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Ashgaha Pratit : la providence divine à l'épreuve du mal

Rav Cherki examine la question de la présence de Dieu dans la souffrance, à partir de la Torah et du Ramhal.

1 h 01

Plusieurs Rabbanim

Ensuite : Rabbi Shimon bar Yochai et le jour de l'Omer, 55 min

En bref

Le Rav Cherki répond à la question de la présence de Dieu dans la souffrance, posée après le 7 octobre : la Torah laisse l'homme entièrement libre de ses actes, et le septième jour de la création est celui où Dieu confie l'achèvement du monde à l'homme. Il distingue la providence générale, qui veille sur l'espèce, de la providence individuelle, graduée selon la sagesse et la moralité de chacun, selon Maïmonide. Il s'appuie sur le livre de Job et sur le Ramhal pour montrer que la souffrance n'est pas une punition comptable, mais s'inscrit dans un dialogue entre Dieu et l'homme.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, et bien, bonjour à tout le monde. Ça fait déjà une année qu'on ne s'est pas rencontrés. On s'est rencontrés l'année dernière seulement. Donc, Chana tova.

David Altar m'a demandé, à la suite des événements du 7 octobre, de nous entretenir de ce qu'on appelle la présence de Dieu dans le monde. C'est-à-dire: quand il y a des souffrances, quand on a le sentiment qu'il y a une face voilée. Un voilement de la face divine. Alors, se posent des questions.

Notre sujet est en fait beaucoup plus vaste que les événements de l'année dernière. Il concerne tout un principe dans le judaïsme, celui de la Providence, en hébreu hachgaha. Qu'est-ce qu'on entend par hachgaha ? Dans quelle mesure peut-on remettre en question la providence divine ? Qu'est-ce que ça signifie exactement, la providence divine ?

Je voudrais tout d'abord vous faire part des différentes opinions autour de cela. Commençons par l'opinion de l'islam sunnite. L'islam sunnite affirme que tout est dirigé directement par Dieu. C'est ce qu'on appelle le déterminisme, le fatalisme oriental absolu: tout est dans les mains de Dieu, il n'y a pas de libre arbitre, c'est lui qui décide de tout, des malheurs et des bonheurs et du reste.

Maintenant, pourquoi vous parler aujourd'hui d'une opinion musulmane ? Tout simplement parce que cette opinion s'est infiltrée subrepticement dans le judaïsme. Vous entendez souvent, avec une affirmation de piété, qu'il est important de comprendre que tout ce qui nous arrive, ce n'est pas nous qui décidons. Finalement, c'est Dieu qui a décidé si un tel allait mourir, si un tel allait être rescapé, si on allait être dans le bonheur ou dans le malheur, etc. En fait, c'est n'importe quoi. Mais cette opinion est courante. On l'entend souvent, d'ailleurs, dans les médias.

Quand il y a, par exemple, un attentat, quand il y a une guerre, quand il y a des malheurs, les gens disent pieusement: c'est pas nous qui décidons, c'est Dieu qui décide. C'est totalement faux. Du point de vue du judaïsme, celui qui décide, c'est l'homme. Soit la personne atteinte elle-même, si elle n'a pas été prudente, soit son ennemi. Parfois, c'est le terroriste qui a décidé, et le terroriste est un être humain.

C'est lui qui a décidé de faire le mal. S'il ne l'avait pas décidé, le mal n'aurait pas été fait. Rappelons-nous donc cet élément extrêmement important: c'est la totale liberté de l'homme. Nous ne sommes pas libres par rapport aux données parmi lesquelles nous vivons. Je ne suis pas libre par rapport aux événements du passé qui sont passés. Je ne suis pas libre par rapport à la nature, la nature est une donnée. Mais je suis entièrement libre dans ma réaction aux événements.

Et à partir de là, les décisions que je prends. Les décisions que je prends dépendent exclusivement de moi. Et c'est important, parce que cela veut dire que HaKadosh Baroukh Hou, lui, a confiance en l'homme. Ce n'est pas du tout évident. Comme disait Manitou: quand quelqu'un dit qu'il ne croit pas en Dieu, Manitou disait que ce n'est pas grave, parce que Dieu croit en toi.

Il y a ici une remarque. C'est aussi la même chose dans le christianisme: le Dieu est Deus ex machina, c'est lui qui décide de tout. Non, non, non. Le Deus ex machina, ça ne veut pas dire que Dieu décide de tout, ça veut dire qu'il intervient quand il veut finalement arriver à ses fins. Ce n'est pas du tout la même chose. Tandis que dans l'islam, il y a un fatalisme total.

Et, comme je l'ai dit, ça s'est infiltré dans la pensée soi-disant pieuse chez beaucoup de juifs. Maintenant, je voudrais comprendre tout d'abord cela dans le cadre de ce que dit la Torah. Or, un des grands principes que j'ai appris de mes maîtres, c'est que pour savoir ce que dit la Torah, il faut la lire. Vous connaissez l'analyse, on l'a répétée plusieurs fois, peut-être même un peu ressassée, du récit de la création du monde dans le livre de Béréchit.

Dans le livre de Béréchit, il y a un récit du premier jour, du deuxième jour, du troisième jour, du quatrième jour, etc. Et à chaque fois, il y a une intervention du Créateur dans la création. Que la lumière soit, que la terre sèche apparaisse, qu'il y ait des plantes, qu'il y ait des luminaires, etc. Il y a donc en permanence, dans chacun des jours, une action voulue par le Créateur, qui va changer l'état du monde.

Et quand on arrive au septième jour, ce qui est dit dans la Torah est absolument extraordinaire. Dieu ne fait rien. Il se repose. Or, le septième jour, c'est le temps de l'histoire. En effet, si vous regardez à la fin de chacun des six premiers jours, il est écrit: Il fut soir, il fut matin, jour untel. Premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième.

Et puis, quand on arrive au septième jour et qu'il est dit que Dieu cesse son œuvre, on se demande où il est écrit Il fut soir, il fut matin, le septième jour. Ce verset n'existe pas. Il devrait pourtant y avoir un verset qui clôt le récit du septième jour, et il n'existe pas. Il n'est pas dit Vayehi erev, vayehi boker, yom ha-chevi'i. Cela veut dire que le septième jour n'est pas fini. Nous sommes encore dans le septième jour. Le septième jour est ce temps de la création où le Créateur cesse de travailler. Il fait travailler quelqu'un d'autre à sa place. Ce quelqu'un d'autre, c'est l'homme.

En effet, il est dit que Dieu n'avait fait que commencer pour parfaire. Et ce parfaire, c'est à propos de la création de l'homme qu'il est dit: Na'assé adam, « Nous allons faire l'homme ». La'asot, faire, cela veut dire en hébreu achever. Na'assé adam. Et finalement, il est seulement dit que Dieu a commencé l'homme: Vayivra Elohim et adam. Mais il n'est pas dit qu'il l'a achevé. Donc nous sommes un être inachevé dans un monde déjà achevé.

Dans la nature, dans la biologie, tout est à peu près déjà achevé depuis longtemps. Les lois de la physique depuis très longtemps, les lois de la biologie relativement plus tôt. Même dans la biologie, un chat d'aujourd'hui et un chat d'il y a dix mille ans, c'est le même chat. Avec quelques mutations par-ci par-là, il y a quand même quelques transformations, mais, dans l'ensemble, dans la vie biologique, les chats sont toujours des chats, les zèbres sont toujours des zèbres. C'est l'homme qui évolue. Asher bara Elohim la'asot: c'est donc à l'homme de travailler.

Cela nous explique un problème. Souvent, des gens entendent dire qu'il y a un Dieu qui a créé le monde. Mais si je me promène dans le monde et que je ne suis pas averti, ce que je vois, eh bien, je vois le monde. Je ne vois pas le Créateur du monde. Où est-il ? Il n'intervient pas.

À ce propos, je voudrais raconter une petite anecdote à propos du physicien Laplace. Laplace, lui, est [...] Kant ont élaboré une cosmogonie. …

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