Le huitième jour, la Gueoula et le retour à l'ordre
Pourquoi l'inauguration du Mishkan au huitième jour annonce la sortie d'exil, et ce que signifie vraiment l'exil.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Rav Kook, la morale divine et la guerre d'Israël, 1 h 00
En bref
Le Rav Yoël Benharrouche explique que, pour comprendre pleinement une réalité, il faut étudier son inverse : la Haggadah de Pessa'h commence par l'avodah zara et la servitude pour arriver à la délivrance, et l'exil lui-même atteste l'existence de la Gueoula. Il développe l'idée que la sortie d'exil est un retour à l'ordre divin, qui passe par l'enracinement du peuple sur sa terre, et qu'un Pessa'h vécu hors d'Erets Israël reste une sortie incomplète. Il s'appuie sur le Maharal de Prague (Netzach Israël, Gour Ha'Aryeh) et sur le Talmud (Pessa'him, Guittin).
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Chavoua Tov, Chodesh Tov, et Besorot Tovot. Nous sommes dans un mois très spécial, qui porte une catégorie qui dépasse l'entendement humain, puisque le Rosh Chodesh s'appelle Hayom HaShemini, le huitième jour. Nous savons que le huitième jour n'a pas encore été écrit dans la Torah, car il n'est pas encore arrivé.
Car le septième jour ne s'est pas encore terminé. Il n'y a donc pas de verset qui dise, à la fin du récit de Béréchit, de la création du monde: Vayhi erev, vayhi boker, yom hachévi'i. Étant donné qu'il n'y a pas de conclusion concernant le septième jour, les sages concluent que le septième jour n'est pas encore terminé et que nous sommes encore aujourd'hui dans le septième jour.
Jusqu'à ce que ce septième jour se termine, avec une conclusion comme il y en a eu une pour tous les autres jours, et que l'on atteigne le huitième degré. Or, nous savons que le Mishkan, le tabernacle, a été inauguré, et la Torah précise Bayom HaShemini, le huitième jour.
Comment est-il possible de parler d'un huitième jour qui n'a pas du tout été mentionné dans la création du monde, puisque le huitième jour n'est pas encore là ? Les sages nous expliquent dans la Kabbale que le huitième jour correspond à ce qu'on traduit par Olam HaBa, non pas « le mur », mais le monde futur, le monde parallèle, le monde qui vient, le monde qui est à un autre degré, une autre échelle de compréhension.
Une échelle divine, c'est en réalité l'âme. L'âme du temps. Le temps a sept jours, et l'âme du temps, c'est le huitième jour. Or, cette âme apparaît au moment même de l'inauguration du Tabernacle, l'inauguration du Temple. Il est donc important de comprendre que ce huitième jour, où le Temple a été inauguré,
au niveau temporel, correspond au Rosh Hodesh Nissan, donc à aujourd'hui. C'est quelque chose d'extraordinaire: les sages considèrent qu'il n'y avait pas eu de joie depuis la création du monde jusqu'à ce jour-là. Ce jour-là a vu une joie divine qui n'avait pas été vue auparavant. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'en ce jour-là, il y a un mariage entre l'esprit et la matière, entre le monde d'en haut et le monde d'en bas.
D'où la forme du Nom de Dieu qui apparaît au mois de Nissan, le Yud Ké Vav Ké, le tétragramme, tel que vous le connaissez, qui induit quatre mots. Ce sont les initiales de Yismehou HaShamaïm vetagel haaretz: Yud Ké Vav Ké. Yismehou HaShamaïm, que les cieux se réjouissent.
La terre, elle aussi, se met à danser, parce qu'il y a donc mariage entre le ciel et la terre, par l'intermédiaire de ce Mishkan, qui est inauguré le 8. C'est comme si le 8, la neshama du temps, était descendu dans le corps du temps, dans le 7. Il y a donc une préparation de sept jours avant. On appelle ces sept jours les Milouim,
pendant lesquels les Kohanim se préparent à ce degré 8, qui n'a pas encore été rappelé dans la Torah, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, et pourtant il est là. Conclusion: il y a eu un moment où le monde dans lequel nous sommes a atteint le huitième degré, même si le jour 8 n'est pas encore arrivé dans le monde. Voilà ce que cela veut dire. Il y a donc un mariage, et on aurait pu conclure la Torah dans la paracha d'hier.
À la fin de la paracha d'hier, puisque la Torah se termine, il est écrit: Asher assa le-einei kol Israël, « que Moïse a accompli aux yeux de tout Israël ». Là aussi, la Torah se termine par le même verset: Le-einei kol Bné Israël, aux yeux de tous les enfants d'Israël. La seule différence, c'est qu'à la fin de la Torah il y a un point, et que dans la paracha d'hier il y a un mot en plus: lemassaehem, pour qu'ils continuent leur voyage.
Parce qu'ils ne sont pas encore arrivés en Terre d'Israël. Morale: on ne peut pas conclure la Torah, même si l'on a atteint ce huitième degré; il faut que cette conclusion ait lieu sur la terre. La conclusion de l'histoire, l'inauguration finale de toute l'histoire, ne peut donc se faire que lorsque le peuple d'Israël revient sur sa terre, même s'il faut attendre quarante ans après la sortie d'Égypte.
C'est le sujet de notre cours aujourd'hui, concernant la Gueoula, puisque nous sommes à la veille de Pessa'h. Pessa'h, et le mois de Nissan d'une manière générale, traitent de ce sujet, de la Gueoula. Il faut comprendre cela, et pour ce faire, j'apporte aujourd'hui le livre Netzah Israël du Maharal de Prague.
Le Maharal de Prague a écrit un livre qui s'appelle Netzah Israël, « L'éternité d'Israël ». Il ouvre son livre par le devoir d'étudier les inverses. Qu'est-ce que cela veut dire ? Le Maharal nous dit qu'il faut étudier les inverses. Dans les mots, il est nécessaire de connaître les inversions afin de connaître quelque chose d'une manière complète.
Autrement dit, tant que tu ne connais pas l'inverse de la chose que tu es en train d'étudier, tu ne pourras pas la comprendre de manière convenable. Je vous le dis avec des mots simples: pour étudier un sujet quelconque, il faut étudier son inverse, son antithèse. Si je veux étudier le jour, je dois étudier la nuit.
Tout simplement parce que les deux inverses font partie d'une seule et même réalité. Et pourquoi ? Parce que dans la création du monde, tout a été créé de manière binaire, double. De la même manière que je viens de citer le verset Béréchit bara Elohim et hachamaïm veet haaretz: vous voyez qu'il y a ici un couple, le ciel et la terre. Apparemment, ce sont des inverses qu'il faut conjuguer pour qu'ils se marient. Je ne peux donc pas comprendre un sujet sans comprendre son inverse.
Dans les paroles du Maharal: Lachem kol davar yousag davka miediat hefcho. Chaque chose que tu veux comprendre dans ce monde, tu vas la connaître parce que tu as étudié son inverse, ki har gashat hahafachim hakhat hi, parce que lorsque tu touches les inverses, tu touches en réalité une seule et même réalité. Il donne alors un petit exemple: hamar gish bachom. Celui qui arrive à comprendre ce qu'est la chaleur pourra savoir ce qu'est le froid. La froideur n'est compréhensible que par la chaleur, et inversement, la chaleur n'est compréhensible que par la connaissance de ce qui est froid.
C'est pourquoi, dans la Haggadah de Pessa'h, qui traite de la Gueoula d'Israël, on commence par l'inverse. Qu'est-ce qui est écrit dans la Haggadah de Pessa'h ? La Guemara, dans Pessahim, page 116, nous dit: Matchil biguenout. On commence par quelque chose de négatif. On ne commence pas par annoncer la Gueoula; on parle d'abord de quelque chose de mal. Et quelle est cette chose mauvaise par laquelle on ouvre la Haggadah de Pessa'h ?
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