Les trois serments de l'exil et la guérison d'Israël
Pourquoi la septième et la huitième bénédiction demandent la délivrance et la guérison, et ce que dit le contrat de l'exil.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La neuvième bénédiction de la Amida : pluie et parnassa, 48 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente les septième et huitième bénédictions de la Amida, qui demandent la délivrance (Gueoula) et la guérison (Refaénou). Il explique que la délivrance vise les malheurs concrets du peuple juif, et que son enjeu ultime est le nom de Hachem et la Chekhina. Il montre enfin que la maladie est un combat contre la pente naturelle vers la dégradation, ce que la place de la guérison en huitième position et le lien avec la milah viennent illustrer.
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Au début de l'histoire de l'État d'Israël, il y avait 600 000 habitants juifs. On en aurait eu plusieurs millions, ce qui aurait été tout à fait positif, n'est-ce pas ? Donc la Shoah est un malheur, point. Après, oui, mais on n'a pas été sauvés de la Shoah, on a été sauvés de l'exil, ça fait autre chose. C'est-à-dire que dans l'exil il y a eu deux choses. D'abord le fait que nous soyons exilés, ce qui est en soi un mal, et sortir de l'exil, c'est l'État d'Israël.
À part ça, il y a eu pendant l'exil une catastrophe, la Shoah. D'accord ? Cette catastrophe n'a pas été évitée. Évitée ! Contrairement à la Shoah de l'époque de Pourim, qui, elle, a été évitée. Disons que pendant la Shoah, quand on priait pour que la Shoah n'ait pas lieu, c'était ça, la septième bénédiction. D'accord ? C'est le sujet de la septième bénédiction. Alors cette bénédiction sert à chaque fois qu'il y a des problèmes. Imaginez par exemple qu'il y ait une condamnation d'Israël à l'ONU. On dit non ! On veut être sauvés de ça. On a des problèmes économiques, des problèmes de sécurité, on a des gens qui sont poignardés dans les rues, tout ça, on demande la Gueoula de ça.
Donc, indépendamment de l'époque historique où nous nous trouvons, si nous sommes en exil ou en temps de Gueoula, quoi qu'il en soit, on a besoin d'être sauvés des malheurs.
La question que tu poses serait plus justifiée pour la dixième bénédiction, qui dit « Libère-nous alors que nous sommes déjà libérés ». C'est ça la bonne question. Donc, quand on arrivera à la dixième bénédiction, tu poseras la question. Il s'agit d'être sauvé, libéré. Par exemple, quelqu'un qui est en prison et qui est libéré de sa prison est sauvé de sa prison, même si ce n'est pas la libération nationale.
Oui, au niveau individuel. Par exemple, chez les Hassidim de Loubavitch, Chabad, il y a ce qu'on appelle Chagageoula, la fête où le Rabbi est sorti de prison. Ah, je n'en sais rien, on n'a pas encore vu le texte. Si on voit le texte, on pourra éventuellement discuter de ces problèmes. Alors je propose que nous foncions dans le texte: Reé be'onyénou, veriva rivénou.
Le mot riv, en hébreu biblique, désigne un conflit qui se règle au tribunal. Rivah rivénou veut donc dire: plaide pour nous au tribunal. Et de quel tribunal s'agit-il ? On demande à Dieu d'être notre avocat. En fait, il y a ici deux éléments.
Il y a tout d'abord notre misère: Reé be'onyénou. C'est misérable d'être dans notre situation. Effectivement, pendant très longtemps, le peuple juif a vécu de manière misérable. Nous étions humiliés, abaissés par les nations de la terre. Et comme nous sommes le peuple d'HaKadosh Baroukh Hou, je pense que ça doit lui faire de la peine, entre guillemets, n'est-ce pas ? On lui dit: écoute, ce sont tes enfants quand même, tu vois, ils sont traînés dans la boue. Tu devrais faire quelque chose pour eux. Ça, c'est Reé be'onyénou.
Mais il y a également veriva rivénou, un argument d'ordre juridique. Si il y a un argument d'ordre juridique, c'est qu'il y a eu un contrat qui a été transgressé. De quel contrat s'agit-il ? Il s'agit tout simplement du contrat de l'exil.
Ce contrat existe. Il est mentionné dans le traité Ketoubot, dans la Guemara. C'est ce qu'on appelle les trois serments. Chalot, Chachouot. Et pour que l'exil puisse tenir le coup, parce que l'exil est quelque chose qui va contre la nature profonde d'Israël, il a fallu imposer des serments pour que l'exil ne soit pas rompu. Quels sont les trois serments ? Eh bien, le premier, c'est qu'Israël…
Et le troisième serment.
C'est que les nations n'asservissent pas Israël trop: Che lo yishta'abdou b'Israël yoter miday. C'est-à-dire que pendant le temps de l'exil, les nations ont le droit d'asservir Israël, mais doucement. Par exemple, lorsque nous étions en exil, il fut un temps où nous n'avions pas les droits civiques. Les juifs étaient considérés
comme des judéens, c'est-à-dire des ressortissants du royaume de Juda, sous protection du roi de France. Ils n'étaient donc pas des Français, mais ils étaient des représentants d'une autre nation qui était en exil. Et donc, si vous avez chez vous des étrangers, vous avez le droit d'exiger de leur part un certain statut, qui les empêche d'ailleurs d'occuper certaines fonctions, etc. Ça, ça passe encore. Ça fait partie de l'exil.
Mais quand ils commencent à nous faire des persécutions, des pogroms et autres saloperies de ce genre, alors on dit: ça, c'est une transgression du yoter miday, du trop. Et alors nous avons un argument juridique face au tribunal de l'histoire. On dit donc à HaKadosh Baroukh Hou: défends notre cause juridique, lorsque les goyim ont transgressé leur devoir de ne pas trop nous asservir.
— Quoi ? Non. Asservir, ça veut dire ne pas laisser les enfants d'Israël se considérer comme les citoyens du pays. C'est ça que ça veut dire: ne pas occuper, par exemple, des fonctions gouvernementales.
— Ah, non, rien n'empêche les goyim de ne pas nous asservir. Ils ont le droit. Mais s'ils veulent nous donner des droits égaux, ce qu'ils ont appelé l'émancipation lors de la Révolution française, pas de problème.
Dans l'émancipation des juifs lors de la Révolution, le vrai problème n'était pas l'égalité des droits. Le vrai problème était que le prix à payer était de renoncer à l'identité nationale d'Israël. C'est tout à fait autre chose. Les juifs ont tout reçu en tant que citoyens, rien en tant que nation. C'était un renoncement à l'isolement juridique, si on veut, d'une certaine manière. Et ça, c'est une catastrophe. Donc, ça ne tient pas, effectivement.
Oui, bien sûr. C'est pour ça qu'à partir du moment où il y a eu l'émancipation, il a été question du retour des Juifs en Israël. D'ailleurs, il y avait un Goy du nom de Napoléon Bonaparte, général de l'armée de la Révolution française, qui plus tard est devenu empereur des Français. Mais en 1799, il était général de la Révolution, du Directoire. Il s'est baladé de ce côté-là, en Erets Israël. Quand il a pris pied en Palestine de l'époque, il a lancé un appel, publié d'ailleurs dans Le Moniteur, un appel aux Juifs de revenir fonder leur patrie.
Ce qui est surprenant, quand on lit le texte, c'est qu'il demande aux Juifs d'Asie et d'Afrique de revenir, pas aux Juifs d'Europe. Il y a une différence entre les Ashkenazim et les Séfarades: nous avons déjà des citoyens français, on ne va quand même pas les renvoyer en Asie. Mais les Juifs d'Asie et d'Afrique, eux, qu'ils viennent. Après, il y a eu le Grand Sanhédrin et tout ce que ça représente. C'est le bazar.
Ces trois conditions ont été édictées par un texte du Chir HaChirim, le Cantique des Cantiques. Il est dit: Ichbati etkhem, benot Yerouchalayim, « Je vous adjure, ô filles de Jérusalem, im ta'iru ve-im te'oru et ha-ahava ad she-tehpatz », « de ne pas éveiller …
Cours d'Orot veKelim
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