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La sainteté du temps dans la paracha Emor

Pourquoi Emor relie la sainteté des kohanim à celle des fêtes, et comment les moadim sont des rencontres entre le temps de Dieu et celui des hommes.

39 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Choukat : la fin du désert et la chutzpah de la jeune génération, 42 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom et bonjour. Nous allons continuer notre étude du livre de Vayikra. Nous sommes à la paracha de Emor, la paracha de la semaine, une paracha très particulière qui traite de deux sujets a priori totalement différents. D'une part, les règles concernant le comportement des Kohanim, les règles relatives à leur service dans le Temple. La deuxième partie de la paracha, sauf un petit appendice, traite du calendrier de l'année, des fêtes de l'année. Y a-t-il un rapport entre ces deux parties ? Effectivement, on voit que la paracha est vraiment coupée en deux sections différentes: l'une parle des lois relatives aux Kohanim et l'autre des lois relatives aux jours fériés de l'année. C'est en fait le début de la fin du livre de Vayikra.

On ne peut pas être frappé par un parallèle avec le livre qui va venir, le livre de Bamidbar. Dans l'avant-dernière paracha également, la paracha de Pinchas, la paracha est à nouveau coupée en deux. Là-bas aussi, la moitié de la paracha traite d'un Kohen, Pinchas, de sa prêtrise qui lui est attribuée après son acte de bravoure, ainsi que du compte de l'ensemble des enfants d'Israël lors de la quarantième année de leur présence dans le désert.

La deuxième partie de la paracha traite des sacrifices des jours fériés. Nous avons donc deux paracha qui se ressemblent beaucoup, l'une à la fin du livre de Vayikra et l'autre à la fin du livre de Bamidbar, dans lesquelles nous avons d'abord des règles concernant des hommes saints, la sainteté de l'homme, puis des règles concernant les jours saints, c'est-à-dire la sainteté du temps.

L'image ne serait pas complète si on ne voyait pas également la paracha à venir. À la fin du livre de Vayikra, la paracha Behar Bechoukotay traite de la sainteté de la terre, les lois relatives à la Shemitah, l'année sabbatique. À la fin du livre de Bamidbar, la double paracha Matot Masé parle également de l'établissement en Erets Israël, de la sainteté, du partage de la terre et de tout ce qui s'ensuit.

Nous voyons donc que chacun de ces deux livres, Vayikra aussi bien que Bamidbar, se termine par une triple sainteté. On commence par la sainteté de l'homme, en l'occurrence le Kohen. Dans le livre de Bamidbar, c'est un peu plus que cela, c'est la sainteté de tout Israël, puisqu'on va également compter les familles d'Israël. Puis nous avons la sainteté des fêtes, du temps, aussi bien dans Emor que dans Behar. Et enfin la sainteté de la terre d'Israël, aussi bien dans Vayikra que dans Bamidbar. Nous avons donc ici une triple sainteté.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la sainteté se manifeste dans toutes les catégories de l'être: dans l'homme, dans le temps, et dans l'espace. C'est la célèbre division de tout ce qui est, de tout être, en trois catégories, que l'on retrouve déjà dans le Sefer Yetzira, le livre de la Création. Selon ce qu'on appelle dans la tradition Hachan, ce sont les initiales de Olam, Shana, Nefesh. Olam, c'est-à-dire le cosmos, dans le sens de l'espace. Shana, l'année, c'est-à-dire le temps. Nefesh, l'âme, il s'agit donc de l'homme. Il y a simplement ici probablement une allusion à cette manière de comprendre le monde.

Il faut donc comprendre chacune de ces saintetés. Entre la sainteté de l'homme et la sainteté de l'espace, nous trouvons la sainteté du temps. Sans rentrer dans de trop grandes considérations sur la définition du temps, ce qui a fait couler beaucoup d'encre chez les philosophes et chez les physiciens depuis des milliers d'années, on peut dire que le texte suggère que le temps serait la relation de l'homme avec le cosmos.

C'est-à-dire entre l'homme, entre la vie intérieure, qui est la vie humaine, et le cosmos, qui est impersonnel, qui n'a pas de visage. Le temps est la manière dont l'homme vit son existence dans l'espace. C'est pour cela que l'on commence par l'homme, que l'on finit par l'espace, et qu'au milieu nous avons une sorte de tranche, la sainteté du temps. Ce sont ces deux premiers aspects, sur les trois, que nous allons étudier: la sainteté de l'homme d'abord, puis la sainteté du temps par la suite.

Étudions tout d'abord le premier verset. Nous allons être frappés par… et je suis obligé de faire la comparaison avec ce qui se passe dans la paracha de Pinchas, la paracha parallèle dans le livre de Bamidbar. Voyons ce que dit Dieu à Moshé à propos des Kohanim. Vayomer Hachem el Moshé: Dieu dit à Moïse, Emor el Hakohanim bné Aharon: dis aux Kohanim, fils d'Aaron, Veamarta lahem: et tu leur diras. Ils ne doivent pas se souiller par une âme, sous-entendu d'un mort, chez leurs proches.

Qu'est-ce qu'il doit leur dire aux Kohanim ? Je reprends la phrase. On voit qu'il y a ici un problème de syntaxe. Dis aux Kohanim, fils d'Aaron, et tu leur diras. Mais il n'est pas dit ce qu'il faut leur dire la première fois. Il y aurait donc ici deux paroles: une première parole aux Kohanim, fils d'Aaron, qui manque dans le texte, la phrase est donc elliptique, puis Veamarta alehem, et tu leur diras de ne pas se souiller avec les morts. Il faut donc lire cela autrement. C'est comme s'il était dit, en vérité: « Et mort est la Kohanim » deux points; « bné Aharon » point d'exclamation. Dis aux Kohanim: « Ô fils d'Aharon ! »

Expliquons cela autrement: Moshé doit dire aux Kohanim qu'ils sont les fils d'Aaron. Dis-leur qu'ils sont les fils d'Aaron, et puisqu'ils sont les fils d'Aaron, cela les engage à des règles de sainteté. On voit donc ici que la source de la sainteté du Kohen est une source aristocratique. C'est parce que nous sommes les descendants d'Aaron, qui était un personnage éminent, que nous avons un rôle particulier et des règles particulières.

Bien sûr qu'ils pouvaient savoir qu'ils étaient les fils d'Aaron. Ils le savaient très bien. Il fallait leur expliquer que cela les engage à quelque chose: on leur dit que vous avez une responsabilité puisque vous êtes les fils d'Aaron. Il y a ici une différence profonde avec ce qui est écrit dans le livre de Bamidbar. Dans le livre de Bamidbar, nous avons l'exemple d'un petit-fils d'Aaron, Pinchas, qui, pour une raison très étrange, n'était pas Kohen. Il n'était pas Kohen parce qu'il n'a pas été oint comme Kohen lors de l'inauguration du Mishkan. Il aurait dû rester Lévi, et les autres descendants d'Elazar et d'Itamar auraient été les Kohanim.

Lorsqu'il pratique son acte de bravoure contre Kozbi et Zimri, Dieu lui accorde une faveur: il devient Kohen. On lui annonce qu'il va recevoir une prêtrise éternelle, Kehounat Olam. La raison pour laquelle il devient prêtre n'est pas qu'il est fils d'Aaron, mais qu'il a sauvé Israël. Nous avons donc ici une source tout à fait différente: la Kehouna, la prêtrise, aurait son origine dans la sainteté du peuple. On pourrait dire que c'est démocratique dans le livre de Bamidbar et aristocratique dans le livre de Vayikra.

Cours de Machon Meir

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