion de plusieurs pages, évidemment.

Et nous ne comprenons pas pourquoi il y a eu ce renversement: la Torah, qui n'en cite aucune, aucune allusion, et les hachamim, qui nourrissent tellement ce thème du monde futur. C'est un sujet très difficile, et je voudrais l'élargir au-delà de ce que Rabbi Yehouda HaLevi en dit. On reviendra à ce qu'il dit.

Déjà, la notion de salaire pour la réalisation des mitsvot n'est pas une notion évidente. Si les mitsvot sont des actes nécessaires, obligatoires, il faut les faire. Les mitsvot ne sont pas facultatives. Tu fais ou tu ne fais pas, ça ne fait rien. Si les mitsvot étaient facultatives, on comprendrait que celui qui a pris sur lui de faire quelque chose pour lequel il n'est pas obligé reçoive un salaire.

Quelqu'un qui vient au travail, son employeur le paye à la fin du travail. Pourquoi le paye-t-il ? Parce qu'a priori ce travail ne lui était pas dû. Il aurait pu faire autre chose. Mais comme on lui demande de le faire, alors il y a salaire. Or la mitsva est obligatoire.

Il faut faire Chabbat. On ne peut pas dire: fais si tu veux, et si tu le fais, on te donne un salaire. Alors comment se fait-il qu'il y ait une notion de salaire par rapport à la mitsva ? Deuxième raison: l'acte de la mitsva est un acte dont l'origine est divine. Il vient du monde divin. Et il semble qu'on attende un salaire.

Dans ce monde matériel, comment un salaire matériel peut-il rémunérer un acte divin ? Comme si je payais un employé en lui disant: respire cette fleur, voilà, moi, je vais manger. Qu'est-ce que tu me donnes ? Il faut donner un équivalent. D'ailleurs, c'est pour cela qu'on trouvera, pour expliquer cette notion, chez les hachamim, qui disent: Sekhar mitsvot be'olam hazé eyn. Le salaire des mitsvot dans ce monde n'existe pas.

C'est à la limite cohérent. Admettons qu'il y ait un salaire des mitsvot. Mais si tu penses que le salaire des mitsvot existe, ce n'est pas dans ce monde, parce que la mitsva est de niveau divin, et non de niveau matériel. Ce n'est pas comme un gosse à qui l'on dit: si tu vas au marché avec ta mère, je te donne un bonbon. Bien sûr, le fait d'aller et de manger le bonbon, c'est cohérent, ça correspond. Mais là, tu fais Chabbat, qu'est-ce qu'on te donne ? Qu'est-ce qu'on va te donner ? C'est clair.

Donc, d'abord, essayons de comprendre ce que veut dire le salaire.

Maïmonide, d'ailleurs, nous dit que c'est faux de comprendre la Torah de cette façon.

Si vous faites mes mitsvot, vous aurez… ce n'est pas une récompense. Alors, c'est quoi ? C'est marqué, effectivement. D'accord ? Mais est-ce qu'il faut le comprendre comme cela, comme récompense ? Encore une fois, si l'on comprend comme récompense, on est renvoyé aux deux questions que l'on a posées tout à l'heure: qu'est-ce que cela veut dire ? Récompense de quoi ?

D'ailleurs, même ceux qui parlent de récompense dans la Michna, vous avez lu les Pirkei Avot, ils disent: « Sekhar mitsva mitsva ». Le salaire d'une mitsva, c'est la mitsva. Alors, je fais une mitsva et tu me demandes d'en faire une autre: où est le salaire ? Vous comprenez ? C'est un sujet pas du tout facile. Essayons pas à pas.

Rambam nous propose l'explication suivante: ce que dit la Torah n'est pas une récompense, n'est pas un salaire. La Torah me dit la chose suivante: réaliser les mitsvot, c'est quelque chose de difficile, et elle en est consciente. La prière, les tefilin, le Chabbat, les fêtes, l'étude de la Torah, tout cela demande du temps, demande des forces, il faut travailler, il faut se nourrir.

La Torah me dit: je te dispense. Je te donne toutes les bonnes conditions pour que tu aies le temps de faire. Comprenez ? Selon Maïmonide, si vous faites mes préceptes, je vous donne, ce n'est pas en récompense. C'est en espèce: des conditions …

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