Maïmonide : l'âme humaine et la liberté morale
Les cinq parties du nefesh, passage de la puissance à l'acte, et ce qui relève ou non de notre liberté.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Maïmonide : la prophétie et la cloison des vertus, 51 min
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Shalom à tous. Nous continuons notre étude, après une longue interruption. Nous étudions les Chemonah Pérakim, le texte de Rambam, et nous sommes, je crois, au deuxième chapitre. Alors vous vous rappelez à quoi sert le Chemonah Pérakim ? C'est un livre qui sert à déterminer les bases théoriques de la morale, c'est-à-dire la science du bien et du mal.
Il y a, par exemple, dans la Torah écrite, beaucoup d'instructions concernant les midot, ce qu'il faut faire. Mais quel est le fondement théorique sur lequel repose la morale de la Torah ? Ce n'est pas écrit dans la Torah, et c'est pour cela que Rambam a écrit ce qu'on étudie. Dans les cinq premiers des huit chapitres, il traite de toutes les bases nécessaires pour que la morale soit possible. Les chapitres 6, 7 et 8 sont des questions auxiliaires, subsidiaires, sérieuses. Et là, nous sommes donc encore dans les fondements de la morale.
Le chapitre numéro 1 a pour objet d'établir l'idée que l'âme humaine est une: nefesh ha-adam hi ahat. C'est-à-dire qu'il est important de savoir que nous sommes une seule entité, nous ne sommes pas formés de plusieurs entités.
Par exemple, on pourrait me demander: pourquoi t'es-tu mis en colère ? Et je répondrais: « Moi, je ne suis pas en colère, beaucoup. C'est ma partie, mon âme colérique, coléreuse, qui s'est mise en colère. Mais mon âme intellectuelle, elle est restée totalement froide. » Il y a donc ici deux personnes, c'est ce qui est prévu. Vous voyez, par exemple: si tu n'as pas mangé de viande, ce n'est pas grave, c'est mon estomac qui n'a pas mangé de viande. Ma pensée, elle, est restée pure.
Le deuxième point, c'est que l'âme humaine, qu'on appelle en hébreu nefesh, n'est pas entièrement achevée. Elle doit faire un travail sur elle-même pour se compléter. Et là nous avons cinq parties. Nous avons cinq parties du nefesh, et ces cinq parties sont une base, un substrat pour quelque chose de supérieur qui doit se manifester.
Quelles sont les cinq parties du nefesh ? Vous vous rappelez des noms ? Zan, Maargich, Medameh, Mitoreh, Sekhli. En français, oui. Le nutritif, exactement. Nous avons donc cinq parties. Ces cinq parties sont en puissance, elles ne sont pas en acte. Il faut les faire passer de la puissance à l'acte. C'est alors que l'âme humaine vaut quelque chose. Sans, elle ne vaut rien. D'accord ?
Si vous voulez, on va employer plusieurs terminologies pour mettre les choses au clair. La terminologie employée par Rambam ici, c'est qu'il y a d'abord le nefesh, et le nefesh doit attirer le da'at, la connaissance. Dans d'autres endroits, Rambam parle du nefesh et du sourat ha-nefesh. Dans d'autres textes encore, Rambam appelle nefesh ce qu'il appelle ici nechama, et ce qu'il appelle ici da'at, il l'appelle là-bas nefesh. Les termes s'interchangent.
Chez les kabbalistes, c'est le contraire. La partie inférieure, première donnée, substrat, s'appelle nefesh. Et la partie supérieure s'appelle, chez les kabbalistes, neshama. La terminologie aujourd'hui courante, c'est celle des kabbalistes, c'est-à-dire celle à laquelle nous avons l'habitude de nous référer.
Tout cela est très joli, c'était le sujet de la première partie du premier chapitre. Maintenant nous passons au deuxième chapitre. Il traite d'un problème beaucoup plus vaste, plus centré sur le sujet: la liberté.
Parce qu'il n'y a pas de morale sans liberté. Si on me demande, par exemple: pourquoi as-tu mangé tel aliment interdit ? Du porc, pas du chevreau. Dieu nous en préserve. Ou pire encore, du sanglier. C'est absolument horrible, on répond à un juif qui mangerait du sanglier.
Vous dites: « Mais je n'avais pas le choix. » Cet argument est-il valable ? Il ne l'est pas, parce que, rien que le fait de voir, c'est une donnée. On n'est pas responsable de ce qu'on voit, sans quoi on ne voit pas. Mais qu'est-ce qu'on fait avec cette donnée ? Ça, ça dépend de nous. Nous sommes libres. C'est sûr que, si on nous dit de manger, nous ne sommes pas obligés de manger. La consommation est libre.
Maintenant, si on me dit: tu as mangé un sanglier, non seulement tu l'as mangé, mais en plus tu l'as également digéré, tu n'as pas honte ? La réponse sera non. Et de bonne émouna, je n'ai pas honte, parce que la digestion, c'est quelque chose sur lequel je n'ai pas de liberté. Il est donc très important de savoir, quand nous parlons de morale, donc de bien et de mal, quelle est la partie de l'être dans laquelle on peut parler de liberté, et dans quelle partie on ne le peut pas. Savoir où la question morale se pose, et où elle ne se pose pas.
Comme nous avons cinq parties du nefesh, il va être important de définir laquelle des cinq parties est libre et laquelle ne l'est pas. C'est ça le sujet du deuxième chapitre. Il y a des questions ?
— Très bien. Tu as bien compris la question. Tu as dit que tu as compris que dans le nefesh il y a cinq parties. Absolument. Une des cinq parties, c'est le zan, et elles sont également au niveau du nefesh. D'accord ? Il y a autre chose ?
Nous parlons donc de cinq parties. D'une part, la partie nutritive, c'est-à-dire ce qui sert à la nutrition. La deuxième, c'est le zan, et la deuxième partie, c'est le maargich, en français la sensibilité, la connaissance sensorielle. La troisième partie, c'est ce qu'on appelle l'imagination, qui concerne l'imagination et la mémoire. La quatrième partie, ce sont les ota'ot, c'est-à-dire les émotions. Et la cinquième partie s'appelle sekhli, la partie intellectuelle.
Ce sont les cinq parties. Et ce qui nous intéresse vraiment, c'est que ces cinq parties ne sont qu'un seul moyen par lequel doit se manifester la connaissance. Je ne vais pas vous dire ce qu'il y a d'autre, parce que là, tout le monde s'y retrouve. Maintenant, comme nous avons cinq parties, ce qui va nous intéresser, c'est de savoir laquelle des cinq est libre, et de faire ce qu'elle veut. Par exemple, comme je l'ai dit tout à l'heure, je ne suis pas libre d'utiliser ou non mon imagination. Ça ne dépend pas de moi. Je suis libre, en revanche, d'essayer de bien l'utiliser.
À quelle partie de moi appartient alors mon rêve ? Est-ce que je suis responsable de mes rêves ? Non. Vous voyez bien qu'il y a une partie qui est libre et une partie qui ne l'est pas. Et ce que Rambam va essayer d'expliquer, c'est quelle partie est libre et quelle partie ne l'est pas. Dans les parties qui ne sont pas libres, il n'y a pas d'enjeu moral. Dans les parties libres, il y a un enjeu.
— Très bien, c'est génial. Vous voyez que ça valait la peine de répéter ?
Donc j'ai de mauvaises pensées, j'ai l'initiative de mauvaises pensées. Ensuite, je rêve de ces mauvaises pensées. Ça, c'est vrai. Mais, de ce point de vue, le cerveau qui rêve n'est pas différent de l'estomac qui digère. D'ailleurs, je n'avais pas le droit d'introduire du sang. Une fois …
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