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La Syrie après la chute d'Assad, selon Fabrice Balanche

L'effondrement de l'axe iranien, le rôle d'Israël et les fractures qui menacent le nouveau pouvoir à Damas.

1 h 18

Ensuite : L'attaque mondiale contre le peuple juif, Shmuel Trigano, 9 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue pour un nouveau Zoom du Centre BEGIN. Nous avons l'honneur de recevoir ce soir Fabrice Balanche. Fabrice Balanche est expert en géopolitique, spécialiste reconnu du Moyen-Orient, notamment de la Syrie, du Liban et de l'Irak. Dites-moi si je dis des bêtises, vous êtes agrégé de géographie, docteur en géographie politique.

Maître de conférences à l'Université Lyon 2 depuis 2007, vous êtes ancien responsable de l'Observatoire urbain du Proche-Orient à l'IFPO, directeur du GREMO, chercheur dans deux think tanks américains. Vous êtes auteur de nombreux livres, notamment récemment, en 2024, de Les leçons de la crise syrienne, qui a reçu le prix du livre de géopolitique.

Vous êtes contributeur régulier dans de nombreux journaux et revues universitaires. On vous a sollicité ce soir pour nous parler d'un sujet qui préoccupe tous les Israéliens et, de manière générale, beaucoup de gens à travers le monde: la Syrie, les nouveaux défis après la chute du régime de Bachar el-Assad.

Je vous remercie une fois de plus d'avoir accepté de vous rendre disponible pour le Centre BEGIN, et je vous donne la parole.

Merci, M. Haddad. Bonjour à tous. Je remercie le Centre BEGIN de m'avoir invité pour cette conférence. Je vais vous parler ce soir de la Syrie, des nouveaux défis qui concernent ce pays après la chute de Bachar el-Assad.

Et surtout, quel est le devenir de ce pays avec l'affaiblissement de l'axe iranien ? Jusqu'en décembre 2024, la Syrie faisait partie, comme vous le voyez sur cette carte, de ce qu'on appelle l'axe iranien, que certains appellent le croissant chiite. Moi, je préfère appeler ça l'axe iranien: Liban, Syrie, Irak, sous contrôle de l'Iran.

La Syrie était un cas un peu particulier, parce que c'est un pays en grande majorité sunnite. Plus de 70 % de la population est sunnite. Les chiites représentent 1 % de la population.

Si vous ajoutez les Alaouites, 10 % de la population, ça ne représente quand même pas une population très importante. Le régime iranien s'appuyait donc évidemment sur celui de Bachar el-Assad, lui-même alaouite, pour contrôler le pays.

Pendant la guerre civile, vous avez bien vu qu'il avait envoyé des dizaines de milliers de combattants: des combattants iraniens, des Pasdaran, mais aussi des miliciens chiites irakiens, des Afghans, les fameux Hazaras, cette minorité chiite afghane réfugiée en Iran, qui était envoyée en Syrie pour soutenir le régime, et bien sûr le Hezbollah libanais, qui prêtait main-forte au régime syrien.

Sans, évidemment, les 50 000 miliciens chiites fournis par l'Iran, plus le secours de l'aviation russe, puisqu'en 2015 le régime syrien était quand même au bord de l'effondrement, mais grâce à l'intervention directe de la Russie, il a pu survivre. Eh bien, sans ces 50 000 miliciens, sans l'aviation russe, le régime ne tenait qu'à un fil.

Ce qui s'est produit en décembre 2024, avec la chute du régime d'Assad, brise cet axe, cet axe iranien, et libère également le Hezbollah de l'influence iranienne, parce que l'Iran ne peut plus ravitailler le Hezbollah libanais comme précédemment, lorsque vous aviez un boulevard entre Téhéran et Beyrouth, via la Syrie.

Cet effondrement du régime syrien, on le doit largement à Israël, qui a pendant plusieurs années bombardé systématiquement les infrastructures pro-iraniennes en Syrie, sentant évidemment la menace que représentait cette Syrie sous tutelle complète de l'Iran. Même si, à un moment donné, la Russie était présente, elle s'est finalement montrée assez incapable d'empêcher les Iraniens et leurs alliés d'investir le sud de la Syrie, à proximité du Golan.

L'action israélienne s'est évidemment accélérée après le 7 octobre. J'ai toujours dit que pour moi, le 7 octobre était l'équivalent du 11 septembre, qu'on allait avoir un remodelage complet du Moyen-Orient, et peut-être beaucoup plus intense qu'après le 11 septembre, parce qu'à la différence des États-Unis, Israël n'est pas séparé du Proche-Orient par un océan, mais simplement par le Jourdain, et la menace est donc aux frontières.

Il fallait évidemment éliminer l'ennemi proche, le Hamas, en réaction directe au 7 octobre. Mais bien sûr, la menace principale, c'est l'Iran, la tête de cette pieuvre, dont un des objectifs est évidemment la destruction d'Israël. Ça, c'est très clair.

Il y a donc eu des bombardements sur les infrastructures iraniennes en Syrie, qui ont fait que, progressivement, les miliciens chiites présents en Syrie ont quitté le pays, retournant en Irak, retournant au Liban, surtout à partir de septembre 2024, où Israël a lancé son offensive sur le sud du Liban, ce qui a obligé le Hezbollah à retirer ses troupes de Syrie.

La Russie était piégée par la guerre en Ukraine, elle n'a pas pu intervenir en Syrie. Sans doute les Russes savaient-ils aussi que le régime était bien affaibli et qu'il serait difficile de le sauver. Il a suffi donc à Hayat Tahrir al-Cham, l'ancien groupe, de lancer l'offensive.

Au début, ça ne devait être qu'une offensive sur Alep, et puis finalement, fort de leur succès, surpris sans doute par leur propre succès, ils ont poursuivi vers Damas, puisque l'armée syrienne était complètement et n'avait vraiment plus envie de se battre pour un régime extrêmement corrompu, qui méprisait même ceux qui l'avaient soutenu.

Voilà ce qui s'est produit en décembre dernier. Si le régime syrien est tombé, ce n'est pas après dix jours de combat qu'on a pu le dire, mais après quand même treize ans de guerre civile qui l'ont extrêmement affaibli. Et c'est surtout à partir du 7 octobre 2023, mais dès 2021, on a senti que la doctrine israélienne avait changé à l'égard de la Syrie.

Il y avait deux courants en Israël, qui étaient. Est-ce qu'il ne valait pas mieux garder le diable qu'on connaît, c'est-à-dire Bachar el-Assad ? Après tout, le Golan est tranquille depuis 1974. Ou alors faire tomber ce régime, qui était de plus en plus sous la coupe iranienne, mais au risque d'avoir un djihadiste au pouvoir.

À partir de 2021, on a senti que la deuxième option commençait à s'imposer en Israël, parce que justement la Syrie devenait une colonie iranienne. Le Hezbollah se renforçait, puisque les Iraniens avaient un boulevard pour le ravitailler en missiles divers. La situation devenait extrêmement dangereuse pour Israël, avec l'Iran aux portes du pays.

Par conséquent, après le 7 octobre, le camp des faucons, de ceux qui ont décidé de faire tomber Assad, l'a emporté. Une simple question, si vous me permettez, sur la carte: la Syrie est en vert, ce qui correspond, d'après la légende, à l'allié distant des États-Unis. La Syrie d'Assad était un allié des États-Unis ?

Non. La Syrie d'Assad, comme vous le voyez sur cette carte, est un allié de l'axe iranien, de l'axe asiatique, c'est-à-dire de l'Iran et de la Russie. Et aujourd'hui, la Syrie d'Ahmad al-Charaa, je l'ai mise dans le camp des alliés distants des États-Unis, parce que la Turquie et l'Arabie saoudite ont pris leurs distances, elles aussi, vis-à-vis des États-Unis.

Depuis plusieurs années, ce ne sont plus des pays qui obéissent au doigt et à l'œil aux États-Unis. Ils ont leur propre stratégie, leur propre autonomie stratégique, notamment la Turquie. Le nouveau régime syrien est soutenu à la fois surtout par …

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