Halakha et Haggadah : pourquoi étudier Yom HaAtsmaout
Pourquoi la halakha n'est pas séparable de l'idéal de la Haggadah, et ce que la Torah dit de la mitsva d'habiter Erets Israël.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Le hallel, dire la louange à Yom HaAtsmaout, 1 h 03
En bref
Le Rav explique pourquoi la halakha de Yom HaAtzmaout n'est pas un sujet à part : la halakha est la forme éternelle de ce qu'il faut faire, la Haggadah en donne le sens profond. Il développe la mitsva d'habiter et de conquérir la terre d'Israël, et l'idée que la création de l'Etat marque le début de la Gueoula, la souveraineté étant ce qui distingue l'exil de la Gueoula. Il montre enfin comment les Hakhamim ont fixé la forme de la fête (Hallel avec ou sans bera'hah, Cheikh Eyanou) par analogie avec Hanouka et Pourim.
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Alors, Chavouot tov à tous ! On va commencer, et on est évidemment dans une semaine très particulière: Yom HaZikaron, Yom HaAtsmaout. D'ailleurs, aujourd'hui nous sommes Yom HaZikaron, mais cette année, c'est ce soir et demain. Nous sommes le 4 hier, et donc Yom HaZikaron aurait dû être aujourd'hui. On connaît l'histoire de Chilou le Chabbat, et donc ça a été repoussé.
On m'a demandé de parler ce matin de halakha. Je tiens à vous préciser tout de suite que ce que nous allons étudier va être extrêmement ennuyeux, puisque nous allons étudier de la halakha. On m'a dit oui. Entre Pessah et Yom HaAtsmaout: Pessah, tout le monde connaît. Tout le monde dit que c'est important, c'est marqué dans la Torah, les halakhot sont très claires. On mange du msouki, on ne mange pas du msouki, voilà. Mais Yom HaAtsmaout, où en est-on au niveau de la halakha ?
Donc, les amis, pourquoi est-ce important de faire un cours de halakha sur Yom HaAtsmaout, ou de manière générale ? Mon introduction est générale par rapport à la halakha, et ensuite nous arriverons directement à Yom HaAtsmaout.
Il y a une grande erreur, due à 2000 ans d'exil: penser qu'on peut séparer le monde de la halakha du monde de la hachkafa. C'est-à-dire que, dans le Talmud de Babylone, on peut voir qu'il y a une grande différence entre les textes dits halakhiques et les textes dits aggadiques. On ne les mélange pas, et on n'apprend pas la halakha de l'Aggada.
Alors que dans le Talmud de Jérusalem, qui malheureusement n'a pas été celui qui s'est imposé pendant l'Exil, il n'y a pas de différenciation évidente entre halakha et Haggada. Mais lorsque le Talmud de Babylone s'est imposé, on peut voir encore aujourd'hui des gens qui disent une phrase absurde: « Oui, dans les questions de halakha, j'ai un rabbin X, et pour les questions de hachkafa, j'ai un rabbin Y. » C'est une grande erreur.
Car la halakha, c'est la transcription, dans les lettres de l'éternité, de l'idéal porté par la Haggada ou la hachkafa. En d'autres termes, et en français: la halakha, c'est ce qu'il faut faire; la Haggada, c'est le pourquoi profond de ce qu'il faut faire.
En d'autres termes, lorsque je vais faire un feu d'artifice à Yom HaAtsmaout, zekhoum davar. Par contre, lorsque je vais faire les halakhot de Yom HaAtsmaout, j'inscris dans l'éternité la conscience de la Gueoula. Et donc les halakhot sont fondamentales. C'est pour ça que nous allons entrer tout de suite dans le vif du sujet.
Quand on parle de Yom HaAtsmaout, il faut tout d'abord se rappeler d'une chose: il y a une mitsva d'habiter en Erets Israël. C'est une mitsva que nous réalisons, telle qu'elle est marquée dans la Torah: « Vous conquerrez la terre d'Israël et vous vous y implanterez, car c'est à vous que j'ai donné la terre d'Israël pour que vous en preniez possession. » C'est dans le livre de Bamidbar, chapitre 33, verset 53.
Suite à ce verset, la Guemara, dans le traité de Ketoubot, à la page 110, verso, nous dit qu'il vaut mieux, toujours, pour un Juif, habiter en Erets Israël, même dans une ville à majorité non juive, même idolâtre, plutôt que d'habiter en Chou'tsa Laarets, dans une ville à majorité juive, hors de la terre d'Israël. Et pourquoi ? Car, nous dit le Talmud, « tout celui qui habite en Israël ressemble à quelqu'un qui a un Dieu, et celui qui habite hors de la terre ressemble à quelqu'un qui n'a pas de Dieu ». Évidemment, « ressemble » ne veut pas dire « pour de vrai ». Mais on voit ici l'importance donnée au fait d'habiter en Israël.
Bon, d'accord, mais habiter en Israël ne veut pas forcément dire y construire un État. Les gens habitaient en Israël sous l'époque britannique, sous l'époque ottomane. Peut-être que ça suffit ?
C'est là que le Ramban, Rabbi Moshe ben Nahman, va reprendre le verset dans le Sefer HaMitsvot du Rambam, dans les ajouts du Ramban. Dans la mitsva numéro 4, dit le Ramban, il y a non seulement une mitsva d'habiter en Israël, Vé-yichavtem, mais aussi la mitsva de Vé-horachtem: « Vé-horachtem » dans le livre de Bamidbar, et « Vé-yichavtem » dans le livre de Devarim. Ainsi, le Rambam écrit: nous avons été commandés d'hériter la terre que Hachem a donnée à nos pères, à Avraham, Yitzhak et Yaakov, et de ne pas l'abandonner aux autres nations, ni la laisser devenir un désert.
Donc, les amis, cette mitsva-là est une mitsva qui incombe à chaque génération: construire la terre d'Israël.
Mais il y a un homme, Rabbi Yitzhak Dileon, Baal HaMegilat Esther, qui a dit que cette mitsva n'était valable qu'à l'époque du Tanakh, jusqu'à l'exil de Babylone. Et depuis l'exil de Babylone, ce n'est plus une mitsva. Il faudra attendre le Machia'h pour que cette mitsva reprenne cours. Mais son avis est, à proprement parler, ce qu'on appelle dans la halakha ta'ut mi'yout. Car tous les commentateurs de la halakha, après le XIIIe siècle, ont décidé de trancher comme le Rambam, et non pas comme le Baal HaMegilat Esther. Et si je devais aller plus loin, je dirais simplement qu'avant que je vous dise qui était ce Baal HaMegila, personne ne savait qui c'était. Alors que le Rambam, c'est quand même une firme. Bekitsour !
Il y a donc ici une mitsva. D'accord ? Dans la halakha, il y a aussi une règle très particulière, le din haveloute. Vous savez qu'il y a des lois de deuil par rapport à la destruction de la terre d'Israël. Le prophète Yeshayahou, au chapitre 64, verset 9, nous dit: Ârei kodchekha hayou midbar: tes villes saintes sont devenues un désert. Vayikra et bikdo. C'est-à-dire que lorsqu'on voit une ville détruite en Erets Israël, on a la halakha de likro'a, de déchirer son vêtement, comme on le fait lorsqu'on apprend la perte d'un proche.
Mais les commentateurs de la halakha nous ont expliqué: d'accord, je veux bien, mais quand une ville est-elle considérée comme détruite, et quand est-elle considérée comme construite ? Cela dépend, d'après la halakha, comme il est écrit dans le Chou'lhan Arou'h, dans la Mishna Béroura, Magen Avraham, de la ribonout. Si la ville, le lieu, est sous domination d'Israël, même si le lieu est détruit, cela ne s'appelle pas un lieu détruit. Et si la domination est celle des goyim, même si les maisons sont très jolies, cela s'appelle un lieu détruit.
En d'autres termes, lorsque vous allez aujourd'hui dans des endroits qui furent de grandes villes d'Israël mais qui sont en ruines, on ne doit pas faire keria, parce que cela fait partie de l'État d'Israël. Alors que si vous alliez, par exemple, à Tel Aviv en 1947, avant la création de l'État d'Israël, en vous promenant à Yafo — parce que Tel Aviv n'était pas une ville de cette époque, mais à Yafo — on aurait dû faire keria. Donc, en fait, la dimension de construction ou de destruction ne dépend pas des pierres, …
Cours d'Orot veKelim
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