Le troisième passage du Shéma : pourquoi les tsitsit
Pourquoi le troisième passage du Shéma parle des tsitsit et de la sortie d'Égypte, et pourquoi on le lit deux fois par jour.
Rav Oury Cherki
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le deuxième passage du Chema Israël, qui distingue l'amour servant d'un amour intéressé, avec son avertissement contre la chute, puis le troisième passage et la mitsva des tsitsit. Il explique pourquoi la Torah rappelle la nécessité de travailler en plus de l'étude, et pourquoi le troisième passage se récite matin et soir selon Ben Zoma. Il montre enfin comment les tsitsit rappellent l'ensemble des mitsvot et la sortie d'Egypte.
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Chalom à tous. Nous avons commencé l'étude de la lecture du Chema, et nous en sommes, si je ne me trompe, au deuxième passage. Le deuxième passage comporte un avertissement. Je reprends depuis le début: « Si vous entendez mes commandements que je vous ordonne aujourd'hui, d'aimer l'Éternel, votre Dieu, et de le servir, béchol levavkhem oubechol nafchekhem, de tout votre cœur et de toute votre âme. »
Donc on voit déjà plusieurs différences par rapport au premier passage, où il était question de béchol meodekha, de tout ton avoir, ou de tout ton pouvoir. L'expression meod est absente du deuxième passage, et on a expliqué pourquoi. Ici, c'est un amour de Dieu qui est intéressé: on aime pour recevoir quelque chose. Donc ce n'est pas béchol meodekha, de tout ton pouvoir. De plus, il est question ici de le servir. Dans le premier passage, il est dit veahavta, tu aimeras, mais il n'est pas écrit veavadeta, tu serviras. Dans le deuxième passage, il est donc question d'aimer et de servir, c'est-à-dire d'être à leur service.
Servir peut se faire aussi quand on est esclave, c'est-à-dire quand on n'a pas de connaissance intime de celui que l'on sert. Quand on aime, en revanche, il y a une connaissance intime. Dans le premier passage, il s'agit de quelqu'un qui est prêt à tout, à renoncer à tout pour Dieu: c'est un acte entièrement d'amour. Si je ne suis pas capable de renoncer à tout, alors je dois aussi recevoir ce qu'on appelle l'autorité. Il n'y a pas seulement l'amour, il y a également la crainte: ahava, yira. La traduction de la crainte, c'est avoda, le service. Est-ce que vous suivez ?
Troisième différence: au début, c'est un singulier, et là, c'est un pluriel. Veahavta, béchol levavekha, nafchekha, meodekha, tout cela est au singulier. Dans le deuxième passage, c'est un pluriel, parce qu'il y a une différence entre le comportement de l'individu et celui de la multitude. La multitude n'est pas capable de lichma, c'est-à-dire de faire les choses pour elles-mêmes, mais elle est capable de lo lichma, c'est-à-dire dans un but intéressé.
Et donc, quel sera le résultat ? « Je donnerai la pluie de votre pays en son temps, la pluie de l'automne et la pluie du printemps. Tu récolteras tes céréales, ton vin nouveau, et ton huile. Je donnerai de l'herbe dans tes champs pour ton bétail. » Nous avions étudié ce que cela voulait dire. Pourquoi la Torah a-t-elle besoin de nous dire que si la pluie tombe, on récoltera la récolte ? On amassera la récolte, cela va de soi. Si j'ai un champ plein de blé, il est évident que je vais le moissonner. Si j'ai une vigne pleine de raisins, il est évident que je vais faire les vendanges. Si j'ai des arbres pleins d'olives, il est évident que je vais faire la récolte des olives. Pourquoi la Torah a-t-elle besoin de me le dire ?
Il y a un enseignement de Rabbi Yishmaël, dans le traité de Berakhot, qui dit que c'est pour nous dire qu'il ne faut pas seulement étudier, il faut aussi travailler. C'est de là qu'on l'apprend. Et pourquoi aurait-on pu penser qu'il ne faut qu'étudier ? Parce qu'il est dit: « Que ce livre de la Torah ne quitte pas ta bouche, et tu t'y consacreras jour et nuit. » On aurait donc pu comprendre que l'étude de la Torah doit remplir toute la journée de l'homme, sauf le sommeil évidemment, et que, pour le reste, il faut étudier tout le temps. C'est pour cela que la Torah dit: veasafta dganekha, il faut y mêler aussi le travail, le métier. C'est l'opinion de Rabbi Yishmaël.
Et il ne s'agit pas de la paracha. On aurait pu penser que les efforts qu'on fait pour avoir sa subsistance sont interdits. Alors comment aurait-on mangé ? Le bon Dieu, non seulement il aurait fait pleuvoir, mais il nous aurait amené le blé à la maison, et non seulement le blé, mais il aurait pris la forme de pain. Ce n'est pas le cas. Rabbi Yishmaël dit donc: non, parce qu'il y a un verset dans Yehochoua qui nous dit qu'il faut étudier la Torah tout le temps. On aurait pu penser qu'il faut prendre cela au sens littéral. Comment sait-on que c'est impossible ?
Rabbi Chimon Bar Yochaï, par exemple, était dans sa grotte. Il avait toujours de quoi manger. Qu'est-ce qu'il mangeait ? Un caroubier, non. Manger le caroubier lui-même est assez problématique, cela ne se fait qu'une seule fois, c'est tout. Non, ils mangeaient des caroubes. Et qu'est-ce qu'ils buvaient ? Il y avait une source, donc ils buvaient de l'eau. Et quels vêtements portaient-ils ? Il n'y en avait pas: ils étaient enterrés dans le sable jusqu'au cou. Ça a duré combien de temps ? Douze ans. Donc pendant douze ans, Rabbi Chimon Bar Yochaï ne fait rien, et on voit que sa subsistance est pourvue par le bon Dieu. Mais il faut être prêt pour cela: manger des caroubes, boire de l'eau.
Pendant douze ans, cela va. Si quelqu'un dit: « Moi, je ne veux pas aller travailler, parce que je veux faire comme Rabbi Chimon Bar Yochaï », pas de problème. Tu ne manges que les caroubes et tu ne bois que de l'eau, et tu es enterré dans le sol. Je n'ai pas encore cité l'opinion de Rabbi Chimon Bar Yochaï: pour l'instant, je n'ai donné que l'interprétation de Rabbi Yishmaël. Il y a une deuxième interprétation, celle de Rabbi Chimon Bar Yochaï. Il dit que ce verset se réfère à une situation où l'on ne fait pas la volonté du bon Dieu: enam osim retsono shel Makom. Alors il faut travailler. Mais si l'on fait la volonté du bon Dieu, ce sont les non-Juifs qui travaillent pour nous.
Il y a un petit problème: comment Rabbi Chimon Bar Yochaï peut-il dire que ce verset décrit une situation où l'on ne fait pas la volonté de Dieu, alors que ce verset dit: « Si vous entendez, si vous écoutez mes commandements » ? C'est un problème. Comment Rabbi Chimon Bar Yochaï, qui sait lire le texte de la Torah, a-t-il compris cela ? Rabbi Haïm de Volozhin explique que cela veut dire: quand on ne fait pas entièrement la volonté de Dieu, puisqu'il manque le béchol meodekha. C'est cela que cela veut dire. Donc, pour Rabbi Haïm de Volozhin, la société est divisée en deux: il y a ceux qui sont prêts à tout sacrifier, comme Rabbi Chimon Bar Yochaï, et ceux qui ne sont pas capables, qui travaillent aussi. C'est ainsi que Rabbi Haïm de Volozhin comprend ce texte.
Maintenant, il y a une interprétation du Hatam Sofer, que vous semblez connaître, qui dit exactement le contraire: ce débat concerne houtz la'aretz, en dehors d'Erets Israël. En Erets Israël, Rabbi Chimon Bar Yochaï sait très bien qu'il faut travailler, puisque c'est la mitsva de s'enraciner sur le sol d'Israël. On ne peut pas s'enraciner sur un sol s'il n'y a pas de métier, aussi bien agricole …
Cours d'Orot veKelim
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