Behar et Behoukotai : enracinement, Chemita et Yovel
Pourquoi la Torah lie la terre d'Israël à la morale, à la Chemita et au cycle des jubilés.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Shlou'ah de Moïse et shlou'ah de Josué : deux explorations, 42 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom et bonjour. Nous continuons l'étude du livre de Vayikra. Nous sommes arrivés aux deux dernières paracha'ot, Behar et Bechoukotaï, qui concernent l'alliance conclue entre Dieu et Israël pour entrer sur la terre d'Israël. Il y a une sorte de contrat, un contenu particulier dont il faut s'acquitter en raison de cette alliance.
Il s'agit ici d'une série de lois et de règles, également de règles de l'histoire, qui vont gérer la présence d'Israël sur sa terre. Il y a toujours un problème: que signifie l'enracinement ? Quand on est sur un sol, sur une terre, il y a naturellement l'enracinement, aussi bien de l'individu que de la collectivité nationale dans le sol. Et on peut se demander ce que signifie cet enracinement.
Il y a toujours eu une sorte de prudence de la part des Hébreux par rapport à l'enracinement dans le sol, et ce pour une raison très simple: nous avons vu que chez les nations, à chaque fois qu'il a été question d'enracinement, de fusion avec la nature, il y a eu très souvent, en fait toujours, en fin de compte, une déperdition de la dimension morale. Pour prendre un exemple tout à fait moderne:
dans la modernité, nous avons eu l'exemple justement de ce retour à la terre et à la nature qui a été caractéristique des régimes fascistes, et qui a finalement entraîné une déperdition morale extrêmement grave. On pourrait se demander si la nature n'est pas mauvaise. Évidemment pas: c'est Dieu qui l'a créée, et Dieu est bon, donc la nature ne veut pas être mauvaise. Seulement, l'équation qui régit les règles de la nature est différente de l'équation qui régit l'identité humaine.
L'identité humaine est fondamentalement morale. C'est-à-dire qu'elle opère en permanence un choix entre le bien et le mal. C'est la liberté de l'homme qui va fixer son degré de moralité. Par contre, pour ce qui est de la nature, la nature est totalement, disons, indifférente. Le problème moral: elle n'est pas immorale, elle est simplement amorale. Elle est en dehors de cette équation-là.
Tout simplement, par exemple, la pluie fait pousser le blé, elle ne le fait pas par générosité. Un volcan qui fait irruption ne le fait pas par méchanceté. Ce sont des données de la nature qui sont indifférentes, pourrait-on dire; c'est ce qu'on appelle tout simplement, dans le langage géographique, impersonnel. Et, par contre, l'identité humaine est profondément personnelle.
Un homme emploie l'expression « je », en hébreu ani ou anochi. C'est-à-dire que l'homme est tout d'abord une personne avant d'être une chose. Je suis d'abord quelqu'un avant d'être quelque chose. Et lorsque je cherche la fusion avec la nature, l'enracinement dans le sol, je risque de perdre un peu cette dimension personnelle, je risque de me prendre pour une partie de la nature, et à partir de ce moment-là, je risque…
Nous avons l'exemple ancien de cela dans notre histoire: ce sont les Cananéens. Les Cananéens ont été fascinés par la nature. Ils l'ont divinisée, et ils se sont donc emplis de la puissance de ces forces-là. Et finalement, ils sont arrivés non seulement au paganisme, mais à la barbarie du paganisme.
Et, par contre, la Torah nous demande d'entrer sur la terre d'Israël. Effectivement, nous voyons très souvent, et même chez des juifs religieux, une sorte de crainte: lorsqu'on entre sur le sol, qu'est-ce qui va se passer avec nous ? Qu'est-ce qui va en être de nous ?
C'est une chose bien connue: c'était la réticence des explorateurs qui n'ont pas voulu entrer en Erets Israël parce qu'ils ont eu peur de perdre leur dimension morale. Ils ont préféré vivre une vie détachée du réel, la vie du désert, la vie de la galout, la vie de l'exil, plutôt que d'entrer en Erets Israël. Et d'ailleurs, dans le livre de Devarim, la Torah semble nous avertir que c'est vraiment comme cela que cela doit se passer: « Ki tolid banim oubné banim », lorsque tu engendreras des enfants et des enfants d'enfants,
dit la Torah dans le livre de Devarim, au chapitre — je crois, au verset, si je ne me trompe. « Vénochamtem baaretz », et que vous vieillirez sur la terre, « vehichchatem », vous serez corrompus. C'est comme si la Torah nous avertissait à l'avance: sachez que l'enracinement a un prix. Alors on peut se demander: mais qu'est-ce que le bon Dieu nous envoie faire dans cette galère ? Pourquoi entrer
dans le réel, dans la nature, alors qu'on pourrait très bien rester dans la spiritualité ?
En vérité, il y a un enjeu, qui est celui du monothéisme intégral, comme disait. Le monothéisme implique l'unité. Or l'unité, c'est l'unité du spirituel et du matériel. Cela veut dire que Dieu est partout, et donc on ne peut pas être franchement et véritablement monothéiste sans appréhender également la dimension terrestre. Nous sommes bien obligés
finalement de prendre en main la sainteté de la terre, ou plus précisément la sanctification de la terre. Nous sommes donc bien obligés, si l'on veut véritablement vivre selon les principes dans lesquels nous avons la émouna, d'entrer sur la terre et de réaliser l'idéal de la sainteté.
Or, la sainteté est bien connue, par exemple, du Mesillat Yecharim, le Sentier de la Droiture du Ramhal, Rabbi Moshé Haïm Luzzatto, dans le chapitre 26, qui nous explique que la véritable sainteté, c'est justement l'utilisation par l'homme saint de toutes les facilités présentées par le monde. C'est-à-dire que tout ce qui relève des activités matérielles, au niveau individuel, par exemple boire, manger, procréer, et tout ce qui s'ensuit, tout cela est sanctifié du fait que
c'est réalisé par un homme saint. La fuite vers le spirituel, le spiritualisme, c'est, on pourrait dire, l'objet des hommes qu'on appelle dans la tradition tehorim, les hommes purs. Mais, comme dit le Ramhal, le tahor, l'homme pur, n'est pas encore un homme saint, un kadosh. Il doit passer de la restriction du champ de la vie, ce qui ressemble par exemple au juif de la galout ou au juif du désert, à l'élargissement de la vie, pour appréhender la sainteté.
D'ailleurs, une petite remarque que fait le Rav Kook, qui est assez surprenante, mais c'est basé sur le Zohar quand même: c'est ce qu'indique le nom de la prostituée que sont allés voir les premiers explorateurs envoyés par Josué lors de la conquête d'Erets Israël: elle s'appelait Rahav, ce qui veut dire la largeur, la largesse. C'est-à-dire qu'il y a un moment où l'on s'élargit.
Alors évidemment, cela engendre un risque, c'est le risque justement de la déchéance morale que représente Rahav. Mais c'est ça, l'enjeu: l'enjeu, c'est de relever cela. Et c'est cela que la Torah nous dit de faire quand nous entrons sur la terre d'Israël: sanctifier la culture de la terre, par exemple. Alors, pour parer à ce danger, il faut faire une sorte d'équilibre. L'équilibre, c'est d'organiser, c'est extrêmement surprenant mais c'est ce que dit la paracha,
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