Richard Darmon : l'Europe face à Israël et l'antisémitisme
Le cours passe en revue les résolutions européennes hostiles à Israël et y voit une hostilité de structure envers les Juifs.
Richard Darmon
Ensuite : La stratégie du monde arabe face à Israël, 26 min
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Et bonsoir à tous. Alors, mon intervention porte sur ce que j'ai appelé les capitales européennes de la malfaisance contre Israël. Pas besoin de les éliminer. J'en avais prévu quatre ou cinq, mais il y a eu une longue liste: Paris, Londres, Bruxelles, Madrid, Dublin. Il faut ajouter évidemment Athènes, et après les scènes éloquentes qui se sont passées ces derniers jours, et d'autres encore.
Alors, parler de la malfaisance européenne contre Israël, c'est une vieille histoire. Il y a une longue liste de résolutions du Conseil de l'Europe et du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne contre Israël, et des résolutions pro-palestiniennes qui traitent de ce qu'ils appellent les territoires occupés, ou de la nécessaire répartition de Jérusalem. Donc c'est une vieille histoire. Mais depuis le 7 octobre, les choses ont pris une autre tournure.
Je vais développer mon intervention autour de trois axes. Premièrement, le contexte de ce tsunami anti-israélien, anti-judaïque et anti-beaucoup de choses. Deuxièmement, le cas particulier de l'hostilité européenne. Et un troisième volet, en conclusion, pour expliquer en quoi cet antisémitisme et cet anti-judaïsme est un phénomène de structure dans l'Europe.
Premièrement, le contexte global, donc ce tsunami mondial contre Israël et les Juifs. Depuis deux ans, tout le monde le voit. On assiste en effet à un raz-de-marée encore jamais vu dans les capitales occidentales, en Amérique comme en Europe, de plusieurs dizaines de milliers de manifestations. Je ne parle pas de manifestants. Il y a eu une statistique parue il y a trois mois, disant que, lors des dix-huit premiers mois depuis le 7 octobre, il y a eu environ 40 000 manifestations aux États-Unis seulement.
Donc un phénomène vraiment de raz-de-marée, de manifestation, de rassemblement anti-israélien. J'insiste aussi, parce que, comme le disait Shmuel, on a affaire à un phénomène nouveau qui mêle toutes les strates historiques de l'opposition aux Juifs. Il y a eu d'abord, si vous voulez, l'anti-judaïsme religieux, ensuite la période antisioniste au moment de l'émancipation en Europe, et puis aujourd'hui, c'est l'anti-israélien. Et évidemment, tout cela est antisémite. Tout se mêle pour accuser Israël et son armée de génocide.
D'ailleurs, au titre des dernières nouvelles, vous avez sans doute suivi... Aujourd'hui, ce n'est pas vraiment un scoop, quand on sait ce que c'est que l'ONU. La présidente de la commission d'enquête sur les territoires palestiniens occupés, une commission qui enquête, parce qu'il y a plein de comités à l'ONU qui s'occupent de nous, elle s'appelle Navi Pillay, a déclaré officiellement, après ses enquêtes, dont les éléments ont été fournis, entre autres, par les statistiques du Hamas, qu'il y a un génocide israélien à Gaza. Ça date de cet après-midi.
Alors, on a vu donc des millions de manifestants wokistes, comment dirais-je, qui sont à la fois antijuifs, antisionistes, anti-judaïques, et qui constituent autant d'idiots utiles, qui ont défilé avec le drapeau palestinien en scandant des slogans « Free Palestine » et aussi « La Palestine du fleuve à la mer », sans d'ailleurs savoir de quel fleuve et souvent de quelle mer il s'agit, et en accusant donc Israël de génocide. En fait, il y a une superposition de plusieurs phénomènes. On avait parlé du phénomène wokisme, mais le palestinisme excède encore. La question qu'on doit se poser, c'est de se demander pourquoi ce mouvement est aussi massif, à quelles énergies il s'abreuve.
Alors, pour aller un peu plus loin, je voudrais vous parler d'une photo que j'avais reçue il y a à peu près un an, prise un jour sur le boulevard Richard-Lenoir, à Paris. Ce n'était pas une manifestation. C'était une femme, une passante, qui faisait ses courses devant un étal de fruits de ce marché du boulevard Richard-Lenoir, à Pourim de l'an dernier, Pourim 24. Elle portait un t-shirt noir, avec en bas, évidemment, les stencils du drapeau palestinien, et cette phrase qui résume pour moi tous ces anti-, dont on vient de parler. Cette phrase, écrite en lettres blanches, disait: « L'humanité a cessé d'exister à la naissance d'Israël. »
Je répète: l'humanité a cessé d'exister à la naissance d'Israël. Une phrase invitatrice de génocide, puisque pour que l'humanité se remette à vivre, il faut que l'Israël soit supprimé. Et je me suis demandé, me trouvant peut-être devant ou derrière cette personne, comment j'aurais réagi devant un slogan aussi sanguinaire, d'appel au meurtre des Juifs.
Et j'ai appris, parce que je voulais vous projeter cette photo, quand je l'ai envoyée tout à l'heure à Yoël, à Dad, il a eu la curiosité, parce que je ne savais pas d'où venait cette phrase. C'est vrai que j'ai péché, si j'ose dire, parce qu'en tant que journaliste, j'aurais pu faire une recherche. Figurez-vous que cette phrase a été écrite et proposée par Dustin Hoffman, acteur américain, membre notoire du Parti démocrate, mais quand même. Donc intéressant, intéressant.
Alors, on le sait, pas un jour ne se passe en Europe, notamment en France, sans qu'un Juif, comme on l'a dit tout à l'heure, soit agressé violemment ou banni d'une manifestation culturelle, sportive ou même professionnelle, ou alors décommandé au dernier moment d'un congrès auquel il participait. Même s'il a cinquante ans, et qu'il a fait son service militaire dans le Sahel. Il y a des centaines d'exemples, mais un exemple parmi mille autres: le syndicat CGT, vous avez entendu parler de ça, à Gardanne, il y a deux mois, a fait pression sur la mairie et la municipalité de Gardanne, dans le sud de la France, près d'Aix-en-Provence, pour annuler au dernier moment le récital du chanteur Amir, franco-israélien, au prétexte qu'il avait lui aussi fait son service dans le Sahel.
Il y a une infinité de faits, mais on ne va pas les rappeler. En conclusion de ce premier point, ce qu'on peut dire, c'est que la massivité et la persistance de ce phénomène appellent une analyse, comme le suggérait Shmuel, et la question que ça pose a deux volets. Il y a, si vous voulez, le soutien idéologique des dernières décennies aux Palestiniens, ce soutien traditionnel, en tant que dernier Mohican, dernier underdog du tiers-monde, des damnés de la terre, puisque c'était comme ça qu'auparavant on soutenait, c'était la dernière lutte qui faisait se lever certains drapeaux. Comment ce soutien idéologique s'est-il transformé aujourd'hui en une passion mondiale ? Ce n'est plus une idéologie, c'est une passion.
Et donc la question que ça pose, c'est: est-ce que cette massivité, en soi, est déjà une victoire du palestinisme ? En tout cas, on a affaire à un phénomène dynamique qui n'est pas près de s'arrêter, comme le suggérait Shmuel.
Deuxième point: le cas de la malfaisance européenne. On va essayer de voir pourquoi et comment. Chacun des différents pays du vieux continent, qui se sont chacun montés en ligne contre Israël, a un point commun. C'est le bon sens qui permet de le dégager, et qui inspire leur politique en faveur de la création d'un État palestinien. Ce point commun ne demande pas d'être grand clerc pour le dénicher: c'est la forte démographie arabo-musulmane qui a envahi leurs villes depuis quatre décennies, et donc la peur des réactions de la rue arabe à …
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