Le premier jour de Pessa'h, convocation de sainteté
Pourquoi la Torah dit « pour vous » seulement à Pessa'h, et ce que cela dit de notre part dans la libération.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Parachat Pinhas (07/07/15), 52 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, nous continuons notre exploration du livre de Bamidbar. Comme on l'a vu dans la paracha de Choukat, la semaine dernière, on arrive dans la dernière partie du livre. Rappelez-vous les derniers mots de la paracha de Choukat: Al Yarden Yerecho.
C'est la première fois qu'apparaît cette expression, très belle en hébreu: sur les rives du Jourdain, en face de Jéricho. Tout se passe comme si on était déjà en train de sentir, puisqu'il y a, comme on l'a vu, des odeurs très particulières à cette bonne ville de Jéricho, de fleurs d'oranger en particulier, ou de dattes, de palmiers, Ir Hatemarim, etc.
Donc, depuis la paracha de Choukat (qui n'est pas la semaine dernière, mais, merci de me le faire remarquer, il y a déjà deux semaines), on est entré dans la troisième et dernière partie du livre de Bamidbar, et on est déjà sur les rives du Jourdain. Pas seulement géographiquement. On est habitué au fait que les expressions bibliques ne sont pas seulement des expressions dans le monde concret, géographique, mais aussi dans le monde allégorique et spirituel. Les deux ensemble, d'ailleurs, pas l'un sans l'autre.
Dans la paracha de Pinhas qui nous occupe aujourd'hui, il se passe évidemment énormément d'événements, et on n'a pas le temps de parler de l'ensemble de la paracha. On va choisir un enseignement qui me semble presque conclure déjà. Le livre, bien qu'il existe encore les deux parachiot de Matot et Massei pour le terminer, le livre de Bamidbar se conclut déjà dans la paracha de Pinhas. Il y a toutes sortes d'éléments qui vont nous permettre de terminer ce passage nécessaire du désert, dont on a longuement parlé dans les parachiot précédentes, et qui va nous permettre d'accéder
à ce qui est, de fait, le livre de Devarim, qui annonce véritablement l'entrée dans le pays de Canaan, dans le pays d'Israël. Dans notre paracha, à la fin, il y a pour la deuxième fois dans le Pentateuque, dans le Chumach, l'énumération des fêtes du calendrier, des jours qu'on appelle Zmanim Mekoudashim, les jours à part.
Les jours particuliers, les jours sanctifiés. Kadosh, cela veut dire mis à part, séparé, autre. Il y a les jours ordinaires, yemei hol, et il y a une catégorie de jours particuliers: le Chabbat, qui est une incursion dans le temps de ce monde-ci, du monde qui vient. Tout se passe comme s'il y avait ici un temps extraterritorial, je ne sais pas si on peut dire comme ça. Cela s'appelle le Chabbat. Tous les sept jours, de façon récurrente. Et puis il y a un temps que l'on appelle Moed. Moed, ce sont des jours de fête particuliers dans l'année qui sont, comme on va le voir, au nombre de six plus un. Six qui font sept.
Là encore, une structure que nous connaissons un peu. Ces jours particuliers de l'année, on les appelle Moed, et tout de suite une petite analyse des termes. Moed veut dire fête, mais du point de vue étymologique, il faut se rappeler ce que veut dire vaad, comme dans Beit Vaad LaChachamim, que dit la Michna de Pirké Avot: que ta maison soit un lieu de rassemblement des sages. Qu'est-ce que vaad ? Une réunion, une concertation. Donc moed, bien sûr, veut dire fête, mais une fête, dans la langue hébraïque, c'est un temps de rendez-vous, de concertation. J'ai rendez-vous avec une certaine dimension de la révélation divine dans le temps.
S'il s'agit par exemple du temps de Pessah, dont nous allons parler plus particulièrement ici, vous allez voir pourquoi. Ce jour-là, le 15 du mois de Nisan, j'ai rendez-vous, tout Israël a rendez-vous, avec un temps de libération, un temps qui correspond à ce qui a commencé à se révéler sur le plan historique au moment de la sortie des Hébreux.
De la matrice égyptienne, mais de façon générale pour toutes les générations à venir, puisque nous sommes encore en train de… Et là je vous demande d'entrer très rapidement dans une mentalité hébraïque, celle de la Bible. Pourquoi faut-il encore fêter l'événement de la sortie d'Égypte ? Il faut d'abord justifier la question, car chez les nations, dans les religions, il y a bien sûr des commémorations. Qu'est-ce que c'est qu'une commémoration ? Eh bien, on se rappelle que lorsque nos ancêtres…
Alors, c'est ça, Pessah ? Non, ce n'est pas ça, Pessah. En tout cas, ce n'est pas d'abord cela, et ce n'est pas finalement cela. Je veux dire par là: Zekher. Vous connaissez l'expression: Zekher litzi'at Mitzrayim. Qu'est-ce qu'un zekher, que l'on traduit par souvenir ? Ce n'est pas un souvenir. On ne se prend pas la tête entre les mains en essayant de se rappeler ce que mon arrière-grand-père m'a raconté, qu'il avait entendu de son arrière-grand-père. Ça ne fait pas de mal de se raconter cela, d'ailleurs ça peut aider, mais ce n'est pas ça, Zekher litzi'at Mitzrayim.
Zekher litzi'at Mitzrayim, très exactement, c'est ce qu'on disait à l'instant: ce temps qui apparaît le 15 Nisan, qui est révélation de Dieu comme vertu de libération dans le monde, de toutes les libérations, de tous les types d'esclavage, cette occurrence dans le temps, cela s'appelle le 15 Nisan. Cela s'appelle Zekher litzi'at Mitzrayim. Il y a eu un instant zéro de l'apparition de cette valeur dans le monde. C'est le moment de la sortie d'Égypte de nos ancêtres, de notre arrière-grand-père.
Mais pourquoi fêtons-nous, commémorons-nous aujourd'hui cet événement ? Je vous donne là un enseignement que l'on trouve en particulier dans le Maharal de Prague: c'est parce que cet événement n'est pas terminé, n'est pas achevé, n'est pas perfectionné. Il y a encore de l'esclavage, entre guillemets. Je sais qu'aujourd'hui, en France, il y a un renouveau de la discussion concernant l'esclavagisme. Quand je parle d'esclavage, je parle en hébreu en français, comme d'habitude: je parle de formes d'assujettissement, d'asservissement, de dépendance. N'est-ce pas ? Y compris la dépendance psychologique, intellectuelle, et toutes ces formes de dépendance vont être battues en brèche, je ne sais pas comment dire, vont être frappées, le 15 Nisan, par l'apparition de la valeur liberté dans le monde. Cette valeur a eu son instant zéro, son origine, au moment de la sortie des Hébreux d'Égypte. Rappelez-vous: aucun peuple n'est jamais sorti de la gangue, du camp de concentration qu'était l'Égypte antique.
Et lorsque le peuple d'Israël a fait une brèche dans cette prison, dans tous les sens du mot, alors tous les peuples qui étaient prisonniers là-bas, nous dit le Midrash, se sont engouffrés dans la brèche, et c'est Israël qui a donné au monde entier la dimension de liberté vraie. Mais cela signifie que Zekher litzi'at Mitzrayim n'est pas un souvenir où, au présent, je pense à ce qui s'est passé dans le passé. C'est un passé qui fonde mon existence présente pour créer un avenir de libération définitive, qui me permettra, le moment venu, de ne plus fêter Pessah.
Est-ce que vous avez compris ? Puisque quand est-ce qu'on va cesser ? Comme dit le Midrash, comme le dit Maïmonide lui-même, viendra un temps où toutes les fêtes du calendrier seront annulées. Sauf Pourim, ce n'est …
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