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Le diagnostic moral selon Maimonide, troisième chapitre

Comment reconnaître, à ses actes, un homme en bonne ou en mauvaise santé morale.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La volonté, siège de la responsabilité morale selon le Rambam, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Vous y êtes ? Perek Chéni: nous sommes dans le troisième paragraphe, celui qui commence par les mots Oumna Mamaalot. Vous y êtes ? Au deuxième chapitre. Voilà, tu y es. Au troisième paragraphe, celui qui commence par Oumna Mamaalot. Donc, le sujet du livre, c'est quoi ? La morale, n'est-ce pas ? La morale, c'est… La science, la sagesse, qui traite du bien et du mal. Ça, c'est bon. Nous savons que la morale n'est possible que là où il y a liberté. Et il faut donc savoir quelles sont, parmi les cinq parties du Nefesh, celles qui sont libres. Nous avons découvert qu'il y en a trois: le Sikhli, le Mit'horer et le Margish. En français: l'intellectuel, l'émotif et le sensitif. Par contre, il y a deux parties qui ne sont pas libres: la partie imaginative et la partie nutritive.

Et donc, quand on dit de quelqu'un qu'il est méritant ou méritoire, c'est par rapport aux trois parties libres. Par exemple, quelqu'un qui est intelligent, qui a des connaissances, qui étudie, on dit: c'est très bien, celui-là a des qualités intellectuelles. Et si c'est un flemmard au niveau de l'étude, qui n'étudie pas bien, qui ne veut pas savoir, on dira qu'il a des défauts au niveau intellectuel, c'est-à-dire au niveau de la cinquième partie du Nefesh.

Qu'en est-il des midot, c'est-à-dire les vertus et les vices, comme on dit en français ? C'est, par exemple, la colère ou la tranquillité, l'orgueil et l'humilité, la joie et la tristesse, la paresse et le zèle, etc. Tout ça appartient à quelle partie ?

— Au Mit'horer.

Voilà, c'est dans le Mit'horer, qui est la quatrième partie, évidemment, la partie émotive. Ta question me laisse supposer que tu n'étais pas aux derniers cours ?

Bon. Le Mit'horer, c'est l'émotif. Et le Margish, c'est le sensitif. En hébreu moderne, on ne dirait pas comme ça: pour Mit'horer, on dirait Regachot, et à la place de Margish, on dirait Rouchim. Les émotions.

Les cinq parties de le Nefesh, toutes les cinq ? Les nommer ?

Oui: il y a le Zan, le Margish, le Medamé, le Mit'horer et le Sikhli. Traduction: Zan signifie le nutritif, c'est-à-dire tout ce qui relève de la physiologie du corps. Le Margish, c'est le sensitif, donc les cinq sens, comme on dit en français: la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher. Il y a le Medamé, qui est l'imaginatif, c'est-à-dire la mémoire et l'imagination. Tout ça appartient au Medamé. La quatrième partie, c'est ce qu'on appelle le Mit'horer, c'est-à-dire les motifs, là où se situent les émotions, ou, de manière générale, les qualités et les défauts moraux, les vices et les vertus, comme vous voulez. Et la cinquième partie, c'est le Sikhli, l'intellectuel: c'est là qu'il y a les qualités intellectuelles. C'est tout simple.

Je reviens au troisième paragraphe. Oumna maalot, mais pour ce qui est des qualités. Il y a des qualités chez les hommes. Maalot, ce sont des qualités.

— Pourquoi ? Tu vas penser autrement ?

Oui, ça peut vouloir dire également degré, mais ici ça veut dire qualité. Il y a toujours un problème de traduction: l'hébreu employé ici n'est pas l'hébreu habituel. C'est un hébreu médiéval, inventé par la famille Ibn Tibbon. Les Tibbonides étaient les habitants de la ville de Lunel, en Provence. Tu te souviens, toi ? On peut lire ? Effectivement, c'est vraiment la porte à côté.

Les sages de Lunel, la famille Ibn Tibbon, ont innové dans l'hébreu du Moyen Âge, et ce sont eux qui ont traduit, entre autres, ce texte que nous lisons. Le texte est écrit à l'origine en arabe. Il y a d'ailleurs une épître très importante que le Rambam a écrite au sage de Montpellier. Elle est connue, mais dans les anciennes éditions il est écrit qu'il l'avait envoyée au sage de Marseille. La vérité, c'est qu'elle a été envoyée au sage de Montpellier.

Il y a également une équipe de football remarquable à Montpellier, n'est-ce pas ?

— Montpellier ?

Montpellier, oui.

— Marseille.

Marseille, surtout. Si c'est Marseille, c'est mieux. Enfin, dans ma jeunesse, c'était Montpellier. Saint-Étienne, Saint-Étienne. Voilà.

Je reviens donc ici. Oumna maalot, mais pour ce qui est des qualités: en vérité, il y en a de deux sortes, maalot hamidot, les qualités de comportement, les qualités des midot, ou maalot sikhliyot, les qualités intellectuelles. Il y a donc aussi deux sortes de défauts: des défauts au niveau du comportement, les vices, et des défauts intellectuels. Le Rambam va nous donner d'abord la liste des qualités intellectuelles. On commence par ça: Oumna maalot sikhliyot hem notsa'ot lachelek hasikhli. Les qualités intellectuelles se trouvent dans la partie intellectuelle. C'est presque une lapalissade. Mais il va nous en donner trois exemples.

Premièrement, la sagesse, Hachokhma. C'est quoi, la sagesse ? Vehi, c'est-à-dire yediat sibot arokhot vekarovot, la connaissance des causes lointaines et proches, ahar yediat metsi'outa davar asher hakrou sibotav, après la connaissance de l'existence de la chose dont on recherche les causes. C'est simple, non ? Ce n'est pas très compliqué en vérité, c'est simplement le langage qui est un peu lourd. Ce que dit le Rambam: la sagesse, c'est de savoir la cause des choses. Et c'est quoi, la cause des choses ? Il y a deux sortes de causes: des causes proches et des causes lointaines. Par exemple, la cause de l'orange, c'est l'oranger. Mais la cause lointaine, ce sont les nécessités économiques: pourquoi a-t-on planté des orangers ? Parce que quelqu'un voulait gagner de l'argent. Il y a donc une nécessité économique qui est la cause lointaine de cette orange.

Ce qu'on disait au Moyen Âge, c'est que vraiment connaître quelque chose, avoir la sagesse de quelque chose, c'est savoir les causes de la chose: connaître la chose par ses causes. Les tenants et les aboutissants. Mais, évidemment, tout cela après avoir pris connaissance de l'existence de la chose. Si les oranges n'existaient pas, ça ne servirait à rien de connaître leur cause. Comme les oranges existent, il faut savoir quelles sont leurs causes. C'est ça, avoir la sagesse. Les oranges, c'est un exemple; on aurait très bien pu dire les petits pois.

Les causes sont certainement multiples. Selon Aristote, il y a quatre sortes de causes pour chaque chose: la cause formelle, la cause matérielle, la cause efficiente et la cause finale. En hébreu, cela s'appelle Poel, Homer, Tsoura, Tachlit. C'est très simple. Prenons une chaise. La cause efficiente, c'est ce qui a fait la chaise: le menuisier est la cause efficiente de la chaise. La cause matérielle, c'est le bois dont elle est faite. La cause formelle, c'est ce qui fait que la chaise est une chaise, c'est-à-dire qu'elle a un plan et quatre pieds; sinon, ce ne serait pas une chaise. C'est ce qu'on appelle la cause formelle. Et la cause finale, c'est la raison pour laquelle il y a des chaises: on veut s'asseoir. S'il n'était pas nécessaire de s'asseoir, il n'y aurait pas de chaises dans le monde.

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