Trois à table et les paroles de Torah selon Pirké Avot
La table comme autel : pourquoi la Michna compare un repas partagé au sacrifice ou à la table de Dieu.
Rav Shaoul David Botschko
Ensuite : La Shekhina parmi ceux qui étudient, 47 min
En bref
Le Rav Shaoul David Botschko commente la Michna de Rabbi Shimon Bar Yochai sur les trois personnes qui mangent à une même table et disent des paroles de Torah, comparées à un repas sur l'autel de Dieu. Il explique que la table, comme le Shulchan du Beit Hamikdash, est un lieu de sainteté, et que la parole de Torah au cours du repas, sans rigidité, doit s'y glisser naturellement. Le cours aborde aussi la Michna de Rabbi Hanania ben Chachinaï sur la veille nocturne et le danger de penser à des bêtises, puis celle de Rabbi Yehouda ben Nakhmani sur le joug de la Torah et la responsabilité de chacun dans le choix de ses priorités.
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Voici une Michna de Rabbi Shimon, Rabbi Shimon Bar Yochai, que nous connaissons tous pour sa grande sainteté. Dans cette Michna, Rabbi Shimon dit: shloshah shéakhlou al shoulhan é'had (trois personnes qui ont mangé à une même table), vé'lo amrou alav divrei Torah (et qui n'ont pas dit de paroles de Torah), ke'ilou akhlou mizvéhé métim (c'est comme s'ils avaient mangé des sacrifices morts). Le texte continue: ki kol shoulhanot mal'ou kay tsoa bli makom, comme on le lit dans Isaïe. Il s'agit de tables pleines de vomi, de saleté, sans lieu convenable.
Ensuite la Michna dit: shloshah shéakhlou al shoulhan é'had, vé'amrou alav divrei Torah, trois personnes qui ont mangé à une même table et qui ont dit des paroles de Torah, ke'ilou akhlou mishoulhan Chamayim: c'est comme s'ils avaient mangé de la table de Hachem. Zé'hé hashoulhan asher lifné Hachem: c'est la table qui se trouve devant HaKadosh Baroukh Hou.
Nous avons traduit la Michna et nous allons essayer de l'expliquer avec le commentaire du Bartenoura. Le Bartenoura nous dit quelque chose de très étonnant. Il explique: si trois personnes ont mangé à une même table et n'ont pas dit de paroles de Torah, c'est comme s'ils avaient mangé des ifrémétim, et c'est en rapport avec l'idolâtrie. Et il ajoute qu'avec la Birkat Hamazon, que l'on dit à la fin du repas, on accomplit l'obligation de dire un dvar Torah: c'est considéré comme s'ils avaient dit des paroles de Torah. Le Bartenoura précise: karchamati, ce n'est pas de moi, c'est un commentaire que j'ai entendu.
Le Tosfot Yom Tov fait remarquer que cette explication, selon laquelle la Birkat Hamazon suffit, est un peu étonnante. L'idée de cette Michna n'est pas de nous rappeler ce que tout le monde doit faire. La Michna de Pirké Avot sert à nous enseigner des conduites respectables et importantes. Dire la Birkat Hamazon, c'est évident: on n'a pas besoin d'une Michna pour nous dire qu'il faut la dire.
Il faut quand même remercier le Bartenoura, car il nous dit, en somme, que si l'on n'a pas dit de paroles de Torah, au moins on n'a pas mangé des ifrémétim. Il faut essayer de comprendre cette notion d'ifrémétim. Et l'expression « sacrifices de morts », zévé métim, est vraiment très étonnante.
Ensuite, la Michna dit: trois personnes qui ont mangé à une même table et ont dit des paroles de Torah, c'est comme s'ils avaient mangé à la table de Dieu. Il faut essayer de comprendre pourquoi. En fait, il existe un point commun entre la première partie de la Michna et la seconde. Dans les deux parties, on considère la table comme un autel: mizbéa'h, avec un A, A-U-T-E-L, et non avec un H.
Dans la première partie, la Michna ne dit pas que ces gens ont mal agi, qu'ils sont des pécheurs. Elle dit: c'est comme s'ils avaient apporté des ifrémétim, des sacrifices de mort. Dans la seconde partie, la Michna dit: c'est comme s'ils avaient mangé à la table de Hachem. Rabbi Shimon Bar Yochai nous enseigne donc que votre table est un mizbéa'h. On peut en faire un usage positif ou négatif: si l'on en fait un bon usage, c'est comme si l'on avait mangé à la table de Dieu; si l'on en fait un mauvais usage, c'est un sacrifice de mort.
La notion de manger à table est une notion première, avant même que nous disions un dvar Torah. Dès l'origine, la table est un mizbéa'h, et c'est là le grand enseignement de cette Michna. Comment la table peut-elle être un autel ? On mange à table, on mange: quel est le rapport avec un autel ? Il est important de se souvenir que dans le Beit Hamikdash, dans le Hékhal, le lieu saint, il y avait trois meubles: la Ménora, le candélabre, l'autel d'or, le Mizbéa'h HaZahav, et la table, le Choulhan. La table se trouvait dans le Hékhal. Qu'y avait-il sur la table ? Il y avait des pains, les lehem hapanim.
La table est donc, a priori, une mitsva, une chose sainte. Pourquoi ? Parce que nous vivons dans un monde où il existe une séparation complète entre le sacré et le profane. Or, dans la conception de cette Michna, de Rabbi Shimon Bar Yochai, manger est une chose sainte. Pourquoi ? Parce que c'est saint, et c'est tout. Mais c'est aussi une sainteté qui vient d'en haut: qui nous donne le pain ? HaKadosh Baroukh Hou, béni soit-Il. Cette activité essentielle de l'homme qu'est manger doit donc être, a priori, une activité sainte. Si l'on s'élève vers cette sainteté, c'est très bien; sinon, on fait un mauvais sacrifice.
La table est donc, a priori, un rapport entre l'homme et HaKadosh Baroukh Hou, ce qui est très étonnant. On comprend qu'a priori la maison d'études ou la synagogue soit le lieu où l'on sert Hachem. Cela se comprend. Ensuite, on dit des divrei Torah là-bas, c'est très bien; si l'on y dit des plaisanteries, ce n'est pas bien. Cela aussi se comprend, car c'est quelque chose de saint. Et Rabbi Shimon Bar Yochai, dans sa grande sainteté, a vu que la table où l'on mange est un autel, un lieu pour servir Hachem. Maintenant, si l'on en fait un mauvais usage, c'est... un four. Ce n'est pas un four à lait, hein.
Un petit incident technique a interrompu un instant l'enregistrement. Le problème de son est réglé. Si quelqu'un a une question, il peut m'arrêter, pas de problème.
Je vous ai dit aussi que le Tosfot Yom Tov estime que la Birkat Hamazon ne suffit pas. D'autres disent qu'il y a beaucoup de Torah dans la Birkat Hamazon. D'abord, on remercie HaKadosh Baroukh Hou pour la nourriture. Ensuite, dans la deuxième bénédiction, on parle d'Erets Israël, et dans la troisième, on parle de Yerouchalayim et du Beit Hamikdash. Ce que fait le Bartenoura, c'est que même si l'on n'a pas vraiment dit des paroles de Torah comme il faut, le fait d'avoir dit la Birkat Hamazon nous sort déjà du cadre des ifrémétim: on n'a pas fait de notre table quelque chose qu'il ne fallait pas.
Dans la seconde partie, la Michna dit qu'il n'y a pas eu de paroles de Torah, sans dire qu'il y a eu des bêtises. Elle dit simplement qu'il n'y a pas eu de paroles de Torah. C'est une parole très, très sévère.
Dans beaucoup d'endroits, on a pour habitude de dire un dvar Torah avant la Birkat Hamazon, au milieu du repas. Il faut cependant faire attention dans la vie familiale. Les enfants ont besoin de parler, de raconter ce qui s'est passé pendant la journée. Il ne faut pas les faire taire. Il faut garder la convivialité de la table familiale. Le mieux est que les paroles de Torah entrent dans la discussion elle-même, sans qu'il soit nécessaire de dire: « Attention, maintenant, dvar Torah ! » Il faut s'efforcer, dans le cadre des discussions qui existent dans toute maison, de dire une parole saine, bonne, encourageante. Je pense qu'il est important de le …
Cours d'Orot veKelim
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