Le libre arbitre selon le Ramhal : se connaître pour choisir
Comment l'étude de la Torah permet à l'homme d'être fidèle à sa nature et de s'éveiller à l'inspiration.
Rav Yehoshoua Zuckerman
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Je vais un peu résumer. Nous sommes en train d'essayer de comprendre le libre arbitre, et nous le faisons en expliquant ce qu'est l'étude de la Torah. La raison est simple: le libre arbitre, nous l'avons déjà dit, je résume un peu ce que nous avions dit, consiste à étudier ou ne pas étudier.
C'est ça, le libre arbitre. C'est-à-dire que l'homme a une volonté qui n'est pas la sienne. Cette volonté est la volonté du Créateur qui est en lui. Comme dans toute autre créature, c'est Dieu qui nous veut. Et Sa volonté persiste en nous, et donc nous existons. S'il y a un moment, un instant, où Il ne nous veut plus, nous disparaissons. Le néant.
C'est pour ça que nous appelons Dieu Avaya, l'Être, car nous existons de Son être. Son être est en chaque créature. Cette infinité, cet existentiel infini, qui est ce qu'on appelle l'absolu divin, n'est pas une image de notre esprit, quand nous nous représentons Dieu dans les cieux; cet être-là est une réalité si présente ici. Donc la émouna d'Israël
Ce qu'on appelle en bref la Chekhina, ou l'immanence. L'immanence, pour être plus clair, veut dire qu'Il est présent, qu'Il est immanent, et cette immanence fait que toutes les créatures vivent de cette présence. C'est pas clair ? La différence entre l'homme et les autres créatures, c'est donc cette présence divine qui est dans toutes choses, qu'on appelle la nature.
C'est la nature de tout être, bien déterminée, décidée par cette volonté, que ce soit une plante, un animal ou un homme. Cette volonté, donc cette nature, chez l'homme, est passive. Elle ne régit pas l'homme. L'homme n'est pas déterminé par cette nature. Il a une certaine liberté d'être fidèle à cette nature.
Et être libre, c'est l'étude.
Tout ça, c'est la même chose. Ça dépend de nous d'être nous-mêmes, donc d'être libres. Nous avons donc ce libre arbitre, ce choix d'être libres ou d'être esclaves, d'être nos propres maîtres. Qu'est-ce que ça veut dire, ne pas être maîtres nous-mêmes ? Ne pas être fidèles à notre nature. J'ai essayé de bien déterminer les choses: de prime abord, on nous impose notre nature. À ce niveau-là, nous ne sommes pas libres, nous sommes comme toute créature. Mais réaliser cette nature qui est en nous, cette étude qui va diriger toutes nos façons d'être, cela dépend de nous. De quelle façon ça dépend de nous ? C'est de nous connaître nous-mêmes, ou de nous ignorer.
Donc le but de l'étude qui nous importe, ce n'est pas d'avoir de grandes sciences sur le monde, toutes les lois magnifiques que Dieu a mises dans le monde. Ça, ce n'est pas l'étude qui nous intéresse. C'est secondaire.
Ce qui nous intéresse, c'est d'être nous-mêmes. Pour être soi-même, il faut se connaître. C'est la façon dont l'homme peut être libre: se connaître. Une fois qu'il se connaîtra, qu'il connaîtra ses lois naturelles, les moindres détails, comment cette nature dirige cette vie, alors seulement il pourra choisir. Si je ne me connais pas, je suis dans l'abandon, je suis dans le vagabondage, je suis nulle part. Je ne suis pas moi-même, et je ne suis pas quelqu'un d'autre non plus. La seule façon d'être moi-même, c'est de me connaître, et alors je peux décider, d'après ce que je connais de moi-même. Si je ne me connais pas, il n'y a pas de choix: je me laisse vivre d'après ce qui me vient, sans que ce soit fidèle à ma nature.
J'ai repris les choses. Le libre arbitre, c'est qu'il y a en nous une lutte constante entre deux possibilités: se connaître ou ne pas se connaître, c'est-à-dire étudier ou ne pas étudier. Celui qui n'étudie pas est en roue libre, il est nulle part. C'est ce qu'on appelle en hébreu hefker: il vagabonde. Celui qui va se connaître, comment va-t-il arriver à se connaître ?
Encore une fois, la nature humaine ne peut pas nous donner une réponse à cela. On ne peut se connaître que si celui qui a voulu notre nature nous l'explique, nous l'enseigne. C'est ce qu'on appelle la prophétie, ou un autre terme, beaucoup plus large: le rêve. Le mot rêve a cet avantage qu'il est le plus proche de nous, parce que nous rêvons chaque nuit. L'homme doit donc développer en lui
cette faculté de rêver. S'il ne rêve pas, s'il ne développe pas cette faculté de recevoir cette science divine, cette science qui veut nous indiquer qui nous sommes, alors il n'a pas de possibilité de savoir, puisqu'il est dans son cercle. C'est un cercle vicieux. Car sa façon de se comprendre, son entendement rationnel, n'est pas capable de savoir quelle est sa nature.
Il faut donc techniquement développer cela par l'étude. Quelle étude ? L'étude de la prophétie. C'est pour ça que le livre du Kouzari, le Rav Yehouda Halevi, commence par le rêve du roi. Le Rav Yehouda Halevi dit à l'humanité: sachez ce que c'est que le rêve, développez le rêve, essayez de comprendre cette science qui vient de l'intérieur de notre nature.
Et la seule façon de recevoir des enseignements qui viennent de la source même de celui qui nous a créés... Si tu n'es pas capable d'arriver à ce niveau-là, et que tu te deviens naturel de toi-même, alors au moins nous avons reçu au Sinaï cette prophétie au niveau du peuple. Et ça, c'est la Torah. D'accord ?
La Torah, en fin de compte, c'est l'enseignement que le peuple tout entier a reçu, dans une certaine circonstance historique, il y a 3320 ans, au Sinaï: cette révélation, cette prophétie, ce rêve qui lui enseignait quelle est notre nature au niveau du peuple. Les mitsvot ne sont donc pas des actes individuels de chacun de nous, puisque chacun est différent de l'autre. Les mitsvot sont les enseignements qui disent comment être fidèle à notre nature en tant que juif, en tant que peuple.
Ok, j'écoute. Tu as raison, tu as raison. Il faut donc, en d'autres termes, développer notre nature. Pour y arriver, il faut développer cette faculté, et cette faculté se développe en étant d'abord fidèle, en se conduisant naturellement comme le peuple se conduit. Nous avons donc reçu ici un enseignement commun à nous tous, en tant que juifs. Nous allons respecter les 613 commandements, mais surtout pas seulement les actes: c'est surtout l'intériorité des actes. Nous avons étudié les sens des actes, qu'on appelle Taamé hamitsvot. Nous avons essayé d'étudier non seulement la Michna et la Guemara.
C'est le premier stade, cela peut prendre 10 ou 15 ans, pour arriver au stade plus élevé, celui de comprendre l'intériorité des mitsvot, ce qu'on appelle le Zohar. Quelqu'un qui est arrivé à un niveau d'étude tellement élevé, en étudiant la prophétie de Moshé Rabbénou, de Rabbi Akiva, de Rachi, d'un enseignement de 3300 ans, cette étude-là va l'amener à être lui-même tellement élevé qu'il sait.
— Vous avez donné l'exemple du Kouzari, qui, lui, n'avait pas cette étude derrière lui.
D'accord, d'accord. Quand tu es perturbé par ton rêve, et que ce rêve te revient sans cesse, toujours avec le même message, alors …
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