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Rassembler les exilés et restaurer les juges

La 10e bénédiction de la Amida : le ralliement de la nation, la Smicha et la tentative du Rav Kook de la rétablir.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le danger du juste au temps de la Gueoula, 51 min

En bref

Le Rav Oury Cherki commente la dixième bénédiction du Shmona Esrei, qui demande le rassemblement des exilés et le rétablissement des juges comme autrefois. Il explique que le retour doit se faire ensemble, de tous les coins de la terre, pour restituer l'identité originelle d'Israël, et détaille les étapes historiques du retour, du sionisme à la fondation de l'État. Il aborde enfin la question du rétablissement du Sanhedrin et de la smicha, avec les tentatives passées de Rabbi Yaakov Berav et du Rav Kook.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Comme nous avons commencé les brachot, les bénédictions du Chmoné Essré, je pense qu'il serait utile de les continuer. Nous sommes, je crois, à la dixième bracha, celle de Tekaa be-shofar guedola, Lechéru Tenou. C'est la première des brachot qui, de manière manifeste, s'occupe du klal, non pas de l'individu, mais de la nation d'Israël tout entière. La nation d'Israël tout entière doit lever un étendard.

C'est quoi lever un étendard ? Un étendard, c'est un signe de ralliement. Vous voyez ?

Il y a un étendard, tout le monde le voit, et on se rallie à l'étendard. C'est comme ça que font les touristes dans la faune touristique israélienne à Jérusalem. Vous avez toujours des gens qui ont une sorte de petit drapeau ou un signe distinctif. C'est un étendard qui permet de se rallier.

— Comment ?

Eh bien, c'est simplement le sionisme. Le sionisme a servi d'étendard pour amener les exilés.

Il y a donc des questions aussi. Il s'agit du sionisme. Par exemple, le sionisme a servi d'étendard, de nos jours, pour rassembler les exilés. Il y a eu un appel, la déclaration Balfour, etc. Il y a donc eu un étendard qui a rassemblé les enfants d'Israël le moment venu, n'est-ce pas ? Je crois que nous en avons parlé il y a quelque chose comme quarante-cinq secondes, avant ta question, et je crois avoir donné à peu près la même réponse.

Mais c'est par générosité que je redonne les mêmes réponses. Donc: Vekabetsénou, et rassemble-nous, yahad, ensemble. Dans les différentes versions des textes, on trouve parfois mehéra, yahad, meharba kanfot haaretz. Parfois on trouve yahad, mehéra, et parfois yahad sans mehéra du tout. En tout cas, nous demandons à être rassemblés, yahad, ensemble, meharba kanfot haaretz, des quatre coins.

De la terre. Pourquoi faut-il être rassemblés ensemble ? Et qu'est-ce qui se passe si on n'est pas rassemblés ensemble ? Exactement. Étant donné qu'il y a eu différents exils, différentes communautés dans le monde, cela a créé différentes mentalités. Chaque mentalité, prise pour elle-même, est une déviation de l'identité hébraïque originelle. Donc si on veut rétablir le profil originel de l'identité d'Israël, il faut rassembler tout le monde à la fois.

Une des maladies de l'État d'Israël au temps moderne, c'est justement le fait que chaque communauté est venue à une autre époque et a donné son empreinte, son cachet, ce qui a créé ensuite des difficultés d'intégration pour ceux qui venaient après. Il y a un sketch israélien bien connu dans lequel on représente les nouveaux arrivés qui montent du bateau et qui se font mal recevoir, et puis, quand ils sont intégrés, c'est eux qui reçoivent mal ceux qui viennent après, etc. Ça se passe l'un après l'autre.

La société d'Israël est faite de différentes couches, et l'enjeu de la société, c'est justement la synthèse, l'unité des différentes tendances. Il ne s'agit pas de faire disparaître les différentes identités, mais il est important qu'il y ait une contribution mutuelle de chacun à l'autre.

Maintenant, il faut se demander: qu'est-ce qui fait que les communautés sont tellement différentes ? Par exemple, qu'est-ce qui fait qu'un Achkénaze est Achkénaze et qu'un Séfarade est Séfarade ? Cela vient du goy chez qui on a vécu. C'est-à-dire que ce sont des civilisations extérieures à la nôtre qui ont porté leur empreinte sur les différentes manières d'être juif. Ce qui fait que, lorsqu'il y a un conflit intercommunautaire entre, par exemple, un juif de Pologne et un juif du Maroc, ce sont en fait deux goïms, un de Pologne et un du Maroc, qui se disputent à travers deux juifs. C'est le lieu de la rencontre des différentes identités de l'humanité.

C'est pour ça d'ailleurs qu'Israël est le seul pays dans lequel il n'y a pas de juifs. Il y a des juifs en France, des juifs au Maroc, des juifs en Russie, des juifs au Yémen, des juifs en Amérique, et ici vous avez des Américains, des Russes, des Yéménites, des Français, des Marocains, des Polonais, etc. C'est-à-dire que chacun est porteur de l'empreinte de la nation parmi laquelle il a vécu, soi-même ou ses ancêtres. Et tout cela revient en Erets Israël pour restituer l'identité originelle de l'être humain. Vous avez compris ? C'est comme s'il y avait eu un éclatement d'une identité originelle, celle d'Adam Harichon, qui a donné les soixante-dix nations. Puis il y a eu un éclatement de l'identité d'Israël, qui a donné soixante-dix manières d'être Israël.

Dans la restitution de l'identité, vous avez toutes les familles de la Terre qui se retrouvent en Erets Israël. Ce qui se passe de nos jours est quelque chose de beaucoup plus grand que ce qui se fait aux Nations unies. À l'ONU, on essaie de réunir toutes les nations par une sorte d'unité juridique. Ici, les nations sont réunies par une unité existentielle, vécue. C'est très différent. C'est beaucoup plus sérieux ici, oui.

On est tout à fait influencés. Cela crée un type humain, un certain ensemble de réactions, de spontanéité, qui viennent d'ailleurs, bien sûr. D'ailleurs, il y a par exemple une halakha intéressante dans le Rambam. Le Rambam dit qu'à la synagogue, dans les villes d'Europe, on s'assoit sur des bancs, et que dans les villes d'Orient, on s'assoit sur le sol. N'y aurait-il pas un rapport éventuel avec le fait que dans les églises on s'assoit sur des bancs et dans les mosquées sur le sol ?

— Certainement. Cela veut dire qu'il y aurait donc une influence diffuse de la civilisation extérieure qui s'est introduite dans le lieu de culte même, n'est-ce pas ?

— Comment ?

Eh bien oui, c'était comme ça, jusqu'à ce que l'influence occidentale l'emporte. Mais on voit très bien encore des gravures des synagogues anciennes au Maroc: les gens étaient assis au sol. Bien sûr. À Djerba, à la Ghriba, on est assis sur le sol. Bien sûr, c'est ce que dit Maïmonide. Or on ne peut pas détacher cela de l'environnement culturel, celui des musulmans, qui se mettent également au sol dans la mosquée. D'accord ?

D'ailleurs, c'est pour ça que très prochainement, dans les églises en France, il y aura une réforme et on s'assoiera au sol. Oui, je pense. C'est couru.

En tout cas, vous avez compris le principe du yahad. C'est important que cette réunion des exils se fasse ensemble. Je voudrais quand même me référer à la version où il y a écrit mehéra, parfois mehéra yahad, parfois yahad mehéra.

On demande que la sortie de l'exil se fasse vite. Dans le processus du retour, il est vrai qu'il se fait de manière graduelle, mais il y a parfois des moments où il faut aller vite si l'on veut que cela n'aille pas mal. C'est comme, par exemple, lors de la naissance. Une grossesse dure neuf mois. Faire grandir un enfant dure des années. Mais la naissance elle-même doit être rapide. Il y a un moment où il ne faut pas que ça traîne, sinon c'est dangereux.

C'est un peu comme ça dans la Gueoula: il y a des moments où il faut faire vite. Il faut savoir également diagnostiquer quels sont ces moments-là, chaque fois …

Cours d'Orot veKelim

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