Aimer D-ieu par l'écoute : deux manières d'aimer dans le Chéma
Pourquoi le Chéma pose l'amour de D-ieu comme impératif puis comme condition, et ce que cela dit de l'ichma et du lo ichma.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le troisième passage du Shéma : pourquoi les tsitsit, 51 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le premier paragraphe du Chema et le second, en montrant que la Torah parle de deux manières d'aimer Hachem : un amour qui découle de la connaissance (selon le Rambam, Hilkhot Teshouva ch. 10) et un amour conditionné par la pluie et les récoltes. Il en tire des conséquences sur l'étude, la prière, les téfilines et la mezouza, et sur le lien entre la pluie et le comportement moral en Erets Israël. Le cours insiste sur la nécessité de mobiliser tout son être, y compris son yetzer hara, pour connaître le Créateur.
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Shalom à tous. Nous avons étudié la dernière fois le premier verset de la lecture du Chema. Il s'impose donc que nous étudiions la suite du Chema: Véahavta èt Hachem Elokhèkha, tu aimeras l'Éternel ton Dieu. Et pourquoi ? Si on a fait un peu de chemin, on a vu également la différence entre chem et kavod, je crois.
Ce n'est pas dans ce cadre-là, mais ce n'est pas grave. Véahavta èt Hachem Elokhèkha, tu aimeras l'Éternel ton Dieu. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui me pousse à aimer l'Éternel ? Si vous regardez dans le deuxième paragraphe du Chema, le deuxième passage, vous avez à nouveau l'injonction d'aimer, mais là-bas c'est au conditionnel: Véhaya im chamôa tichmèou èl mitsvotaï, si vous écoutez, vous entendez les commandements, acher anokhi metsavé ètkhèm hayom, que je vous ordonne aujourd'hui, léahava èt Hachem Elokhèkhèm, pour aimer l'Éternel votre Dieu.
Donc on voit qu'il y a un premier passage où l'amour de Dieu est considéré comme un impératif, catégorique pourrait-on dire. Et dans le deuxième passage, l'amour de Dieu est conditionnel. Si vous l'aimez, alors... c'est intéressant.
Il y a donc deux manières d'aimer. Dans les deux cas, le passage s'ouvre par le verbe Chema, écoute. Mais la première fois, il s'agit d'entendre une vérité métaphysique: Hachem Elokénou, Hachem Ehad, l'Éternel notre Dieu, l'Éternel est un. Quelle que soit l'interprétation qu'on en donne, selon les enseignements géniaux du cours passé. Ce ne sont pas les miens, c'est vrai que je peux dire qu'ils sont géniaux. Donc, Chema Israël, tu entends que l'Éternel est un.
C'est un cours de moi, mais les enseignements ne sont pas de moi. Nous avions vu: chaque interprétation, d'où elle venait, soit de Rachi, soit du Rambam, soit des kabbalistes. On a amené beaucoup d'interprétations, n'est-ce pas ? Je reviens donc à la relation entre le Chema et Ahava, entre l'écoute et l'amour. Si ce que tu as entendu, si ce que tu as écouté, ce que tu entends, c'est que Dieu est un, alors l'amour découle naturellement.
Les philosophes appellent cela un impératif catégorique. Tu as entendu, donc tu aimes. Mais si ce que tu entends, c'est seulement les mitsvot, alors l'amour devient intéressé. Si tu l'aimes, alors il y aura la pluie. Donc il y a un intérêt. Véahavta, c'est un futur en hébreu biblique. Il y a ici un intérêt.
C'est la différence entre ce qu'on appelle lo lichma et lichma: dans un but intéressé ou dans un but désintéressé. Atem afri al yerka, al yerka mavi chiour... Ça, ça me lève. Atem évéchèkha, al yerka mavi chiour. Donc, ce que dit ici la Torah, c'est: tu entends, mais tu entends les mitsvot, donc tu es intéressé. Tu vas accomplir les mitsvot lo lichma, dans un but intéressé. C'est bien clair ?
Cela veut dire qu'en fait, les deux manières d'aimer l'Éternel sont toutes les deux légitimes. Il y a un principe dans la Guemara: mitokh she-lo lichma ba lichma, on commence de manière intéressée pour en arriver au désintéressé. Pourquoi ce n'est pas inversé ? Parce qu'on met l'idéal en premier. Ça, c'est le premier point.
Remarquez aussi une petite différence: le premier passage est écrit au singulier. Chema Israël, écoute, c'est un singulier. Véahavta, tu aimeras, c'est un singulier. Véhaya im chamôa tichmèou, si vous entendez, c'est un pluriel. Acher anokhi metsavèkhem, que je vous ordonne, c'est un pluriel. Léahava èt Hachem Elokhèkhèm oulèovdo, de sorte que vous aimiez l'Éternel votre Dieu et que vous le serviez, tout cela, c'est un pluriel.
Évidemment, celui qui arrive à un culte, à un service de manière désintéressée, c'est un individu. Mais la multitude, à laquelle on parle au pluriel, elle, le fait dans un but intéressé, ce qu'on appelle lo lichma. Est-ce que vous me suivez ? Autre conséquence: le monde est ainsi fait que la multitude est mue par l'intérêt, et que ce sont seulement quelques élus qui sont désintéressés. Bien sûr.
Pourquoi un enfant va-t-il à la synagogue ? Parce qu'il y a des bonbons, n'est-ce pas ? Pourquoi un adulte va-t-il à la synagogue ? Parce qu'il y a le kiddouch. Pourquoi un vieillard va-t-il à la synagogue ? Parce qu'il espère le Olam Aba. Donc il y a à chaque fois un intérêt. D'accord ? Rares sont les individus qui le font par amour absolu.
Maintenant, remarquez encore une autre différence très importante: comment faut-il aimer ? D'après le premier passage, la Torah nous dit: Bekhol levavkha, de tout ton cœur, ouvekhol nafchekha, de tout ton être, ouvekhol meodekha, de toute ta force. Vous avez trois éléments: bekhol levav, bekhol nefech, bekhol meod. Trois.
Regardez dans le deuxième passage: ulèovdo bekhol levavkhem ouvekhol nafchekhem, de tout votre cœur et de tout votre être. Il n'y a pas écrit « de toute votre force ». Donc il y a une différence de niveau entre l'amour désintéressé et l'amour intéressé. Il manque le meod. Qu'est-ce que le meod, la force ? D'après la Guemara, c'est « de tout son bien », c'est-à-dire que celui qui aime l'Éternel est prêt à sacrifier même son aisance matérielle pour le bon Dieu.
Mais ici, dans le deuxième paragraphe, la motivation est: vous aimerez Dieu pour avoir la pluie. Donc l'intérêt matériel, l'aisance matérielle, on ne l'abandonne pas. Au contraire, c'est ça le but: je vais aimer Dieu parce que comme ça il y aura la pluie, il y aura de quoi manger. La Torah supprime donc le bekhol meodekha. Et cela veut dire que, puisque la Torah nous dit: si vous aimez Dieu, vous aurez la pluie, c'est la pluie qui est importante pour moi. C'est un but d'intérêt.
C'est une avodah zara autorisée, c'est-à-dire que j'ai le droit de servir Dieu dans mon intérêt. À partir du moment où je place mes intérêts comme centre, on peut dire d'une certaine manière que c'est la racine de l'avodah zara. C'est pour ça que la Torah nous avertit juste après: faites attention de ne pas arriver à l'avodah zara, dans la suite du deuxième paragraphe. Mais c'est kacher quand même.
— Ah, c'est-à-dire que c'est plus facile de servir par amour en sortant d'Égypte qu'en entrant en Erets Israël ?
C'est possible. Mais dans les deux cas, la Torah parle d'amour, aussi bien dans le premier passage que dans le deuxième. D'accord ? Ce n'est pas qu'elle renonce à la possibilité d'aimer, mais c'est un amour qui est conditionné par les intérêts. C'est la pluie. La pluie, c'est très important. Vous avez compris ?
Maintenant, essayons de rentrer un peu plus dans le détail. Je reviens au premier passage, Véahavta, tu aimeras. Comment fait-on pour aimer l'Éternel ? Ça se traduit comment ? Chez les hommes, l'amour est un sentiment. Un homme aime une femme, c'est son cœur qui bat: boum, boum, boum. Il y a tout un mouvement, disons hormonal, qui fait qu'on est pris d'amour pour une personne. Mais est-ce que c'est par là que commence l'amour ?
Vous savez, par exemple, que l'amour conjugal est appelé dans la Torah yedi'a, connaissance: vehaadam yada èt Hava ichto, l'homme avait …
Cours d'Orot veKelim
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