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Le Guide des Égarés : la prophétie et les limites de l'esprit

Maïmonide présente son livre comme un traité de la prophétie et explique pourquoi la raison humaine a besoin d'une antenne supplémentaire.

46 min

Chlomo Toledano

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Ce qu'on a vu la dernière fois: le sujet de ce livre, Le Guide des Égarés, c'est la grande œuvre que le Rambam a écrite à la fin de sa vie. Nous avons vu que Le Guide des Égarés n'est pas, en quelque sorte, un livre de philosophie, mais le livre de la prophétie. Cela nous permet de nous débarrasser un peu de certaines idées préconçues.

L'impression générale qui se dégage du livre, c'est que l'esprit humain est limité. La prétention de notre esprit à pouvoir un jour découvrir le dernier mot de l'univers, de l'existence, n'a pas, d'après le Rambam, de fondement sur lequel se baser. Notre esprit est limité, et il l'est non seulement parce que nos sens sont limités.

Notre vue, par exemple, est limitée. Nous ne pouvons voir que de 0,4 à 0,8 microns, alors que l'ensemble des couleurs qui existent, en principe, dans l'univers, va de moins l'infini à plus l'infini. Nous sommes donc très, très limités. C'est la même chose pour l'ouïe, et la même chose pour les autres sens.

Mais le Rambam dit qu'il n'y a pas que nos sens qui sont limités: notre esprit aussi est limité, notre logique est limitée. La science a d'ailleurs découvert cela à son détriment au XXe siècle. C'était l'origine des grandes crises scientifiques du XXe siècle. Aujourd'hui, nous avons la théorie du chaos, qui nous trouble complètement.

L'esprit humain est donc limité, et le Rambam l'a déjà découvert au XIIe siècle. Il nous dit que, pour échapper à ces limites, nous avons besoin d'une antenne supplémentaire. Nous avons des antennes, qui sont notre esprit, mais il nous faut une supra-antenne. Cette antenne, c'est la prophétie.

Il se trouve donc que le grand rationaliste qu'est le Rambam à nos yeux se révèle, dans la dernière œuvre de sa vie, être un suprarationaliste, une sorte de mystique. C'est un hassid, un hassid juif de première ligne. Les historiens sont actuellement en train de révéler que le Rambam était vraiment le chef d'une lignée de hassidim. On ne le savait pas avant.

Dès que nous ouvrons Le Guide des Égarés, nous commençons à lire l'introduction du Rambam lui-même. Nous découvrons que ce livre est le livre de la prophétie, comme on vient de le dire, et non un livre philosophique. C'est pourquoi, à mon avis, il est préférable d'appeler ce livre non pas Le Guide des Égarés, mais L'Égareur des intellectuels.

Les intellectuels ont tellement confiance en l'esprit humain que ce livre a pour but de les troubler, de les égarer. C'est un livre qui met dans l'embarras les scientistes, c'est-à-dire ceux qui ont une émouna aveugle en la science et qui s'imaginent que la science nous résoudra finalement tous les problèmes humains.

Le Rambam dit: non, la science est capable de résoudre pas mal de problèmes, mais elle est limitée et le sera à jamais. L'esprit humain a bien sûr plusieurs capacités que Dieu lui a données, mais il est limité. Nous avons donc besoin d'une autre antenne, parce que nous sommes curieux de savoir. Le Rambam était bien sûr un des plus grands savants de son époque, il sait donc de quoi il parle. Il était même un des plus grands philosophes de son temps.

C'est justement parce qu'il était un des plus grands savants et un des plus grands philosophes qu'il peut se permettre de dire que la science et la philosophie sont limitées à jamais. L'homme du commun s'imagine qu'il met le savant ou le philosophe sur un piédestal, qu'il va lui résoudre tous les problèmes. Mais celui qui se trouve au sommet de la science et de la philosophie connaît les limites du domaine dont il s'occupe.

Le Rambam nous dit, dès l'entrée de son livre, qu'il se propose d'analyser le langage de la Bible. Il appelle ce langage le langage de la prophétie. La Bible, nous dit le Rambam, est destinée à exprimer une réalité qui se trouve au-delà de l'expérience humaine, au-delà des notions humaines. Il s'agit donc, a priori, d'une réalité qui ne peut être exprimée en langage humain.

Toutefois, cette réalité est perceptible: l'homme arrive à communiquer avec elle. Mais la communication, nous dit le Rambam, ne se fait pas de manière simple. Elle se fait à travers des éclairs et des flashs. Le prophète reçoit des sortes d'éclairs. Chez Moshe Rabbeinu, les éclairs étaient tellement fréquents qu'il avait l'impression d'une lumière continue. C'est exactement comme dans un film: vous voyez vingt-cinq photos par seconde et vous avez l'impression d'une continuité. Les autres prophètes avaient des éclairs espacés. Chez Moshe Rabbeinu, l'espacement était tellement petit qu'on peut dire qu'il se trouvait dans une lumière stable.

En principe, on a dit que le langage humain est inapproprié pour exprimer cette réalité d'en haut, ou cette réalité intérieure. Or la Bible semble utiliser un langage humain pour l'exprimer. Quand nous lisons la Bible, nous voyons que c'est un langage humain, et peu de gens y voient un problème.

Le Rambam dit que l'homme du commun ne voit pas de problème à cela. Mais ce n'est pas seulement l'homme du commun: celui qui étudie la Torah nuit et jour n'y voit aucun problème non plus. Les gens du commun qui ne sont pas instruits n'y voient aucun problème. Eux n'ont pas de question sur la raison pour laquelle la Torah s'exprime en langage humain alors qu'il s'agit d'un sujet suprahumain.

Mais l'homme instruit est troublé par ce phénomène. L'homme instruit, c'est le philosophe. Et la philosophie est l'art de poser des questions. Si notre langage n'est pas adapté à cette réalité, comment se fait-il que la Torah utilise un langage inadapté ? Le philosophe est celui qui crée des doutes. Il ne sait pas toujours donner des réponses, et il n'arrive donc pas à la certitude.

Le philosophe est celui qui a l'art de créer le doute. Mais l'homme qui doute cherche la certitude. L'homme est avide de certitude. Et le Rambam répond que seule la prophétie peut nous donner la certitude. C'est elle qui est capable de nous la fournir.

C'est pour cela que le prophète était un homme complètement différent du reste des humains. Nous sommes toujours rongés par des doutes. Quand nous rencontrions un prophète, à l'époque, on rencontrait quelqu'un qui était complètement sûr de ce en quoi il croyait. Seul le prophète ressent dans son âme la certitude absolue.

Comment peut-on donc résoudre la contradiction entre le langage humain de la Torah et le sujet suprahumain qu'elle traite ? Le Rambam répond que la langue sainte est une langue à plusieurs niveaux. Elle a plusieurs niveaux de signification. Ces différents niveaux constituent une échelle qui nous permet de grimper du niveau terrestre jusqu'au niveau céleste, et de pénétrer de la réalité externe jusqu'à la réalité interne.

Le Rambam dit que les termes de la Bible sont soit employés au sens figuré, soit des homonymes. C'est un des secrets du langage de la Torah: elle utilise soit des termes au sens figuré, soit des homonymes. L'homme du commun s'imagine que la Torah parle le langage habituel. En fait, ce n'est pas vrai.

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