Chavouot : ce que l'on fête vraiment au Sinaï
Le dévoilement de Dieu au peuple juif, et non la remise de la Torah, qui n'a eu lieu que à Kippour.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Boaz, Manoah et la tension entre individu et Klal, 41 min
En bref
Le Rav Fiszon montre que Chavouot ne commémore pas la remise de la Torah, qui n'a eu lieu qu'à Yom Kippour, mais le dévoilement de Dieu au peuple juif au pied du mont Sinaï le deuxième jour du mois de Sivan, à l'issue duquel le peuple a demandé à entendre Dieu lui-même. Il rappelle que toute fête juive suppose un événement qui a touché le peuple juif, et il l'applique au cas de Yom Yerouchalayim et de Toubichvat. Il explique enfin pourquoi les dix paroles du Sinaï se répartissent en un premier commandement qui authentifie Moshé puis neuf autres qui le qualifient, en trois triplets concernant la relation à Dieu, au prochain et à soi-même.
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Le judaïsme est d'abord et avant tout terre à terre, et n'est pas mystique. Quand je dis ça et que je le rattache aux fêtes, je vais dire une chose que je répète tout le temps, donc ce n'est pas nouveau: on commence par une introduction très connue. Il n'existe de fête juive que s'il y a eu un événement que nous devons fêter. S'il n'y a pas d'événement, mais que la date est spirituellement chargée, en électrons, en photons et en tout ce que vous voulez, ça n'en devient pas une fête. Il faut qu'il y ait un événement, un événement qui a touché le peuple juif. Sinon, chum davar kloum. D'accord ? On peut faire des minhagim sympathiques, mais ça ne deviendra fête que lorsqu'il y aura un événement officiel qui aura touché le peuple juif.
— Comme tu le dis très bien, c'est une fête.
C'est une fête, bien évidemment ! Tu parles de férié au sens goy, c'est-à-dire... Pourquoi ? Est-ce que ce n'est pas un jour Chomé ? Ou est-ce que tu dis que ce n'est pas Yom Tov ? Alors non, ce n'est pas pareil ! Les fêtes des Rabbanan, les fêtes instaurées par les rabbins, ne sont pas des Yom Tov où l'on n'a pas le droit de travailler ou de faire des choses comme ça. Comme Hanouka, Pourim, Yom HaAtzmaout, Yom Yerouchalayim: pareil, ce ne sont pas des Yom Tov.
Alors pourquoi l'État d'Israël n'en a-t-il pas décrété un jour Chomé, comme Yom HaAtzmaout ? C'est une excellente question, et c'est une grande erreur. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui Yom Yerouchalayim, bien que ce soit une fête juive, puisqu'elle a été décrétée par le Grand Rabbinat d'Israël comme fête juive, est d'ailleurs un jour où l'on n'a pas le droit de dire le Tachanoun. C'est un jour où l'on doit dire le Hallel, c'est un jour où l'on doit être Sameah. C'est un jour de fête, bien sûr. Ça a été décrété ainsi dans la halakha. Maintenant, pourquoi...
À part Jérusalem et à part les gens qui ont des kippot tricotées, personne ne le fait. Une des raisons, c'est que l'État d'Israël ne l'a pas véritablement accepté. C'est-à-dire que l'État d'Israël n'a pas encore véritablement réalisé ce que ça voulait dire d'être rentré à Jérusalem. Bien sûr que c'est politique, mais ça va ensemble. Pourquoi c'est politique ? Politiquement, on a dit: ça y est. Oui, mais on est à moitié, parce que...
Politiquement, on a dit que Jérusalem était devenue la capitale une et indivisible. On le dit, d'ailleurs, à l'international: Israël revendique Jérusalem comme sa capitale aux yeux du monde. Donc, au niveau politique, on a accepté ça. Mais le Mont du Temple est entre nos mains, ça, on ne l'a pas accepté. Il faut bien se rendre compte, on ne va pas faire un cours sur Yerouchalayim, mais en 67, on pouvait dégager la Ouakfe... autant qu'on le voulait. Ils n'auraient rien pu faire du tout. Mais cette erreur-là n'est pas seulement celle de Moshe Dayan tout seul. Vous comprenez bien qu'il y a ici la main de Dieu qui est derrière. Am Israël, semble-t-il, n'était pas encore prêt à prendre possession du Temple,
et du Beit HaMikdash. Donc il y a des choses encore à faire. Je suis pour qu'un député... pourquoi ne pas proposer ça au Rav Amichai Eliyahu, le ministre de la tradition juive et de l'héritage, de présenter un projet de loi disant que Yom Yerouchalayim sera férié ? Moi, je suis complètement pour. Il n'empêche qu'il y a un événement qu'on fête à Yom Yerouchalayim. Par opposition, il n'y a pas d'événement qu'on fête à Tou BiChvat.
Tou BiChvat, c'est sympa, on mange des fruits, il y a plein de choses à dire, on peut en faire plein de cours de Torah, il y a beaucoup de spiritualité dans cette journée-là. Mais celui qui ne fait pas Tou BiChvat n'a rien transgressé: ce n'est pas encore officiellement une fête juive. Bon, c'est ce que je dis, c'est très connu, je le dis à chaque fête. Donc je repose ma question: qu'est-ce qu'on fête à Chavouot, puisqu'il faut fêter un événement ? Le problème, c'est que tout le monde dit « le don de la Torah », alors qu'on n'a reçu aucune Torah.
— Et l'étape de la loi, alors ?
Ah, ce n'est pas pareil ! Et j'ai envie de te dire: non seulement l'étape de la loi n'est pas la Torah, mais en plus, on ne les a pas reçues à Chavouot.
— Ah, d'accord. On aurait dû les recevoir.
On aurait dû les recevoir. Non plus ? Écoutez: le peuple s'est rassemblé et a entendu la voix de HaKadosh Baroukh Hou. Je vous propose... tout ce que je vais dire maintenant, vous le savez. Je ne vais absolument pas dire de nouveautés, peut-être à la fin, mais
tout ce que je vais dire en préambule, c'est un grand préambule, vous le savez. Le problème, c'est que je suis obligé de le dire. Pourquoi ? Parce qu'on a tellement ancré dans nos têtes quelque chose de faux, que même les choses vraies qu'on connaît sont reléguées derrière, derrière, derrière. Les amis, on arrive au pied du mont Sinaï. C'est écrit au chapitre 19 du livre de l'Exode, Chemot, chapitre 19: le premier jour du mois de Sivan,
Baou Midbar Sinaï. On est arrivé au mont Sinaï, le premier Sivan, Rosh Hodech. C'est-à-dire ? Ensuite, Dieu a voulu commencer à parler aux Bné Israël. Moshe lui a dit: « Tant mort, ils sont fatigués. » Ils ont eu peur. Hein ? Ils ont eu peur. Quoi, ils ont eu peur ? Le peuple a eu peur. Pour l'instant, on n'a pas de peur. Pour l'instant, le peuple vient de marcher, il a posé la tente. Viens, on se remet dans le contexte: le peuple d'Israël vient de sortir d'Égypte,
il a marché depuis cinquante jours. Il arrive au pied du mont Sinaï. Enfin, ça ne fait pas cinquante jours, ça fait quarante-cinq jours. Il arrive... Oui, bah, j'imagine. Non. D'accord. Mais c'est quand même fatigant de se taper, je ne sais pas combien, trente, quarante kilomètres. Imagine-toi avec les enfants qui braillent, avec les troupeaux, avec les tentes, avec tout le bagage. Pour l'instant, il n'y a pas de chemin plus court. On est juste sortis, on a marché. On ne va pas directement passer par Eretz Pelichtim, parce que ça va être trop difficile, il y aura des guerres trop vite, on n'est pas prêts. Dans tous les cas,
on marche. C'est fatigant. Donc on va se poser au pied du mont Sinaï. D'ailleurs, on va y rester plus d'un an. On pose des valises. Moshe dit: « Les gars, on dresse le camp. » Mais Moshe, on dresse le camp pour une nuit ? Non, non, non, on reste plus longtemps. Ok. On dresse le camp, on s'installe. Ça, c'était le premier Sivan. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de, euh, Carrefour...
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