Les trois regards de Akavia ben Mahalalel
Pourquoi se rappeler d'où l'on vient et où l'on va ne suffit pas sans la reddition de comptes devant D.ieu.
Rav Shaoul David Botschko
Ensuite : Trois à table et les paroles de Torah selon Pirké Avot, 44 min
En bref
Le Rav Shaoul David Botschko commente la Michna de Akavia ben Mahalalel (Pirké Avot, chapitre 3) : se rappeler d'où l'on vient, où l'on va et devant qui l'on rendra compte, pour se garder de la faute. Il montre que la mémoire de notre fin ne suffit pas à elle seule, et que ce qui demeure de l'homme, c'est le bien qu'il a fait. Le cours aborde ensuite la Michna de Rabbi Hanina sur le respect des lois du pays (dina de malkhouta dina) et sur l'étude de la Torah à deux, où la Chekhina se fait présente.
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D'abord, bonjour à tous. Que des bonnes choses, bonne santé à tout le monde. Amen. Alors, on commence le troisième chapitre, qui nous dit:
Cette Michna, on l'entend souvent lorsqu'on va à un enterrement, dans un cimetière. C'est cette Michna que l'on dit avant d'enterrer le défunt. Moi, c'est une Michna un petit peu triste, alors on va essayer de la rendre un petit peu plus gaie.
Akavia ben Mahalalel disait: il faut regarder trois choses pour ne pas tomber dans la faute. Premièrement, sache d'où tu viens. Deuxièmement, sache où tu vas. Et troisièmement, sache devant qui tu vas rendre des comptes.
D'où tu viens ? D'une goutte, d'une goutte qui pue. Il parle ici du sperme. Où tu vas ? Un endroit où il y a de la poussière, des vermines. Et devant qui tu vas donner le jugement ? Devant Melekh malkhei ha-melakhim HaKadosh Baroukh Hou, devant le roi des rois.
Alors, les mefarchim ici, par exemple le... non, d'abord on va dire le Bartenoura, comme à notre habitude, d'accord ? Il faut toujours commencer par le Bartenoura, qui est notre premier commentaire de la Michna. Pas le premier historiquement, il y en a d'autres, mais c'est le plus classique.
Il explique cette goutte qui pue. Tipa chel richa tsera, c'est la goutte de sperme. Ha-afar pi she-hou be-tsa'ir, bien qu'au moment où la femme va devenir enceinte, eh bien, elle n'est plus là... Che-enam ascha bera'ah maisha anachat roshaiyamim, elle ne se décompose qu'après trois jours. Ou ke-shetas riyach, et après ces trois jours, elle commence à sentir. Ene-rouyah leholid, elle ne peut pas donner la vie, elle ne peut pas concevoir. Et on l'appelle une goutte puante, parce que si ça sort de la femme, ça pue très rapidement.
Voilà l'explication du Bartenoura. Si on regarde d'où on vient, on va être sauvé de l'orgueil. Je dis encore un tout petit peu, et on va expliquer. Celui qui examine où il va arriver dans la terre est sauvé de la passion de l'argent. Et celui qui sait qu'il va donner des comptes s'éloigne de la faute.
Le Bartenoura a voulu expliquer ici la question essentielle qui se pose lorsqu'on lit cette Michna. Le fait de savoir que l'on vient d'une goutte, et que l'on va vers la terre, ce n'est pas ça qui va nous empêcher de fauter. Ce qui va empêcher de fauter, c'est uniquement le troisième point: qu'on va un jour devoir rendre des comptes devant le roi des rois.
Alors, pourquoi donner les deux premiers enseignements ? Le Maharal va dans le même sens. Le Bartenoura nous explique: non, non, non, les deux choses aussi sont importantes. Ce n'est pas: tu viens de rien, tu vas devenir rien, alors fais attention parce que tu vas être jugé. Ce qu'on dit, c'est: tu viens d'où tu viens, et tu vas être sauvé de l'orgueil, puisque l'orgueil est la mère de tous les péchés.
Celui qui est orgueilleux croit qu'il peut tout faire et qu'il n'a pas besoin de respecter autrui. Donc, ne sois pas orgueilleux: tu viens de rien. Et si tu veux amasser beaucoup d'argent, si tu as la passion de l'argent et des plaisirs, demain tu vas être dans la tombe, et ce n'est pas ça qui va rester. Ce qui va rester, c'est autre chose.
Parce que la première partie de la Michna peut tomber dans l'erreur. On pourrait dire qu'au contraire, le fait de savoir que l'on vient d'une goutte puante et qu'on va finir dans la vermine nous dit: si c'est là où je viens et là où je vais, autant que je profite du moment que je suis ici, sans faire de mitsvot, mais en jouissant. C'est un peu comme Esav qui avait dit: pourquoi aurais-je besoin du droit d'aînesse ? Je vais mourir demain.
Le droit d'aînesse, c'est quelque chose de spirituel. Je n'ai pas besoin de cette spiritualité. Donc cette Michna a un danger, parce qu'on peut la mal comprendre. C'est pour ça que le Bartenoura vient nous expliquer: non, non, non. C'est pour nous éloigner de l'orgueil, et c'est pour nous empêcher d'être des personnes qui courent après les plaisirs, après le yetser, en sachant que de tout cela, il ne va rien rester.
Qu'est-ce qui reste de l'homme après qu'il s'en va ? Il reste ce qu'il a fait. Il y a un très, très beau Rachi au début de Noah: « Eleh toldot Noah. Noah ish tsadik tamim haya be-dorotav » — voici les descendances de Noah, ou l'histoire de Noah. Noah était un homme juste. Rachi pose la question: être un homme juste, ce n'est pas les enfants de Noah. Les enfants de Noah, c'est marqué après: Chem, Cham et Yefet.
Alors pourquoi nous dit-on: « Voici les descendances de Noah », et ensuite que Noah était un tsadik ? La réponse de Rachi est de nous dire: Toldotam tsadikim maasim tovim. La descendance des justes, ce sont les bonnes actions qu'ils ont faites. Quelqu'un qui fait du bien, ce bien perdure après que la personne qui a fait du bien est décédée. Il a mis au monde des enfants qui sont gentils, et lui il est parti, les enfants continuent. Il a donné la tsedaka à une institution, à un hôpital, et cet hôpital peut guérir plein de gens. Tout ça, c'est grâce à lui.
Il y a donc la différence entre ce qui reste et ce qui ne reste pas. Ce qui reste, c'est le bien que l'on fait. Le mal que l'on fait reste aussi, mais ça, ce n'est pas très bien. Le bien que l'on fait reste, il perdure. Et c'est ainsi que, en regardant où on va, on se dit: les plaisirs du corps ne sont pas tout, puisque ça se termine de manière définitive. Mais le bien que l'on a fait reste éternel.
Voilà un peu ce que l'on peut expliquer sur cette Michna. On va encore ajouter: Lifnei mi ata atid liten din ve-heshbon, devant qui tu vas rendre des comptes. Din, c'est le jugement. Heshbon, c'est le calcul.
On aurait dû dire l'inverse. Lifnei mi ata atid liten heshbon ve-din: tu aurais d'abord le calcul de ce que tu as fait, les bonnes choses, les mauvaises choses, et ensuite tu vas être jugé sur l'ensemble de ton action, entre celle qui est bonne et celle qui est mauvaise. Le jugement vient donc après le calcul. Pourquoi dit-on: devant qui tu vas rendre din et heshbon ?
La réponse est la suivante. Lorsque quelqu'un a agi dans ce monde, son action perdure. Il y a un jugement qui se fait sur l'instant même. Mais par exemple, il a fait de bonnes actions, ses enfants ont fait de bonnes actions, ou il y a de bonnes choses qui sortent des bonnes actions qu'il a faites. Là-haut, on les compte. Et tous les jours, ce compte augmente.
C'est un peu le sens de ceux qui ont institué le Kaddish pour la mort de quelqu'un. C'est pour ajouter des mérites au défunt. Ceux qui sont là disent …
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