Le Déluge, une révélation et la question du temps
Les cheminées du ciel, les quarante jours, le calcul des mois et l'année manquante de Noa'h.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Riv ou Meriva : la dispute entre Avram et Lot, 56 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde. Nous continuons notre étude de Béréchit, et nous sommes au chapitre 7, qui est le chapitre Zayn. Nous allons entrer ici dans le vif du sujet, le Déluge. Nous allons analyser une partie du récit du Déluge, au chapitre 7 de Béréchit, et essayer de comprendre ce que signifie cette longue description de la pluie qui tombe,
de l'eau qui monte et de l'eau qui descend, de la pluie qui tombe pendant quarante jours et quarante nuits, de la colombe et du corbeau, tous ces éléments du récit qui sont connus mais qui ont besoin d'un éclairage. Tout d'abord, il est intéressant de voir que lorsque Noach entre dans la téva, les expressions employées par le texte sont quasiment solennelles.
Regardons par exemple au chapitre 7, verset 11, Yud Alef.
Nivkaou kol maayenot tehom rabba, sous la terre sont éventrées toutes les sources de l'abîme gigantesque. Ve'arubot hachamaïm nivtehou, les cheminées du ciel s'ouvrirent. Vous voyez qu'il y a ici, dans la manière dont c'est présenté, une sorte de formulation solennelle. C'est comme si on était devant un grand événement. Effectivement, l'événement est grand. Mais quel est cet événement ?
Les sources souterraines s'ouvrent et les cheminées du ciel sont ouvertes. Si l'on prend au sérieux ce que signifient les cheminées du ciel, cela veut dire qu'il y a eu une révélation lors du Déluge. C'est comme si le ciel s'était ouvert à ce moment-là. Nous connaissons un événement plus connu où une révélation vient du ciel: c'est le don de la Torah au Sinaï. Cela ne voudrait-il pas dire que la génération du Déluge a connu, à sa manière,
le don de la Torah ? Voyons un peu plus. Au verset 12 du chapitre 7, le texte nous dit: Vayehi haguéchem al ha'aretz, la pluie fut sur la terre, arbaïm yom ve'arbaïm laila, quarante jours et quarante nuits. Ce terme, on le retrouve lors du don de la Torah, lorsque Moshé monte sur la montagne et reste là-bas pendant quarante jours et quarante nuits pour étudier.
Nous nous rappelons l'enseignement des Sages du Talmud, qui dit que lorsqu'il est question d'eau dans les allégories prophétiques, il s'agit de la Torah: Ein maïm éléa Torah. Il semble donc que la génération de cette époque était apte à recevoir la Torah dans son être, mais comme il y avait un manque au niveau de la moralité, au niveau du comportement, la Torah est devenue de l'eau. C'est pour cela que cette génération n'a pas pu supporter la révélation.
Mais il en reste quand même quelque chose. Nous savons qu'après le Déluge, il y a eu un développement, ce qu'on appelle les sept lois noachides, Cheva mitsvot bné Noa'h. Cela veut dire qu'il y a eu une sorte de manifestation dans l'histoire de l'humanité de la volonté de Dieu, qui s'est manifestée dans la famille de Noach, qui était dans l'arche à ce moment-là. Il en est donc resté quelque chose. Même si toute la génération a disparu,
il y a eu quand même, pour la première fois dans l'histoire, une révélation à l'ensemble de l'humanité par le Créateur. En fait, cela va beaucoup plus loin, car cela voudrait dire que Moshé devait être présent au temps du Déluge.
Nous avons à ce propos un texte dans le Talmud, dans Meguila, qui se demande où est-ce que Moshé est écrit dans la Torah: Moshé min hatora minayin. D'où savons-nous l'existence de Moshé dans la Torah ? Question extrêmement étrange, puisque Moshé apparaît des centaines, peut-être des milliers de fois dans le texte biblique. Le pire encore, c'est la réponse que donne le Talmud. Le Talmud cherche un verset dans la paracha de Béréchit. Deux chapitres avant, lorsque Dieu annonce qu'il va faire le Déluge, au chapitre 6, verset 3,
Vayomer Hachem lo yadon ruhi ba'adam le'olam, Dieu dit: mon esprit ne sera pas patient pour l'homme à tout jamais. Beshagam, hou basar, car il est fait de chair. Ve'ayu yamav me'a ve'esrim shana, il ne vivra que cent vingt ans. Le Talmud nous dit que c'est là qu'il y a une allusion à Moshé. Moshé a vécu cent vingt ans, et Beshagam, le mot en hébreu, a la même valeur numérique que le nom de Moshé.
C'est comme si le Talmud se posait la question de savoir comment il est possible que l'humanité entière échoue sans qu'on lui donne la possibilité d'avoir un sauveur. Or Moshé est le sauveur de sa génération. Il fallait donc que Moshé soit présent. Mais ce Moshé-là a été comme englouti par l'eau du Déluge. Plus tard, nous retrouvons le même Moshé, à une époque où l'ensemble des enfants hébreux sont jetés dans les eaux du Nil, et il y en a un qui est sauvé dans sa petite arche: c'est Moshé enfant.
C'est comme si l'histoire du Déluge et celle de Moshé se répondaient. Nous avons donc la question de savoir comment s'est passée cette révélation lors du Déluge. Je reprends ici le chapitre 7, et je veux à nouveau me concentrer sur le verset 11, Yud Alef.
Lorsque la Torah nous dit que le Déluge a commencé à se produire le dix-septième jour du deuxième mois, se pose à nouveau la question: deuxième mois à partir de quel premier ? Quel est le premier mois que nous comptons ? À ce propos, nous avons deux opinions, ramenées par Hachem, qui se trouvent déjà dans la Guemara. L'une est celle de Rabbi Eliezer, qui considère que le premier mois est Tichri, et donc le deuxième dont il est question est Marheshvan.
La deuxième opinion, celle de Rabbi Yehoshoua, considère que le premier mois est Nissan, et donc le deuxième mois est Iyar. Jusque-là, tout va bien. Dans notre étude, nous allons considérer l'opinion de Rabbi Eliezer: le premier mois est Tichri, et le deuxième est Marheshvan. Le Déluge aurait donc commencé au mois de Marheshvan. Mais par la suite, les choses se compliquent lorsque nous arrivons au chapitre 8, verset 4.
Je prends ici le verset 4 du chapitre 8. Et quel est ici le septième mois ? Rachi nous dit: c'est le mois de Sivan. Or le mois de Sivan n'est pas le septième mois à partir de Tichri. Il est le septième mois à partir de Kislev.
Rachi nous dit que c'est le septième mois à partir du moment où la pluie a cessé, car c'est à ce moment-là que la pluie a cessé de tomber. Donc, à partir du moment où la pluie a cessé, il faut encore compter sept mois jusqu'au moment où la téva, l'arche, s'est posée sur les monts d'Ararat. C'est bizarre qu'ici on compte à partir d'un autre mois.
Je passe au verset juste après, le verset 5: Ad hachodesh haasiri, jusqu'au dixième mois. Be'hasiri be'ehad lahodesh, lors du dixième mois, le premier du mois, nir'ou rochei harim, les sommets des montagnes sont apparus. Quel est le dixième mois ? Rachi va nous surprendre une nouvelle fois: c'est le dixième mois à partir de Marheshvan, où la pluie a commencé à tomber. C'est donc une troisième manière de compter les …
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