La nuit en trois ou quatre gardes : elou ve'elou
Quand une machloket relève d'Elou ve'Elou : vérifier d'abord que chaque avis a sa place, puis suivre le plus grand nombre.
Rav Eytan Fiszon
En bref
Le Rav Eytan Fiszon poursuit l'étude du Ein Ayah du Rav Kook sur la division de la nuit en trois ou quatre gardes, correspondant aux quatre figures du char : le taureau (mitsvot), le lion (midot), l'aigle (étude de la halakha) et l'homme (étude des secrets de la Torah). Il montre que l'avis des trois gardes vaut pour ceux qui perçoivent la Daat Hachem dans les trois premières dimensions, tandis que la majorité vit la nuit en quatre parties, et il en tire la question de savoir si la halakha suit la qualité ou la quantité, à travers la machloket entre Beit Hillel et Beit Shammai. Il conclut que la nuit, dans sa dimension collective, représente l'exil, avec la lourdeur de la matérialité (l'âne) et les mauvaises midot (les chiens).
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chavouot Tov à tous, Chalom, Chalom. On revient dans notre étude d'Ein Haya, du Rav Yitzhak HaCohen Kook, et nous sommes toujours dans l'explication de la division de la nuit en plusieurs gardes. Je vous fais un petit récapitulatif pour savoir de quoi on parle.
On se rappelle que la nuit est divisée, en trois parties ou en quatre parties, et que cette division représente quelque chose. Dans le char céleste, il y a quatre piliers: le bœuf, le taureau, puis le lion, ensuite l'aigle et ensuite l'homme. Le Rav Kook nous a expliqué que le taureau, c'est celui qui réalise les mitsvot. Le lion, c'est l'émouna. L'aigle, c'est l'étude de la Torah orale, disons la halakha. Et l'homme, c'est l'étude de la Kabbale, l'étude des secrets de la Torah qui nous permettent de connaître Dieu.
La question que nous avons vue la dernière fois est la suivante: pourquoi dira-t-on qu'il y a trois gardes et non pas quatre ? Eh bien, parce qu'il y a des êtres humains extrêmement élevés, pour qui Pnei Adam, c'est-à-dire le fait de la Da'at Hachem, se retrouve dans les trois autres. C'est-à-dire que pour eux, lorsqu'ils font les mitsvot, c'est Da'at Hachem, lorsqu'ils sont des gens bien, c'est Da'at Hachem, et lorsqu'ils étudient la Torah, c'est Da'at Hachem. Donc pour eux, il n'est pas nécessaire de diviser la nuit en quatre: trois suffisent, car la quatrième dimension est présente dans les trois premières.
Nous avons également expliqué que la nuit est le règne des malachim, et que ce sont eux qui chantent les louanges d'HaKadosh Baroukh Hou, en fonction de ce que nous avons fait pendant la journée.
Donc, après avoir étudié tout ce que je viens de dire, c'est pour cela que j'ai fait ce petit récapitulatif. Le Rav Kook dit: Bé'ech tsedilion nidbarach, nidbar lanou shemachloket zo im shalosh mishmarot o arba, élou vé-élou divré Elohim 'hayim: cette machloket, de dire si la nuit comporte trois gardes ou quatre, c'est élou vé-élou divré Elohim 'hayim. Quand on entend cette phrase, élou vé-élou divré Elohim 'hayim, tout de suite cela nous ramène aux machloket entre Beit Hillel et Beit Shammaï. C'est d'ailleurs ce que le Rav Kook va développer ici.
Donc, c'est ce que j'ai dit en préambule: lorsqu'on te dit qu'une machloket est élou vé-élou divré Elohim 'hayim, une phrase comme celle-là ne peut être entendue qu'après avoir vérifié si chacun des avis a une place dans la réalité. Prenons un exemple.
Je vous montre un objet et je vous dis qu'il est bleu et noir. Maintenant, quelqu'un vient et me dit: non, cet objet est blanc. Peut-on dire: « Ho, ho » ? Eh bien oui, on peut, parce que regardez: cet objet est blanc. C'est-à-dire que seulement après avoir vérifié qu'à l'extérieur il est bleu et noir, et qu'à l'intérieur il est blanc, on peut commencer à dire élou vé-élou divré Elohim 'hayim.
Donc, nous dit le Rav Kook, quand tu veux dire qu'une machloket est élou vé-élou, il faut d'abord avoir vérifié que chacun des avis a une place dans la réalité. Et donc, quand on parle de quatre gardes ou de trois gardes, on a expliqué cette dimension: celui qui pense qu'il y a trois gardes le pense parce qu'il y a des gens capables de voir le Pnei Adam dans les trois autres, comme je vous l'ai expliqué. Et donc, nous dit le Rav Kook, cela dépend à qui l'on parle. Pour les yeridé Ségoula, la nuit est divisée en trois parties, mais pour la majorité des gens, la nuit est divisée en quatre parties. Vous avez compris l'idée ? C'est clair ? Bon, c'est très bien.
Alors, pour décider de la halakha, doit-on se fonder sur le pirouch ? La majorité des gens vivent dans une réalité où la nuit a quatre dimensions. C'est-à-dire que la majorité des gens ne sont pas des mekoubalim, ce ne sont pas des gens capables de voir Da'at Hachem dans chaque chose.
Or, acharé ha-avoda ve-hoda ame ou-deret shel yehidim, gouola ame le'him kevod Hachem: doit-on donc suivre la quantité pour décider, ou suivre la qualité ? C'est une vraie question que pose le Rav Kook. La halakha suit-elle la qualité ou la quantité ? Qu'en pensez-vous ?
— Qualité ?
— Toi, tu dis qualité ? C'est la qualité. Parce que si personne ne suit la halakha, à quoi cela sert-il ?
— Pardon ?
— Si personne ne la suit, à quoi ça sert ? Pourquoi personne ne la suivrait ?
— Non, si c'est une halakha que personne ne peut suivre…
— Ah, tu dis que si on n'est pas capable d'y arriver… Oui. Regardez, c'est exactement de cela que nous sommes en train de parler. Le Rav Kook dit: la machloket entre Beit Shammaï et Beit Hillel, c'est cette machloket-là. Car Beit Hillel était plus nombreux que Beit Shammaï: il y avait plus d'adeptes de Beit Hillel que d'adeptes de Beit Shammaï. Mais Beit Shammaï était plus fort, plus pénétrant, plus poussé dans la compréhension de la Torah que Beit Hillel.
## Qualité ou quantité dans la halakha
Donc, qui doit-on suivre ? Eh bien… les deux ? Non, on ne doit pas suivre les deux. Je plaisante. Non, non, on ne doit pas suivre les deux. C'est écrit dans le traité de Yevamot. Alors qui suit-on ? C'est Yesh Tomar, c'est-à-dire qu'à la fin de la religion, on devrait suivre celui qui a raison. Point.
Alors moi, qu'est-ce que je me fiche qu'il y ait une majorité de gens moins forts ? Ah, mazé ! Mi-dat Chessed, mi-dato chel Hillel… Donc Beit Hillel était plus midat Chessed, alors que Beit Shammaï était plus midat Din. On a dit: al pi a-din, on doit suivre celui qui a raison. Mais al pi a-chessed, on doit suivre celui qui a le plus d'adeptes. Pourquoi ? Parce que cela peut parler à un plus grand nombre de personnes. D'ailleurs, quand on parle de halakha, la question est de savoir si la halakha s'adresse à des yehidim de la gouola, ou si elle s'adresse à la majorité des gens. Comme on vient de le dire: velaten kavod ve-oz le halakha rabim, ou kedé she-yihyou me-kablé chessed elyon, itbarachemot rabim. Et il est dit… dans le livre de Kohélet, on nous dit… En d'autres termes, il faut aller selon la majorité.
Alors vous allez me dire que ce n'est pas une nouveauté: on sait que dans la Torah, c'est la majorité qui tranche. Oui, mais c'est au sein du Sanhédrin, c'est-à-dire là où il n'y a pas de problème d'écoute. Dans la communauté des rabbins qui forment le Sanhédrin, on tranche à la majorité. Mais en l'occurrence, entre Beit Hillel et Beit Shammaï, ce n'était pas le cas, puisque certains étaient plus forts que d'autres.
Donc, en vérité, la question est la suivante: la halakha doit-elle parler au maximum de personnes ? Ou plutôt, pour être exact, à tout le monde ? Ou bien, pour pouvoir la réaliser, faut-il être un tsadik elyon ? Les choses sont très claires: si …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Les Aggadot du Talmud Berakhot éclairées par le Rav Kook. Exil, Géoula, Teshuva, service de David : 18 cours.
- 11
Les quatre niveaux du service divin dans le Ein HayaYetser HaTov et Yetser HaRa : les pulsions de l'enfant, la volonté de recevoir et de donner, et le rôle de la Torah. - 12
Joie et musique dans la prière du soir de Rabbi YohananRabbi Yohanan et Rabbi Yehochoua ben Levi débattent : la Gueoula doit-elle être liée à la prière du soir ? - 13
David, la nuit et la reconstruction du royaumePourquoi David se lève à minuit pour étudier, et comment il règle les affaires de l'État avec la Torah. - 14
Le tsadik et la providence, selon les Aggadot de BerakhotDavid craint de perdre sa part au monde à venir pour une faute ; le cours examine la notion de chet et la protection divine. - 15
La nuit en trois ou quatre gardes : elou ve'elouQuand une machloket relève d'Elou ve'Elou : vérifier d'abord que chaque avis a sa place, puis suivre le plus grand nombre.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav