Guerre Israël-Iran : analyse de Michel Gurfinkiel
Le rapport de force entre Israël et l'Iran, la doctrine Begin et l'effet de l'élection de Trump sur la stratégie iranienne.
Ensuite : Bilan de la guerre des 12 jours et enjeux après le cessez-le-feu, 1 h 20
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— Bonsoir à tous, bienvenue à cette nouvelle conférence Zoom organisée par le Centre Begin. Je vous rappelle rapidement qu'au Centre Begin, nous organisons des événements en français à peu près une fois par mois. Pour en être informé, vous pouvez rejoindre le groupe WhatsApp avec le lien que j'envoie tout de suite sur le chat. Merci à tous d'avoir patienté.
Le temps de cette alerte, qui ne nous a pas surpris, à tous, pendant cette dernière demi-heure, je fais une courte introduction et je donne directement la parole à Michel Gurfinkiel. En vue des événements des derniers jours, je pensais qu'une analyse de Michel Gurfinkiel serait intéressante. Depuis 1981, la doctrine de Menahem Begin guide la politique israélienne. Elle consiste à empêcher, par tous les moyens, les ennemis d'Israël de se doter de l'arme nucléaire. Cette doctrine a été initiée par Menahem Begin lui-même, avec l'attaque des installations nucléaires irakiennes en juin 1981. Vous vous en souvenez certainement.
Cette opération est historique. C'est la première en son genre: pour la première fois, un État utilisait la force militaire pour neutraliser les ambitions nucléaires d'un adversaire. En 2007, le Premier ministre Ehud Olmert appliquait une nouvelle fois cette doctrine en ordonnant la destruction d'un site nucléaire secret en Syrie.
Aujourd'hui, les programmes nucléaires iraniens représentent un défi unique pour Israël. Ces installations, dispersées à travers le pays, souvent enfouies sous terre, compliquent toute intervention. Après des décennies à privilégier la diplomatie, mais aussi des actions secrètes menées par le Mossad, Israël a décidé d'agir militairement pour mettre un terme à cette menace existentielle.
Pour nous éclairer sur ces événements cruciaux, nous avons le plaisir d'accueillir ce soir Michel Gurfinkiel, journaliste et expert en géopolitique. Son analyse nous permettra de prendre du recul et de mieux comprendre les enjeux de cette situation complexe. Bonsoir Michel Gurfinkiel, bonsoir à tous. Michel, pour commencer, je vous donne la parole tout de suite. Il m'a été raconté dans la journée, après que j'ai annoncé cette conférence, que vous avez été dans le dernier avion d'Air France qui a quitté la nouvelle République islamique d'Iran en 1979, au moment de la révolution islamique. Vous pouvez commencer peut-être par nous raconter cet épisode, et on vous écoute. Je vous donne la parole.
Michel Gurfinkiel: C'est bon ? Voilà, on vous entend, vous m'entendez très bien ?
Vous savez, on dit que le journalisme, c'est de l'histoire à bout portant. Peut-être faut-il dire aussi que l'histoire, c'est le journalisme en rétrospective, le journalisme avec l'avantage de la profondeur de champ. Il y a effectivement un lien entre les deux approches: l'approche plus immédiate du journalisme, plus réflexive de l'histoire.
Au moment de la révolution iranienne, je me trouvais effectivement à Téhéran. Je vivais en quelque sorte en direct cet événement. Il y a beaucoup de choses à dire sur une révolution. C'est toujours quelque chose d'impressionnant que de voir un régime qui passait pour être extrêmement puissant, extrêmement autoritaire, s'effriter, de voir peu à peu les allégeances se transférer du régime qui est en train de finir vers un nouveau régime qui est en train d'émerger. C'est très impressionnant de voir les phénomènes d'entraînement collectif qui sont la marque de toutes les révolutions.
Mais il y a deux choses supplémentaires qui m'avaient frappé lorsque j'étais à Téhéran. La première, c'est que, comme il y avait un couvre-feu à Téhéran à ce moment-là, et comme, par ailleurs, il y avait beaucoup de journalistes présents en Iran, qui ne pouvaient pas sortir le soir, et qui de toute manière ne connaissaient pas le persan, n'avaient pas de contact sur place, il se trouvait que tous les soirs, dans les trois ou quatre hôtels où étaient réunis les journalistes, réunis un peu selon des affinités culturelles,
tous les journalistes latins, c'est-à-dire les Français, les Italiens, les Espagnols, les Sud-Américains, se retrouvaient à l'Hôtel Park, charmant petit hôtel un peu rétro ou vintage, on dirait aujourd'hui, qui se trouvait à côté du bazar. Les Anglo-Saxons et les Allemands se trouvaient au Hilton, qui était dans un secteur beaucoup plus central de Téhéran. Et enfin, les Japonais, je n'ai jamais compris exactement pourquoi, étaient tous dans un hôtel luxueux, mais situé très loin du centre de Téhéran, le Sheraton.
Et ce qui se passait, c'est qu'il y avait deux ou trois journalistes iraniens qui, tous les soirs, étaient présents lors du dîner que les journalistes, consignés dans leurs différents hôtels, devaient prendre. Ils n'avaient pas beaucoup d'autres choix, ils ne pouvaient pas sortir à la recherche de je ne sais quel restaurant en ville. Il y avait deux ou trois journalistes, ou même des gens qui n'étaient pas journalistes du tout, des étudiants, souvent les époux, épouses, ou les concubins, concubines de journalistes étrangers. Et ces Iraniens de service faisaient un exposé qui était un peu le communiqué de la Révolution. Tous les journalistes étrangers copiaient ce qu'on leur disait, et ça formait la base et la substance de ce que les opinions publiques occidentales allaient lire les jours suivants dans leurs journaux respectifs, ou de ce qui allait se dire sur les télévisions américaines ou européennes.
Aujourd'hui, par certains côtés, nous avons toujours le même phénomène. L'apparition d'Internet, l'apparition des réseaux sociaux n'a pas beaucoup modifié cette espèce de péché originel d'un certain journalisme. Bien entendu, il y a de vrais journalistes qui sont à la recherche de véritables informations. Il y a beaucoup de journalistes, malheureusement, et beaucoup de journaux derrière ces journalistes, qui se contentent d'une information prémâchée et très orientée.
La seconde chose qui m'a frappé, c'était l'esprit de brutalité extrême qui régnait à Téhéran. Je vais vous donner un exemple qui apparemment n'est pas politique du tout, mais qui m'avait beaucoup frappé et qui, à mon sens, était une clé pour beaucoup de choses que je pouvais observer. Il se trouvait qu'à l'Hôtel Park, où, comme je le rappelle, les journalistes des pays latins étaient descendus, Français, Sud-Américains, Espagnols, Italiens, Portugais, il y avait une sorte de couple qui s'était formé entre une journaliste brésilienne et un journaliste argentin. Ils partageaient la même chambre, et ils s'étaient présentés à la réception de l'hôtel comme mari et femme.
Ce qui s'est passé ensuite, c'est que le directeur de l'établissement, dont j'étais témoin, apostrophe la journaliste brésilienne et lui dit: « Vous ne payez pas votre chambre, je n'ai pas reçu le paiement de votre chambre depuis plusieurs jours. » À quoi la journaliste brésilienne répond: « Mais pas du tout, je vous ai payé encore ce matin. » Et le directeur dit: « Oui, vous avez payé la moitié de la chambre, mais votre mari n'a pas payé la deuxième moitié. » La journaliste brésilienne, un peu embarrassée,
dit: « Nous payons chacun une moitié de la chambre. » Le directeur lui répond: « Mais pas du tout, vous vous êtes inscrits comme mari et femme, ce qui veut dire que vous êtes solidaires quant au prix de la chambre. Donc, si vous ne me payez pas l'intégralité du prix de la chambre, je vous expulse immédiatement, de la chambre et de l'hôtel. Vous pouvez reprendre vos valises. Et si …
Cours du Centre Begin
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