Comment étudier le Tanakh : une étude à part
Pourquoi le Tanakh se lit autrement que la Guemara, et comment aborder un monde où la présence divine se vit.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Moché et Yehoshoua : deux prophéties, 58 min
En bref
Le Rav Eytan Fiszon ouvre une étude suivie du Tanakh et explique pourquoi elle diffère de toutes les autres études de la Torah : la Guemara, la Michna ou la Kabbala se comprennent avec l'outil du sekhel, alors que le Tanakh relève de la névoua, la prophétie, qui parle d'un monde où la présence divine se vit concrètement. Il montre pourquoi il faut l'étudier avec Rachi, à la lumière de la tradition de nos sages, et chez ceux à qui il a été donné. Il présente enfin la structure du Tanakh (Torah, Névi'im, Ketouvim), la liste des livres et l'ordre historique des prophètes.
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Ça va, mes amis ? On ouvre enfin notre étude sur le Tanakh, sur l'étude de la Bible. C'est une étude extraordinaire, qui va, je pense, nous occuper à peu près deux ans. On va faire un an Yehoshoua, et l'année d'après on fera Choftim, Chmouel, Melakhim, Yeshayahou, Yirmiyahou, Yehezkel. Voilà, ce sera vite fait.
Autant vous dire que si on est assidu, on en a pour au minimum vingt-quatre ans, un an par livre. C'est au minimum. On n'est pas pressé. Bézrat Hachem. Bézrat Hachem. Tava Zavotay. Comme on n'est pas pressé, on ne rentre pas tout de suite dans le livre de Yehoshoua, puisque aujourd'hui nous allons faire notre cours d'introduction à l'étude du Tanakh, et le cours s'appelle « Comment… » On étudie le Tanakh.
Et pourquoi ? Non. Et quoi ? Il arrive, alors on arrête ? On arrête d'étudier ? Les amis, et encore après, bien sûr. On y va. Comment faut-il étudier le Tanakh ? Eh bien, pour ça, nous allons devoir passer par plusieurs points pour comprendre.
L'étude du Tanakh ne peut pas ressembler à une quelconque étude de la Torah, et je dis bien quelconque. Il n'y a rien de comparable entre l'étude de la Torah, celle du Tanakh et tout le reste de l'étude de la Torah. Rien de comparable. Il y a trois niveaux de difficulté dans l'étude. Quels sont ces trois niveaux ?
L'étude la plus facile dans le monde de la Torah, c'est la Guemara, et tout ce qui lui ressemble. Et qu'est-ce qui lui ressemble ? C'est également la Michna, c'est également le Rambam, c'est également Rabbeinu Sa'adia Gaon, c'est également, je ne sais pas moi, le… le dernier commentaire du Rav Cherki… Tout ça, c'est la partie la plus facile de l'étude.
Pourquoi ? Parce que l'outil nécessaire pour comprendre ces études, c'est le sekhel. C'est-à-dire que l'outil pour comprendre ce qui est écrit dans la Guemara est le même que celui qui a été utilisé par ceux qui ont écrit la Guemara. Évidemment, leur sekhel à eux était bien meilleur que le mien. Il était mieux formé, plus grand, plus authentique. Mais au final, c'est le même univers. Et si je fais beaucoup d'efforts, je peux comprendre l'étude qui m'est proposée.
Plus difficile, il y a l'étude de la kabbale. Mais c'est encore facile, parce que l'étude de la kabbale utilise aussi le sekhel. Quel est l'outil qu'on utilise pour comprendre les cours du Rav Yoel ? C'est notre tête. Pourquoi est-ce alors plus difficile que la Guemara ? Parce que là où la Guemara nous explique le monde que nous connaissons, la kabbale essaye de traduire de manière intellectuelle un monde que nous ne connaissons pas. Mais c'est toujours traduit avec l'outil qui s'appelle le sekhel.
Après, il y a un niveau beaucoup plus difficile, Yeled Hatanakh, c'est-à-dire l'étude du Tanakh. Pourquoi est-ce plus difficile ? Parce que le Tanakh nous dévoile un monde qui n'utilise pas le sekhel pour se comprendre, mais la névouah, la prophétie. Et le plus difficile dans l'étude, c'est l'émouna. L'émouna, parce que c'est la chavaya névouit, alors que moi je ne l'ai plus, et donc c'est très compliqué.
Qu'est-ce qui rend le Tanakh si particulier ? C'est qu'il parle d'un monde que je ne connais pas, que je n'ai jamais connu. Le Tanakh n'est pas seulement éloigné de moi au niveau historique. On pourrait dire: oui, le Tanakh fait état d'une société qui vivait il y a 3000, 3500, 4000 ans. Quand on parle d'Abraham, c'est à 4000 ans. Quand on parle de David, c'est à 3000 ans. Quand on parle de la fin du Tanakh, c'est à 2500 ans.
On pourrait dire, effectivement, que le monde d'il y a 2500 ans n'est pas le même qu'aujourd'hui, et qu'il y a donc des choses qui nous paraissent un peu compliquées. Ce n'est pas ça le problème. Parce que si c'était que ça, il suffirait de faire de l'archéologie pour essayer de comprendre quel était le monde de nos ancêtres. Mais le problème du Tanakh, c'est qu'il ne parle pas d'un monde simplement éloigné de nous au niveau historique: il nous parle d'un monde fondamentalement éloigné de nous.
Pourquoi ? Parce que c'est le monde dans lequel la présence divine est palpable. Et ça, les amis, ce n'est pas une histoire de paradigme. Ce n'est pas qu'il nous manque des catégories de pensée. Quand vous utilisez le terme « catégorie de pensée », ça se passe là-dedans. Ce n'est pas qu'il me manque des données pour comprendre l'événement.
C'est que la proximité avec Dieu, dans un monde où elle est quelque chose du domaine non pas de la réflexion mais du vécu, ce n'est pas quelque chose qui va se passer là-dedans. C'est quelque chose qui se passe dans tout mon être. Je ne peux pas expliquer à quelqu'un que j'ai rencontré Dieu, parce que ce n'est pas du domaine de l'expression, c'est du domaine de la… de la vie, de l'expérimentation des choses.
Donc le Tanakh, comme on l'a dit, c'est là le problème. Comment ressentir le manque du Beit Hamikdash alors que nous ne l'avons jamais vu, jamais connu ? Mais c'est ce que moi personnellement j'ai dit, et ce que je dis chaque année à Ticha BeAv: il est difficile de comprendre ce qui nous manque quand on n'a pas le Beit Hamikdash. L'avantage, c'est qu'on a eu le deuxième Temple. Le deuxième Temple était un Beit Hamikdash où il n'y avait pas vraiment de chekhina. Donc ça décrit une réalité où il y a des korbanot, où il y a un Beit Hamikdash, où il y a les mitsvot qui sont liées au Beit Hamikdash, où il y a les kohanim. C'est une recherche historique, mais il n'y a pas vraiment la connexion de la vie comme il y avait au premier Temple.
Et effectivement, je ne sais pas ce que ça fait d'arriver au Beit Hamikdash. D'accord ? Et aucun rabbin ne pourra jamais me l'expliquer. Je vous donne un exemple très simple.
Il y aura une chose, un truc comme ça. Donc je ne sais pas quand je vous ai perdus. Il y a moins d'une minute… Bon. Je disais, je donne comme exemple que lorsque j'étudie la Torah, j'ai appris que je ne peux pas voir Dieu. Le Rambam me dit que je ne peux pas voir Dieu. C'est le dernier mot. Pourtant, lorsque je lis le prophète Yeshayahou, il me dit: « Raïti et Hachem yoshev al kisse… » J'ai vu Dieu assis sur son trône. Comment ça, tu as vu ? Il y a marqué dans le Rambam qu'on ne peut pas voir. Et Yeshayahou me dit: « Mais je sais qu'il y a marqué dans le Rambam qu'on ne peut pas. Et pourtant, j'ai vu. » Donc ce n'est pas quelque chose qui relève de l'explication intellectuelle.
Le Tanakh, comme on l'a dit, c'est Dvar Hachem. Ce n'est pas un mode de vie, ce n'est pas des préceptes, non, ce n'est pas tout ça. Tanakh égale Dvar Hachem. Donc ça veut dire quoi ? Si c'est un dibour, …
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