Le danger du juste au temps de la Gueoula
Pourquoi le juste est en danger, et pourquoi la Amida prie pour les tsadikim, à partir de Yaakov face à Essav.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Jérusalem, lieu de la rencontre avec Dieu dans la Amida, 52 min
En bref
Le Rav Oury Cherki explique pourquoi la bénédiction des Tsadikim, dans la prière de Birkat HaMinim et de la Gueoula, les place en situation de danger : le juste n'est pas menacé par les autres mais par son inadaptation quand l'histoire change de forme. Il s'appuie sur Iyov, qui souffre parce qu'il ne peut pas transmettre ses valeurs à ses enfants, et sur Yaakov, qui craint de devoir combattre Essav et risque l'extermination. Le cours montre aussi que la Gueoula demande au tsadik de se fondre dans le klal, comme Moshe devient « Israël » en envoyant des délégués à Sihon.
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Dans l'ensemble, je crois qu'on a étudié la personnalité de Shmuel HaKatan, n'est-ce pas ? Oui. Et le fait que cette paracha a été introduite plus tardivement, qu'est-ce que cela peut signifier ? En tout cas, vous avez ici la bénédiction des tsadikim. Or, il est très surprenant qu'il y ait une prière pour les tsadikim. Si on a besoin de prier pour quelqu'un, c'est que ce quelqu'un a besoin qu'on prie pour lui.
— Qui te dit qu'il y a écrit tsadik, c'est un tsadik ? Mais cela veut dire que les tsadikim ont besoin qu'on prie pour eux. Cela veut dire qu'il y aurait une faiblesse particulière aux tsadikim, un danger pour les tsadikim, qui fait qu'ils ont besoin que l'on prie pour eux. Bon, ça peut se comprendre. Les tsadikim sont une minorité, hélas.
Il y a un grand principe: la majorité l'emporte sur la minorité. Ce principe se retrouve chez le Maharal de Prague: celui qui fait exception à la règle est menacé par la règle. Le tsadik, la définition du tsadik, c'est celui qui fait le bien et qui ne fait pas le mal. C'est ça, la définition du tsadik. Hein ?
Les mitsvot font partie du bien. Le bien est un terme général, alors tu demandes une définition du bien. Le bien, c'est ce qui a pour résultat d'étendre la vie, d'abonder en vie. C'est ça, le bien. Le mal, c'est ce qui engendre la mort. C'est en grande règle. Maintenant, ce n'est pas évident, parce que parfois il y a des actions qui semblent être un surplus de vie et qui en fait sont des maux. Et il y a des choses qui semblent faire du mal et qui pourtant sont du bien. Ce sont des critères. On a donc besoin de définitions pour le bien et le mal. Les mitsvot nous aident, mais ce n'est pas tout. D'accord ? Parce que parfois on peut faire une mitsva et que la mitsva soit nocive. Ça peut même arriver. C'est exceptionnel, mais ça peut arriver.
Donc, j'en étais à l'histoire des tsadikim. Les tsadikim font exception à la règle. Selon le Maharal de Prague, il y a une tension entre ce qu'on appelle le nivdal, littéralement le séparé, et la nature. La nature l'emporte sur le séparé. Si par exemple vous avez une grande table que vous couvrez d'une grande nappe, et que vous pincez la nappe en son milieu pour la soulever, qu'est-ce qui se passe ? Non, la nappe reste collée à la table.
Il y a un phénomène, la pression atmosphérique, qui fait que, quand on essaie de soulever une nappe par un coin, le reste de la nappe reste collé, et se colle encore plus, n'est-ce pas ? C'est-à-dire qu'il y a une sorte de réaction de la nature à l'exception. La majorité de la nappe est étendue, et on fait quelque chose d'exceptionnel. Cet exceptionnel entraîne une opposition.
De même, le peuple d'Israël, qui est l'exception parmi les nations, entraîne le refus des nations, l'opposition des nations. L'antisémitisme, si vous voulez. On peut dire que l'antisémitisme est presque inhérent à l'identité d'Israël. De même, les tsadikim au sein d'Israël, et les tsadikim tout court, entraînent des forces d'opposition. Donc le tsadik a besoin d'être sauvé. Le tsadik est, par définition, en danger.
Il faut donc prier pour le bien-être et pour la survie du tsadik. Jusque-là, vous suivez ?
— Quoi, par rapport à quoi ? Quel est le début de la phrase ? Par rapport à qui le tsadik est-il en danger ?
— Par rapport à lui-même. C'est lui qui est en danger. Il ne met pas en danger les autres.
— Les autres. Qu'est-ce que j'ai répondu ? Est-ce que tu peux me répondre, s'il te plaît ? Les autres. Pourquoi tu ne tiens pas compte de ma réponse, et que tu reposes trois fois la même question ? Les autres. Tout ce… Peu importe. Celui qui n'est pas le tsadik est en réaction contre le tsadik. C'est tout simple. D'accord ? Quel que soit celui qui ne l'est pas. Donc, quand j'ai répondu « les autres », j'avais déjà répondu à la question. Il faut faire attention à mes réponses. D'accord ? Je reprends: les tsadikim sont en danger. Ils ont besoin d'une prière particulière pour eux.
Ce qui me chiffonne, c'est l'emplacement de cette bénédiction. Si vous avez vu la bénédiction d'avant, dont on peut faire abstraction, c'est les minim, puisqu'elle est arrivée plus tard. Mais les deux premières bénédictions avant, c'étaient le retour d'Israël et le retour de ses juges. C'est donc une situation où tout va bien. Ça va très très bien. La bénédiction d'après, c'est pour la reconstruction de Jérusalem et le rétablissement de la royauté de David. C'est encore mieux.
Donc on prie pour les tsadikim, qui sont en danger à un moment intermédiaire, au milieu de la Gueoula. Moi, j'aurais prié pour les tsadikim en exil. Et là on me dit: non, il faut prier pour les tsadikim au milieu des prières pour la Gueoula, pour la libération d'Israël. Ça veut donc dire qu'il y a un danger particulier qui guette les tsadikim au moment du retour. Oui ?
— Un tsadik est plus vulnérable selon qu'il est plus élevé ?
Oui. Mais pourquoi est-ce que tu as besoin de mettre cette bénédiction au milieu de la rédemption ? C'est ça que je n'ai pas compris. Ah, c'est-à-dire que les tsadikim eux-mêmes arrivent à un niveau plus élevé au moment de la Gueoula, donc ils sont plus en danger, et il faut prier pour eux. C'est ce que tu dis. D'accord. Est-ce que c'est vrai, ce que tu dis ? Ce n'est pas impossible, mais nous avons des sources qui nous montrent au contraire.
La souffrance des tsadikim se situe justement dans des moments où ils ne sont pas adaptés aux changements historiques. C'est l'inadaptation qui engendre le danger. L'exemple classique du juste qui souffre, qui est-ce ? Je cherche quelqu'un. Job, évidemment. Vous avez un livre entier dans le Tanakh qui nous parle d'un tsadik qui souffre. En hébreu, Iyov; en français, Job.
C'est une question de travail. Enfin, d'emploi, plus précisément. Si on comprend bien le livre de Job, on comprend toute la souffrance du juste. Qu'est-ce qui est dit de Job ? Il est dit qu'il était tsadik et qu'il faisait des sacrifices toutes les semaines. Pourquoi faisait-il des sacrifices toutes les semaines ? C'était après les festins organisés chaque semaine par ses enfants.
— Et pourquoi faisait-il des sacrifices après les festins ?
— Pour demander pardon de quoi ?
— Que peut-être ses enfants ont fait une faute.
Donc qui Job suspecte-t-il d'avoir péché ? Ses enfants, et non pas lui-même. C'est-à-dire que lui est parfaitement tsadik, il sait qu'il n'a pas fait de péché. Mais il se demande si peut-être ses enfants en ont fait. Ça veut donc dire qu'il est à un moment de l'histoire où il n'est pas sûr de pouvoir transmettre ses propres valeurs à ses enfants. C'est donc qu'il y a eu un tournant dans l'histoire, qui fait que ce qui était valable à …
Cours d'Orot veKelim
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