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Jérusalem, lieu de la rencontre avec Dieu dans la Amida

Pourquoi Jérusalem a une place à part dans la prière de la Gueoula, et ce que signifie revenir en miséricorde.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Prier pour prier : la Amida et la Gueoula, 42 min

En bref

Le Rav Oury Cherki commente la bénédiction de la reconstruction de Jérusalem dans la Amida, en distinguant les versions ashkénaze et séfarade et en montrant que Jérusalem est le lieu où la rencontre entre Hachem et l'homme devient personnelle. Il explique la différence entre une délivrance par la miséricorde et une délivrance par la rigueur, à partir de deux versets des Tehillim. Il développe enfin la figure du Mashiach ben Yosef, socle politique de la Gueoula, et celle du Mashiach ben David, dynastie de la patience et de la croissance progressive.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. Je pense qu'il est bien temps que nous continuions notre étude sur la Téfila. Pour autant que je sache, nous en sommes dans la Amida, et nous sommes arrivés à la bénédiction sur la reconstruction de Jérusalem. Cette bénédiction n'est pas la même dans le texte ashkénaze et dans le texte séfarade.

Le texte ashkénaze comporte une phrase supplémentaire qui ne se trouve pas dans la version séfarade: Vélirouchalaïm irkha béraḥamim tachouv, « À Jérusalem, ta ville, tu reviendras en miséricorde ». Ça ne se trouve pas dans la version séfarade, ça se trouve dans la version ashkénaze, et c'est un texte important. Vous avez remarqué que, dans le cadre du retour, dans le cadre de la Gueoula, qui est d'ailleurs un thème central de la prière, la prière tourne autour de l'espérance du retour. Il y a une place particulière pour Jérusalem. On pourrait dire: ramène-nous dans notre pays et rétablis notre indépendance, notre royauté, et tout le reste. Mais Jérusalem a une place particulière parce qu'elle est le lieu de la résidence, le lieu où la rencontre entre Dieu et l'homme est possible.

Ces choses se réalisent dans le territorial, dans le lieu. On peut donc dire qu'il y a quelque chose de très particulier à Jérusalem: il y a un visage. La Torah nous dit: trois fois par an, tous tes mâles verront le visage de Dieu. Yera'e kol zekhoreha èt pené ha-Adon Hachem. Cela veut dire que c'est à Jérusalem qu'on passe d'une conception impersonnelle de la divinité à une conception d'ordre personnel. Le Créateur est une personne, il a un visage à Jérusalem. Il n'a pas de corps, Dieu nous en garde, mais il se fait connaître en tant que personne qui a une volonté, qui entretient un dialogue avec l'homme. Ça se passe à Jérusalem.

Et le texte de la version ashkénaze nous dit: À Jérusalem, ta ville, tu reviendras en miséricorde. Il y a un enseignement intéressant que donnait le professeur André Neher, Zikhrono li-vra'ha, qui disait que, quand il était jeune, juif très français, en Alsace, il disait, en parlant à Dieu: Vélirouchalaïm irkha, à Jérusalem, ta ville. Il disait: c'est ta ville à toi. Toi, tu dois y revenir; moi, je reste en France. Puis il a compris, quand le sionisme a commencé et qu'il a commencé à s'identifier, que « Jérusalem, ta ville » s'adressait au juif d'Europe orientale, celui qui est persécuté. Il disait donc: à Jérusalem, ta ville, toi le juif persécuté d'Europe orientale, reviens en miséricorde, mais moi je reste en France. Et puis il y a eu la Shoah.

Il a compris que cela le concernait aussi. Il s'est dit: « Jérusalem, ta ville », c'est dit à celui qui fait la prière. Jérusalem qui est ta ville, reviens en miséricorde avant que ce soit par la rigueur, béraḥamim, avant que ce soit par la din. D'accord ? Bon, c'est très joli, ce n'est pas vraiment le sens exact de cette prière, mais ça vaut la peine d'être entendu.

— Comment ? Après la Shoah, qui a dit ça ?

— Non ! C'est la manière dont il l'a ressenti. C'est comme ça qu'il a été interpellé. Il ne nous raconte pas ce que dit la prière, mais comment lui l'a lue. Comment il a ressenti, dans son existence, le sens de cette prière. Il est évident que, quand on dit Yérouchalaïm irkha, on parle à Dieu: on dit « ta ville ». Mais pour lui, cela voulait dire « ta ville à toi », toi le priant.

C'est une interprétation supplémentaire. Elle n'a pas remplacé le texte fondamental. D'accord ? C'est pour ça que j'ai dit que ce n'était pas vraiment la signification exacte de cette prière, mais que cela valait la peine d'être entendu, en tant qu'expérience vécue.

Donc nous demandons à HaKadosh Baroukh Hou de revenir à Jérusalem en miséricorde. C'est un verset des Prophètes: Chavti el Yérouchalaïm béraḥamim, « Je suis revenu à Jérusalem en miséricorde ». Mais si c'est vrai, cela veut dire qu'il y a deux manières de revenir à Jérusalem. Dieu peut revenir à Jérusalem en miséricorde, il peut aussi revenir en rigueur, soit par raḥamim, soit par din. Il y a donc deux modalités possibles de l'Histoire.

Dans le livre des Psaumes, il y a deux versets qui se ressemblent et qui ne disent pas tout à fait la même chose. Le premier: Mi yiten mi-Tsion yeshou'ot Israël. Béshouv Elohim chevout amo, yagel Yaakov, yismah Israël. « Puisse venir de Sion la délivrance d'Israël. Lorsque Elohim ramènera les captifs de son peuple, exultera Jacob et se réjouira Israël. » Ici, il est dit yeshou'ot, au pluriel, les délivrances d'Israël, opérées par Elohim.

Le second verset dit presque la même chose: Mi yiten mi-Tsion yeshou'at Israël, la délivrance, au singulier. Béshouv Hachem chevout amo, lorsque Hachem ramène les captifs de son peuple, exultera Jacob, se réjouira Israël. Vous avez donc pratiquement le même verset avec deux différences. Dans le premier, il est dit yeshou'ot, dans le second yeshou'at. Dans le premier, il est dit Elohim, dans le second Hachem.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il y a deux modalités possibles de la délivrance. Soit par Elohim, c'est midat ha-din, soit par Hachem, c'est midat ha-raḥamim. Si cela se fait par la miséricorde, cela va vite, c'est une seule délivrance, yeshou'at Israël, et tout finit rapidement. Si c'est par Elohim, par midat ha-din, alors il y a des délivrances, et à chaque fois elles sont partielles. Ça commence, ça s'arrête, ça recommence, ça s'arrête. Il y a des difficultés. D'accord ? C'est ça, la différence entre Elohim et Hachem. C'est clair ?

C'est pour ça que, dans la prière, on demande: reviens à Jérusalem en raḥamim, en miséricorde.

— Est-ce qu'on est plus dans Elohim, tu veux dire, que dans Hachem ?

Euh, c'est une question de regard. On entend souvent des discours, surtout chez les Haredim, qui disent: aujourd'hui nous sommes dans une époque d'obscurité, tout va mal, il y a un obscurcissement de la face, estèr panim, etc. Et d'autres disent: non, pas du tout, nous sommes aujourd'hui dans une période de lumière, tout va bien. Regardez comment HaKadosh Baroukh Hou nous ramène, comment il nous fait progresser, comment l'État d'Israël grandit, combien la Torah est étudiée, etc. C'est une façon de voir les choses. D'accord ? Il y a celui qui veut voir la difficulté, il y a celui qui veut voir la miséricorde.

Il faut savoir une chose. On tire souvent argument du fait qu'il y a des victimes israéliennes depuis la fondation de l'État d'Israël. Mais combien de victimes y a-t-il eu, si l'on peut faire des calculs de ce genre ? Trente mille. Trente mille soldats et civils tués dans les guerres et les attentats depuis la fondation de l'État d'Israël. Trente mille. C'est ce qui était assassiné en un jour à Auschwitz, pendant la Shoah. Rappelez-vous cela.

Il y a quand même une proportion. Vous allez me dire que c'est numérique seulement, quantitatif, mais ça a quand même son importance. Il …

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