Moché et Yehoshoua : deux prophéties
Pourquoi la prophétie de Moché diffère de celle des autres prophètes, et comment la Torah passe de Moché à Yehoshoua.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Les frontières de la terre d'Israël selon Yehoshua, 57 min
En bref
Le Rav Eytan Fiszon ouvre l'étude du Sefer Yehoshua en montrant que la prophétie de Moché est d'une nature différente de celle des prophètes qui suivent : Moché reçoit la lumière directe comme un miroir, tandis que Yehoshua la reçoit en la reflétant, comme la lune reflète le soleil. Il explique aussi qu'après Moché, la halakha relève des Chakhamim et la prophétie des Neviim, et que Yehoshua, qui a été le mesharet de Moché, prend le relais. Le cours s'achève sur la fin de la Torah, où le récit de la mort de Moché pose la question de l'écriture des derniers versets.
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Allons-y, c'est parti ! On ouvre notre nouvelle étude sur le Tanakh, en fait sur le Nakh et sur le Sefer Yehoshoua. Évidemment, le premier verset ne peut pas être lu comme ça, balancé n'importe comment. Il va falloir qu'on passe un petit peu de temps pour comprendre la différence fondamentale qu'il y a entre Moshé et Yehoshoua, c'est-à-dire pour comprendre la différence entre le Sefer Devarim et ce qui est dit à Yehoshoua.
Quelle est la différence ? Il y a des différences fondamentales entre les deux, qui vont avoir évidemment un impact sur notre façon d'étudier et surtout sur notre façon de comprendre les versets. Tout d'abord, je vais dire une phrase qui est une évidence, mais elle est lourde de sens. Quand on ouvre le livre de Yehoshoua, zeh kvar lo Torat Moshé … Zeh kvar Torat Yehoshoua. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Eh bien, ça veut dire qu'il y a une différence entre névouat Moshé et névouat Sha'ar HaNevi'im. La Torah, c'est la névouah, le livre de Yehoshoua, c'est également de la névouah, mais il y a une différence fondamentale entre névouat Moshé et névouat Sha'ar HaNevi'im. Le Rambam, dans son introduction à la Michna, le Perouch HaMichna, nous dit que le fait qu'on appelle Moshé navi, c'est parce qu'on n'a pas de meilleur mot.
C'est-à-dire que normalement, on ne devrait pas appeler Moshé prophète. Navi, prophète. Je vous ai précédés, je commence à connaître mes loustiques. Donc, le fait qu'on appelle Moshé navi, prophète, c'est parce qu'on n'a pas d'autre mot. Parce que sinon, on ne devrait pas parler de Moshé comme on parle de Yehoshoua, d'Yeshayahou, de Yirmiyahou, des autres. Quelle est la grande différence entre la névouah de Moshé et la névouah des autres prophètes ?
Eh bien, Moshé be-aspaklaria meirah, ve-sha'ar ha-nevi'im be-aspaklaria she-eina meirah. On a tout dit. Ou alors on peut traduire. Aspaklaria, c'est un mot qui vient du grec, qui veut dire un miroir. Mais c'est contre-intuitif. Aspaklaria meirah, ça veut dire que la lumière a été directement mise sur le miroir, et donc le miroir redonne toute la lumière. En d'autres termes, Moshé redonne toute la lumière divine. On va voir que ce n'est pas vraiment vrai, mais deux secondes.
Les autres prophètes reçoivent leur lumière de Moshé et ils vont la rendre après. C'est comme s'il y avait un ping-pong laser: la lumière arrive sur le premier miroir, qui l'amène sur un deuxième miroir, qui nous la ramène. Donc on perd. Mais qu'est-ce que ça veut dire, « on perd » ? Qu'est-ce qu'on perd ?
Moshé Rabbénou, hou av ba-hokhma ve-av ba-névouah. Moshé est le père de la sagesse, mais il est aussi le père de la prophétie. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tous les prophètes qui vont venir après Moshé sont des élèves de Moshé, des successeurs de Moshé. Mais tous les Hakhamim qui vont venir après Moshé sont également des successeurs de Moshé.
À tel point que dans le Talmud, lorsqu'un rabbin dit quelque chose de très intéressant, il y a une formule qui est utilisée: Moshé, shapir kamata, c'est-à-dire: Moshé, tu as bien parlé, alors que personne ne s'appelle Moshé. D'ailleurs, c'est intéressant: aucun rabbin du Talmud ne s'appelle Moshé. La première époque où l'on va voir des rabbins s'appeler Moshé, c'est très très tard, à l'époque des Richonim. C'est intéressant.
Quoi qu'il en soit, Moshé est le patron des prophètes, mais il est aussi le patron des rabbins. Quelle est la différence entre un prophète après Moshé et un rabbin après Moshé ? Un prophète après Moshé, Yehoshoua ou les autres, sont des Moshé en plus petit. C'est sympa. Les rabbins sont des morceaux du grand Moshé.
Et donc, je ne sais pas ce qui est mieux. Est-il mieux d'avoir un copier-coller de Moshé en plus petit, ou est-il mieux d'avoir une partie du grand Moshé ? Le fait est que seule la névouah de Moshé, comme elle est également Hokhma, peut trancher la halakha. Elle peut décider de la halakha, de la loi juive.
Après Moshé, il y a une dissension entre la halakha et la névouah. La halakha, c'est pour les rabbins, la névouah, c'est pour les prophètes. Si bien que le Talmud nous dira, dans le traité de Baba Kama, qu'on n'apprend pas des halakhot des prophètes. Ok ?
Il y a donc vraiment une dualité qui se crée après Moshé. Dans la Torah de Moshé, tu peux apprendre comment Dieu se dévoile dans ce monde et comment il faut réaliser la volonté divine. À partir de maintenant, il va falloir faire ce ping-pong, et donc comprendre que dès qu'on étudie le Tanakh, ou le Nakh, ce n'est pas pour savoir la halakha. Ça deviendra un autre système complètement. Halakha ze ha-sekhel … Ça se passe là-dedans.
La névouah, quel est l'outil qui va nous aider à comprendre la névouah ? C'est quoi, David ? Je n'ai pas entendu, tu es muté, donc…
— La kabbale !
Oui, mais la kabbale, tu ne m'as rien dit là. C'est-à-dire: quel est l'outil dans ton être ? Quelle est la qualité qui va t'aider à comprendre la kabbale ou la névouah ? C'est le cœur, ha-dimayon, l'imaginaire. La force que nous avons à imaginer, l'imagination. C'est ça. Cette force-là est celle qui nous permet de comprendre ce qu'on va essayer de comprendre au niveau de la névouah.
Dans la Michna, dans le traité d'Avot, est-ce qu'il y a encore aujourd'hui des prophètes ? Alors, deux secondes. Et l'âme, dans tout ça ? L'âme est fantastique. Si tu arrives à te mettre au diapason avec ton âme, alors il n'y a pas de problème. Ceux qui arrivent à vivre et à faire écouter l'appel de leur âme au quotidien, en général, ce sont les mekoubalim. Donc, dès que tu y arrives, il n'y a pas de problème, ça va t'aider à mieux comprendre.
Pour ce qui est de « Est-ce qu'il y a encore des prophètes aujourd'hui ? », Hachouvaï, on l'a dit la semaine dernière. Pour comprendre ce qu'est la prophétie, il faut comprendre que Yehoshoua n'est pas un maître en halakha. Ça ne veut pas dire qu'il ne connaît pas la halakha, mais ce n'est pas de lui qu'on apprend la halakha. On y reviendra dans une seconde.
Pour comprendre ce qu'est la névouah, Manitou disait tout le temps: si tu veux comprendre ce que c'est que la névouah, comprends qu'elle n'existe plus aujourd'hui. C'est-à-dire que tu ne peux pas comparer quelque rabbin que ce soit avec de la prophétie. Donc pour l'instant, il n'y a plus de prophétie. Ça ne veut pas dire qu'elle ne va pas revenir. Elle va revenir.
Comme on l'a dit la semaine dernière: à l'opposé des chrétiens, qui ont rendu obsolète la prophétie puisque la parole est devenue chère pour eux, et des musulmans, qui ont fermé la prophétie puisque, de leur point de vue, Mahomet est le dernier des prophètes, du point de vue du judaïsme, Dieu a arrêté de parler, mais il va recommencer à parler. Pour l'instant, il n'y a pas de prophète.
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