Lire le piyout de l'Akéda : Ét chaaré ratson
Comment le piyout de Roch Hachana rejoue le récit de l'Akéda, verset par verset, et ce qu'il y révèle sur l'épreuve d'Abraham.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Pourquoi lit-on la naissance d'Isaac à Roch Hachana, 1 h 17
En bref
Le cours s'appuie sur le piyout « Ét charé ratson » récité à Roch Hachana et à Kippour, dont l'auteur est attribué à la famille de Yehouda HaLevi, pour lire le récit de la Akéda (Béréchit 22). Il montre que le poème reprend fidèlement le midrash : Abraham éprouvé dix fois, la question de la gloire de Dieu sur la montagne de Moria, et le sens du verbe « le'ola » (faire monter) plutôt que « lezova » (sacrifier). Le Rav met en lumière l'enjeu de la mise à l'épreuve : Abraham, Yitzhak et Israël doivent unifier les midot de hessed et de din.
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Nous avons étudié les thèmes de la sidra, des deux jeux de Roch Hachana, et nous avions prévu pour aujourd'hui, c'était lundi dernier, c'est ça ? Oui. Nous avions prévu d'étudier le piyout qu'on appelle Akédat Yitz'hak, qui reprend le récit de la Akédat Yitz'hak dans le Marzot lui-même. Je vous avais promis de vous donner une petite biographie de l'auteur.
Retenez très simplement que, traditionnellement, on attribue ce poème à Juda et Lévi, les critiques historiographes, contemporains, en se basant sur les Béréchit, sur les acrostiches de chaque paragraphe qui vous donnent. Je ne sais pas si cela vous est signalé là. Comme je n'ai pas ma loupe, vous allez dire avec moi. Ah oui, cela vous est signalé: Hachem, Abbas, Yehuda, Chmouel. Vous voyez ? Dans la deuxième ligne avant l'autre. Et là, je signale qu'en répondant à mon dos, le Rav Khalifa a établi qu'il s'agit quand même de la famille de Yehouda HaLevi, et que ce nom est le nom des trois frères.
Vous avez Yehouda au milieu, d'accord ? Donc c'est probablement de Juda Halévi lui-même. Quoique, d'une façon générale, le style n'est pas tellement le style de Juda Halévi, mais ce poème a gardé une très grande popularité, je crois. Notoriété, oui. Dans toutes les communautés d'Sfarad, et il a été adopté dans certaines communautés ashkénazes aussi.
Je vous signale qu'il existe un deuxième piyout bâti sur le même modèle poétique, attribué à Maïmonide — il est de Maïmonide d'ailleurs — et qui n'a pas pour thème l'Akéda et la Tsiraq, mais la Akhchouva, les jours de Yamim Noraïm. C'est un texte un peu plus difficile. Peut-être une autre année, avant qu'on ait encore le temps aujourd'hui, je vous le dirai.
Je vous propose d'avoir sous les yeux le récit de l'Akéda dans le livre de Béréchit. Je vais vous redonner le chapitre, la fin de Vayéra, le chapitre 22, peut-être ? Chapitre 22 ? Oui. Il faut pouvoir se référer aux versets eux-mêmes.
Nous allons voir d'ailleurs que, dans le texte du poème, le sens exact, d'après la tradition du Midrach et du Talmud, est repris dans le récit. Je prends dès le début: Èt chaarei ratson lehipatéa'h. Vous allez retrouver le style de la poésie du Moyen Âge. Je traduis en même temps que j'explique. Qui ne sait absolument rien en hébreu ? Bon, ça va, je peux donc utiliser l'hébreu quand même.
Ratson, ça veut dire la volonté, mais ici il a le sens de la bienveillance, le bon vouloir. Je ne sais pas s'il y a un mot comme ça en français, le fait d'être agréé. Quelqu'un qui demande l'ouverture des portes de la ratson demande donc d'être agréé dans sa prière.
Èt, Chaarei ratson, lehipatéa'h: c'est le temps où les portes de la ratson sont ouvertes. Yom ehyé kapaï lé-El chotéa'h: au jour où je suis, bien que la forme soit au futur, yom ehyé, « au jour où je serai », mais dans le sens de « au jour où je suis », kapaï, « où je suis », chotéa'h, « pendant mes prières vers Dieu ». Je reprends les deux phrases: Chaarei ratson yipaté'ah, yom ehyé kapaï lé-El chotéa'h.
Il y a donc un moment privilégié dans le temps de Roch Hachana et dans le temps de Kippour où, dans la définition de ce qui est visé ici, les Chaarei ratson s'ouvrent. Il y a Hamichim Chaarim, cinquante portes différentes, et une de ces portes s'appelle Chaaré ratson, entre notre monde et ce qui est plus haut.
Certains textes du Talmud font déjà allusion à cette notion: entre les mondes supérieurs et nous, il y a des portes qui s'ouvrent ou se ferment selon l'ordre du mérite. Par exemple, il y a une guemara célèbre qui dit: depuis que le Beth Hamikdach a été détruit, les portes de la prière ont été fermées.
Vous connaissez la suite ? Qui connaît la suite ?
— Chaaré dimâ lo ninné'alou. Mais les portes des larmes n'ont pas été fermées.
Et on rapporte un midrach des hassidim. Vous avez remarqué à quel point la prière entraîne très souvent le fait, j'allais dire d'avoir envie de pleurer, mais de pleurer. On raconte qu'une fois, je ne sais plus chez quel grand hassid, le tsadik de la communauté n'arrivait pas, le soir de Kol Nidré, à commencer la téfila. La communauté était très inquiète, ça ne commençait pas. Finalement il dit: « Je ne peux pas, c'est fermé, les chaarim de la téfila sont fermés. » Il leur dit alors: « Vous allez aller dans la ville me chercher dix bria'onim. »
On lui a trouvé dix juifs bria'onim, des juifs, enfin, impossibles. Il les a mis autour de la téva, et il a commencé à monter là-dessus, là-dessus, et là-dessus. Après, on lui a demandé: « Qu'est-ce qui se passe ? » Il a dit: « Les portes étaient verrouillées, il me fallait des spécialistes. » Ça, c'est vraiment de la Racidout. Il fallait, comme on dit, à main armée, conduire, forcer les portes, quoi.
Èt chaarei ratson lehipatéa'h: pour Roch Hachana, ce moment est après la lecture de la Torah, c'est le moment du commencement de Moussaf. Donc après la lecture de la Torah, avant la techouva, qui est entre Chaharit et Moussaf. C'est avant Moussaf. Et pour le jour de Kippour, c'est le moment de Min'ha.
D'après la tradition de la Kabbale, le Zohar en particulier, l'Akédat Yitz'hak a eu lieu le jour de Kippour. Si nous avons le temps, je reprendrai le compte du calendrier pour l'indiquer.
Je reprends la lecture. Yom ehyé kapaï: là, c'est déjà clair. Le jour où je serai, rappel, souvenir; tiens compte du souvenir. Pour moi, le jour de la tokhha, le jour de la réprimande, c'est le jour du jugement, le jour où il faut faire la preuve. En hébreu, vous avez le mot tokhha, c'est le sens ici: l'admonestation, la réprimande. Tokhehou dé-Nevi'im: l'interpellation de deux réprimandes. Ho-Ha'h veut dire faire la preuve, parce qu'on est interpellé en vue de faire la preuve.
Et là, le refrain, qui est devenu traditionnel, c'est: Ha-Rokéd, véha-né'eqad, véha-mizbéa'h. Rappelle le souvenir de celui qui a été lié, ha-rokéd, celui qui attache. C'est le sens de Akédat Yitz'hak: Yitz'hak a été attaché sur l'autel. Véha-né'eqad, c'est celui qui a été attaché. Ha-mizbéa'h, c'est l'autel sur lequel cela s'est passé.
Cela fait trois moments, trois facteurs: le rokéd, le né'eqad, le mizbéa'h. Il y a trois niveaux de sainteté, et de mérite de la sainteté, auxquels il est fait allusion. Nous avons déjà un peu parlé de ce thème la semaine dernière, c'est-à-dire le jour où nous sommes interpellés par la Midat ha-Din. Nous demandons que le zekhout du tsadik de la Midat ha-Din, de l'épreuve de la Midat ha-Din, soit rappelé, en faveur d'Israël, en protection pour Israël.
J'ai apporté, mais je ne l'ai pas descendu, un livre avec une traduction française qui est apparue il y a une centaine d'années en France. Vous connaissez la série …
Cours d'Orot veKelim
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