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Interroger les témoins sans les piéger, selon Pirké Avot

Comment le juge doit questionner les témoins, et pourquoi la vérité ne se contredit pas.

44 min

Rav Shaoul David Botschko

Ensuite : Le bon chemin, la voie du milieu, 43 min

En bref

Le Rav Shaoul David Botschko commente la Michna de Pirkei Avot sur les juges : il faut interroger longuement les témoins sans leur souffler la réponse, car la vérité tient et le mensonge se trahit par ses contradictions. Il présente ensuite Shmaya et Avtalion, convertis descendants de Sennachérib, et explique que le travail, mélakha, est un devoir constructif lié à la création et à la Torah, plus encore en Erets Israël. Il conclut sur le danger de détourner le pouvoir et sur l'honneur de servir la collectivité.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chabbat Chalom.

Alors, on va faire peut-être plus rapidement, et puis on va passer ensuite à la suite. Chimon ben Chétah dit: Hévé merabé lichkor et ha'édim, c'est-à-dire que lorsque tu es juge, tu dois beaucoup, beaucoup interroger les témoins. Vé'hévé zahir bédvarékha, et sois attentif à tes paroles, chéma yélmédou min hachaker, car ils pourraient apprendre de toi à mentir.

Ne pose pas de questions qui permettent aux témoins, ou aux personnes qui sont en litige, de comprendre quelle est la réponse qu'il faut donner. Il faut être malin, parce que lorsqu'on a devant soi des justiciables, il faut savoir qu'ils sont prêts à tout pour raconter des histoires.

Je crois qu'on l'avait déjà fait la semaine dernière, mais en gros, voilà ce que nous dit cette Michna, en quelques mots: Hévé merabé lichkor et ha'édim. Celui qui interroge beaucoup les témoins, c'est bien, c'est un bon principe, il fait beaucoup, il interroge beaucoup les témoins pour qu'ils sortent de la vérité. Cela va nous expliquer quelque chose.

Il faut savoir que le droit juif est essentiellement basé sur le témoignage des témoins, qui ont une force extraordinaire. Al pi chnayim édim yakoum davar, « sur la bouche de deux témoins, la parole se établit ». C'est-à-dire que le jugement se fait selon ce que les témoins ont dit. Donc, autant leur force est grande, autant il est absolument nécessaire de les interroger pour être sûr qu'ils disent la vérité.

Bézaïr midbarékha, fais attention à ce que toi tu dis, lorsque je te pose des questions. Chéma yitmédou mi'tokha, ils vont comprendre la question que tu poses, quelle est la réponse qu'il faut donner. Il faut donc un petit peu les piéger. Il faut piéger, parce que lorsqu'on dit la vérité, on ne peut pas être piégé. On ne peut être piégé que lorsqu'on raconte des histoires.

Parce que la vérité est constante. On racontera toujours la même chose, même si c'est sous des angles différents. Mais lorsqu'on a inventé des choses, la vérité finit par sortir, parce qu'on va se contredire. Ce qui n'est pas vrai est quelque chose d'inventé, alors il faut ensuite arranger un mensonge et en amener un autre.

Donc fais attention lorsque tu poses des questions: toi, tu veux piéger les autres, mais ne te laisse pas piéger toi-même par la question que tu vas poser. Voilà. Ça, c'est pour la Michna Tet. Et maintenant, nous passons à la Michna Youd: Chemaya ve-Avtalion kibelou mehem. Chemaya et Avtalion ont reçu la tradition de leurs prédécesseurs.

Chemaya et Avtalion étaient des personnes très, très intéressantes, parce que c'étaient des guérim, des convertis. Ainsi nous l'enseigne le Bartenoura. Le Bartenoura nous dit: guérim dé-hayin, ils étaient des convertis. Omnam bné banav shel Sanhérib hayou, ils étaient des descendants de Sanhérib, qui a fait beaucoup, beaucoup de mal à Israël, beaucoup de guerres contre Israël. Et ses descendants se sont convertis.

Avtalion, on l'a déjà expliqué. Chemaya, on comprend: Chemaya signifie « écoute Dieu ». Cela correspond très bien à un guer tsedek qui a écouté la voix d'Hachem.

J'ai le privilège, à Aich Ha-Torah, d'avoir chaque année une quinzaine de guérim tsedek qui viennent de toutes sortes de pays. On peut peut-être tous les appeler Chemaya. Ils ont entendu la voix d'Hachem, et c'est quelque chose de fabuleux. Ensuite, ils passent un an et demi à Aich Ha-Torah, ils font leur service militaire, et ce sont de très, très bons soldats qui défendent notre pays. Ils accomplissent, eux, la parole: Elokaï vé-Elokékha, ton Dieu et mon Dieu, mais également Ami vé-amékha, ton peuple et mon peuple. Ils font partie des défenseurs de notre peuple.

Avtalion, le Bartenoura l'explique: cela vient du mot av, père, et talia, enfant. Le Bav Beth Din, le responsable du tribunal, est comme le père de tous les enfants d'Israël. Donc Chemaya et Avtalion, c'est celui qui a écouté Dieu, et celui qui est le père de l'Assemblée d'Israël.

Kibelou mehem…

— Ça rappelle aussi Va-Yichma Yitro, non ?

— Oui, tout à fait. Chemaya rappelle Va-Yichma Yitro, qui est aussi un guer tsedek.

Tout à fait, très, très bonne remarque, merci. D'ailleurs, les gens veulent poser des questions, et je crois que c'est vous, Yaakov, qui organisez. Il y a des gens qui veulent poser des questions au milieu, et ce sera ainsi plus vivant, avec plaisir.

Chemaya dit: Ehov et ha-mlacha, aime le travail. Ve-al titvadéa la-rachout, et ne te fais pas connaître des autorités. Sois plutôt discret dans ta vie, ça vaut mieux. Alors, sur les propos de Chemaya qui dit Ehov et ha-mlacha, aime le travail, nous allons nous arrêter assez longuement.

Nous allons d'abord citer une Michna d'Avot de Rabbi Natan, au chapitre 11. Dans Avot de Rabbi Natan, on dit:

Késhem shé-hata Torah nitnah béverit, ken ha-melacha nitnah béverit. Tout comme la Torah a été donnée dans une alliance, ainsi le travail, la mélacha, a été donné dans une alliance. Cette phrase est extraordinaire, il faut la comprendre. J'ai lu mon cousin, le Rav Eingorn, dans le livre de commentaires qu'il a écrit sur Pirké Avot. Il a fait très attention au mot mélacha qui est utilisé ici. Il n'est pas écrit ehov et ha-avoda, c'est-à-dire « aime le travail » au sens général, mais ehov et ha-mélacha. Et les mélachot nous renvoient aux travaux du Chabbat. Il y a trente-neuf travaux interdits le Chabbat, et ces travaux sont ceux qui ont été nécessaires à la construction du Mishkan.

Donc on a ici l'idée d'un ocha mélacha, c'est-à-dire quelqu'un qui construit. Il ne s'agit pas seulement de travailler parce qu'il faut gagner sa vie, mais notre travail est quelque chose de constructif pour le monde. C'est ainsi que la Torah nous dit que Dieu a créé l'homme et l'a placé dans le jardin, lé-ovda ou lé-chomra, pour le travailler, le développer et veiller sur lui.

On parle beaucoup aujourd'hui des problèmes du climat, et le monde fait un petit peu techouva, en comprenant qu'il y a deux termes que la Torah nous a donnés il y a des milliers d'années: il faut développer le monde, c'est certain, mais il faut aussi que ce développement ne le détruise pas. Tout ce que nous avons dans notre Torah, nous l'avons depuis très, très longtemps.

Il faut à la fois le développement nécessaire, et en même temps veiller à ce que ce développement ne détruise pas. Dans cette idée de Ehov et ha-mlacha, aime le travail, on retrouve directement la notion que Dieu a créé l'homme pour qu'il développe ce monde. Il faut le développer avec la Torah, avec les mitsvot, mais il faut aussi le développer tout court.

Et c'est ainsi que Avot de Rabbi Natan nous dit: tout comme la Torah a été donnée dans une alliance, ainsi le travail a été donné dans une alliance. Comme il est dit: Lé-ovda ou lé-chomra. Six jours tu travailles, et le septième jour…

C'est l'idée qui est là: le Chabbat va donner un sens à ce travail. Mélacha, du mot malakh, la notion de travailler.

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