Gush Katif, du désengagement de 2005 à aujourd'hui
Retour sur l'histoire du Goush Katif, la politique de Sharon et la situation de Gaza depuis le retrait.
Ensuite : La Syrie après la chute d'Assad, selon Fabrice Balanche, 1 h 18
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue à un nouveau Zoom du Centre Begin. Cette fois-ci, nous avons voulu commémorer un événement particulier qui est arrivé il y a maintenant 19 ans. Il s'agit du désengagement, du démantèlement, selon sa propre terminologie, du Goush Katif, qui est intervenu en août 2005, suite à une décision d'Ariel Sharon, puis du gouvernement, puis de la Knesset.
On voudrait surtout, par rapport à ce qui s'est passé depuis maintenant pratiquement deux ans, revenir sur cet événement, aussi bien sous un angle historique, c'est-à-dire retourner en arrière sur ce qui s'est passé avant, que revoir ce qui se passe depuis.
Donc, pour cela, nous avons invité ce soir deux personnalités. La première, c'est Gil Pérez, qui est guide touristique et connaît très bien la géographie, la région, la géopolitique d'Israël. Il vit en Israël depuis plusieurs décennies et a aussi vécu quelque temps au Goush Katif. Et le deuxième, c'est Stéphane Amar, que les habitués du Centre Begin connaissent aussi pour ses nombreuses interventions dans notre établissement. Stéphane Amar est journaliste pour des chaînes étrangères, expert en géopolitique, en politique et en histoire d'Israël. Les deux vont nous... Je ne sais pas ce qu'ils nous ont concocté, mais je suis sûr que ce sera passionnant. Je vous donne la parole à tous les deux. Bonsoir à vous.
— Bonsoir Yoël, bonsoir Stéphane, bonsoir à tout notre public. Stéphane, tu commences ?
— Non, non, vas-y, commence. Je suis infidèle de tes livres, alors je suis content de t'avoir côte à côte. Bonsoir à tous et bonne semaine. Le mot commémoration est un mot lourd et compliqué. On va essayer de revenir un petit peu tout d'abord sur cette région dont tout le monde parle, mais dont on ne connaît pas toujours ce qu'elle a créé, ce qu'elle a généré.
La bande de Gaza est aujourd'hui un nom internationalement connu, et chacun a une opinion. Dans beaucoup de pays, il y a des prises de position d'opposition qui sont marquées. Mais comment est-on arrivé à ce qu'une bande de territoire d'environ 350 km² devienne un endroit si particulier ? Peut-être qu'on va, Yoël, si ça te va, passer aux cartes. Ça va nous faciliter un petit peu les choses.
La première carte que nous avons devant nous est celle de l'Empire ottoman. Elle est fort intéressante, puisque l'Empire ottoman s'est installé aux confins de trois continents: regardez bien l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Et la première chose que l'on peut remarquer sur cette carte, sans faire le moindre nombrilisme, c'est qu'Israël, qui est d'une taille minuscule, 20 000 km², c'est quasiment une île dans cette région. Mais Israël est le seul pays de la région qui a un contact terrestre avec les trois continents: Europe, Afrique et Asie.
On va passer à la carte suivante. Cet Empire ottoman a commencé grandiose, mais très rapidement il s'est dégradé, principalement pour des problèmes culturels. D'abord, il était étendu sur tellement de cultures, avec plus d'une centaine de vilayets, de provinces, que c'était dur à gérer. Et puis, un mot est important dans la région, le bakchich, qui a fait que l'impôt n'est pas remonté. Et très rapidement, cet empire étonnant...
...de Soliman le Magnifique. Je vous rappelle que Soliman le Magnifique fut l'inventeur historique de la poste. Et la poste, c'est ce qui permet la communication entre des partenaires éloignés, et c'est ce qui permet aussi, évidemment, au pouvoir central de maîtriser non seulement d'ouvrir le courrier et de le lire, mais d'être complètement mêlé au flux qui se passe entre les fournisseurs de matières premières, entre les marchands qui les transportent, entre les dirigeants politiques, etc.
Donc les Ottomans ont inventé ce système, qu'on appellera un système de caravansérails, de grandes places de marché fermées, sécurisées, où l'on payait un octroi pour vendre ses produits, et où la malle postale passait en toute sécurité. On pouvait envoyer d'Istanbul, juste pour l'anecdote, une missive à Alexandrie, qui partait d'une main à l'autre en moins de 17 jours. Je suis sceptique sur la capacité qu'on aurait à le faire aujourd'hui, sans vouloir exagérer. En utilisant la poste avec un timbre, je ne pense pas que cette lettre arriverait aujourd'hui dans ces conditions-là.
Mais cet empire s'est dégradé très rapidement. Beaucoup de fonctionnaires locaux ont compris leur poste comme une source de revenus personnels. Et donc, en fin de compte, cet État central, autour de la Turquie d'aujourd'hui, s'est affaibli énormément. La carte que vous voyez maintenant est évidemment celle du partage que les deux grandes puissances se sont fait de la région à partir des accords de Sykes-Picot de 1915.
C'était aussi la période où l'on a vu l'importance de l'essence, avec la création des moteurs, l'industrialisation de l'Europe et d'autres pays, et donc l'importance des matières premières. Et à ce moment-là, chacun a voulu avoir son mot à dire. Les Britanniques, évidemment, ont pris le contrôle majeur des choses. Ils ont laissé aux Français cette petite région que vous voyez en bleu. Elle est quand même assez importante, mais elle est au nord, elle inclut une petite partie de la Syrie, puisqu'on appellera aujourd'hui cette province, devenue entre-temps un État dans les années 1920, le Liban.
On peut passer à la carte suivante. Celle que nous voyons là, je me suis permis de la changer, mais je n'aurais pas dû, puisque c'est la carte de 1917, lorsque les Anglais régnaient sur plus de la moitié de l'écorce terrestre non immergée, ce qui est quand même colossal, et d'ailleurs sur une grande partie des océans. Les Anglais donnent aux doléances juives, aux doléances sionistes, appelons-les ainsi, l'ensemble du terrain que vous voyez là. C'est donc cette déclaration Balfour du ministre des Affaires étrangères britannique qui va être, à vrai dire, la base de la création, plus tard, de l'État d'Israël.
Quand on utilisait le mot Palestine, entre parenthèses, on faisait référence à cette région, où vivaient, sur la région côtière, il y a 2000 ans, à l'époque romaine, les Philistins, des peuples venus principalement des îles autour de la Crète, et qui se sont posés sur la côte sud d'Israël. En parallèle, ou un peu plus au sud, les Phéniciens, eux, se sont posés sur les côtes qui vont de Saint-Jean-d'Acre vers la ville de Tyr, Saïda, Beyrouth, vers le Liban.
Et donc cette grande carte, ce qu'on appelle le grand Israël, que vous voyez là, à peu près 100 000 kilomètres carrés, disons un cinquième de la France métropolitaine, nous a été accordée par les Britanniques, qui étaient les seigneurs du monde à ce moment-là, la superpuissance, en 1921, pour des raisons internes de divide and rule. Les Anglais décident de partager cette région en deux parties. Je dirais deux tiers, un tiers; c'est un peu plus que deux tiers, un peu moins qu'un tiers. Vous les voyez là: la partie assurée va être donnée à un des membres de la famille qui va hériter du pouvoir dans cette terre de Transjordanie. Il s'appelle l'émir Abdallah. Il est l'arrière-grand-père de l'Abdallah II que nous connaissons aujourd'hui.
Cours du Centre Begin
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