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Les dix paroles : trois manières de les lire

Pourquoi on ne parle pas de dix commandements, la discussion sur la mitsva de croire, et l'ordre des paroles entre les deux tables.

55 min

Plusieurs Rabbanim

Ensuite : Chavouot : le don de la Torah et les dix Sefirot, 1 h 59

En bref

Le Rav Elie Klings présente trois manières de lire les Dix Paroles données au Sinaï : la division classique en deux tables (relations entre l'homme et Dieu, puis entre l'homme et son prochain), le classement selon que chaque parole s'adresse à la pensée, à la parole ou à l'action, et la lecture horizontale proposée par Rachi à partir du Chir HaChirim, qui rapproche ligne à ligne les deux tables. Il montre par exemple pourquoi l'interdit du meurtre se relie à la présence de Dieu dans chaque être humain, et pourquoi le respect des parents concerne d'abord l'aide apportée aux parents âgés. Il explique aussi pourquoi on parle de Dix Paroles plutôt que de Dix Commandements, et discute le statut de la première parole.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

On va donc parler des Assérèt HaDibrot, des dix paroles. Je ne sais pas pourquoi on les appelle les dix commandements, d'ailleurs, parce qu'en hébreu ce sont les dix paroles, ce ne sont pas les dix commandements. Pourquoi les appelle-t-on les dix paroles ? Parce qu'il n'y a pas dix commandements, il y en a 613, donc il n'y a pas de raison de les appeler les dix commandements. Et une deuxième raison pour laquelle on les appelle les dix paroles, c'est qu'on n'est pas sûr qu'il y ait dix commandements dans les dix paroles.

C'est-à-dire que la première porte la confusion: Anokhi Hachem Elokékha, « Je suis l'Éternel, ton Dieu ». Est-ce que c'est un commandement ? Si c'en est un, alors il y en aurait dix dans les deux tables. Mais ce n'est pas sûr. D'abord, il n'y a pas d'impératif. En général, dans les commandements, positifs ou négatifs, il y a des impératifs: tu ne fais pas ceci, tu fais cela, etc. Ici, c'est plutôt une carte de visite. C'est la présentation du personnage.

Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir d'Égypte, et donc je t'ordonne de faire ce qui va suivre. Il y aurait donc en fait une introduction et neuf commandements. C'est la deuxième raison pour laquelle on n'appelle pas cela les dix commandements. Mais ce n'est pas sûr que j'aie raison. C'est une grande discussion, de savoir si Anokhi Hachem Elokékha est un commandement ou pas, si c'est une mitsva ou pas. Et si c'est une mitsva, laquelle serait-elle ? Ce serait celle de croire en Dieu.

Bon, ce n'est pas écrit sous forme de mitsva, il n'y a pas d'impératif, mais peut-être que c'en est une. C'est en tout cas ce que pense Maïmonide: l'obligation que nous avons de croire en Dieu fait partie des 613 mitsvot. Tout le monde n'est pas d'accord avec lui, d'abord à cause du style, qui n'est pas le style habituel des mitsvot. Et puis aussi parce qu'il y a dans le fond quelque chose d'un peu illogique à croire qu'il y a une mitsva de croire.

Qu'est-ce que cela veut dire, qu'il y a une mitsva de croire ? Dieu te dit « crois en moi ». Mais si je ne crois pas, c'est une mitsva inutile: ce n'est pas parce que tu me dis « crois en moi » que je vais croire en toi, puisque je ne crois pas que tu existes. Et si j'y crois déjà, elle est inutile également, puisque j'y crois déjà.

La vérité, c'est ce que dit par exemple quelqu'un comme Abravanel: il dit sur le Rambam que le Rambam s'est trompé, qu'il n'y a pas de mitsva de croire en Dieu, parce que ce n'est pas quelque chose qui est audible. Non pas parce qu'on a un problème avec des mitsvot qui dépendraient du cœur, de la pensée, de la conception, etc. Il y a des mitsvot qui dépendent du cœur: tu aimeras ton prochain comme toi-même, etc. Ce n'est pas le problème. Le problème n'est pas que ce soit une mitsva qu'on ne peut pas réaliser dans l'acte. C'est une mitsva qui dépend de la pensée, de ce qu'on imagine, de notre manière de concevoir le monde. Ça, ce n'est pas le problème. Le problème, c'est que c'est une mitsva bizarre: je te demande de croire, et si je ne crois pas, ça ne sert pas à grand-chose que tu me le demandes.

Enfin bref, il y a une discussion là-dessus. De toute façon, on appelle cela les dix paroles, Assérèt HaDibrot ou Assérèt HaDevarim, et non pas les dix commandements. Mais il y a plusieurs manières d'aborder ces dix paroles, on peut en trouver trois. Aborder, cela veut dire classer les dix paroles, et on peut les classer de trois manières différentes.

D'abord, le classement classique, le plus connu: les classer en deux tables, la première et la deuxième. C'est évidemment très logique, puisque ce classement est voulu par le fait même qu'il y ait deux tables. Vous comprenez bien qu'on aurait très bien pu tout écrire sur une seule table: il n'y aurait pas eu deux Loukhot HaBrit, deux tables de l'Alliance, il n'y en aurait eu qu'une, et les paroles seraient inscrites l'une derrière l'autre. Si on en a mis deux, c'est sans doute parce qu'on voulait différencier chacune des deux.

À partir de là, la différenciation classique dit que la première table concerne les mitsvot entre l'homme et Dieu, donc à la verticale, alors que la deuxième table parle plutôt des mitsvot qui concernent les relations humaines, ce qu'on appelle en hébreu bein adam lé-havérò, les relations horizontales. Et la vérité, cela semble assez logique, surtout pour la deuxième table: ne tue pas, ne vole pas, etc., ce sont en effet des lois qui régissent les relations entre l'homme et son prochain. Pour la première table, c'est presque vrai, sauf que, comme vous le savez, le problème, c'est le cinquième, celui qui est sur la première des tables: honorer ses parents. Honorer ses parents, a priori, c'est plutôt du côté bein adam lé-havérò que du côté bein adam lamakom.

Il y a des réponses aussi classiques que la question. La réponse habituelle, c'est de dire: d'accord, peut-être, mais en fait il faut respecter tout le monde, pas seulement ses parents. Et s'il y a une mise à part pour le respect des parents, c'est parce que ce respect a un sens différent du respect que je dois à n'importe qui d'autre. Pourquoi devrais-je à mes parents un respect différent ? Parce qu'ils m'ont donné ce que personne d'autre ne m'a donné, et ce qui est le plus précieux chez moi, c'est la vie. La raison pour laquelle le respect des parents se trouve du côté de la loi, c'est que ce respect-là a quelque chose de très particulier: c'est le respect que je dois à ceux qui m'ont donné la vie.

Or, comme nous le savons, les parents ne sont pas les seuls à me donner la vie. Si je suis sur terre, c'est grâce à mes parents, mais c'est aussi grâce à une collaboration entre mes parents d'une part et Dieu d'autre part. Il y a trois qui ont provoqué la création de n'importe quel être humain: le père, la mère et Dieu lui-même. Le père et la mère ont donné la couleur des yeux et la longueur du nez. Et Dieu, qu'a-t-il donné ? Il a fait en sorte que ce corps soit doué d'une vie, d'une neshama, et en mettant la neshama dans le corps, il l'a rendu vivant. C'est pour cela que chaque fois qu'un bébé naît, trois chouttafim ont participé à sa naissance: le père, la mère et Dieu lui-même.

Donc le respect que je dois à mes parents est du même ordre que le respect que je dois à Dieu lui-même, puisque c'est pour les mêmes raisons. Je dois un respect particulier à mes parents qui m'ont donné la vie, et je dois un respect à Dieu parce qu'il m'a donné la vie aussi. C'est la raison pour laquelle ce cinquième …

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